SCÈNE PREMIÈRE
LA FIGURATION, puis LE MARE- CHAL, SYLVIE, GERTRUDE, L'AU- BERGISTE.
Musique.
UN MASQUE, à la fenêtre. — Oh ! des voyagexirs !
UN AUTRE. — Un mardi gras!
LE PREMIER. — Ils se proiTenent avec leurs malles sur leur gondole, et la femme est en grande tenue de carnaval !
UN AUTRE. — Elle est bien.
UN AUTRE, lançant iin bouquet par la fenêtre. — Voilà pour elle!
UN AUTRE. — Et voilà pour le mari.
Il verse par le fenêtre tout le contenu d'une bouteille d'Asti, après quoi il lance la bouteille elle-même, à tour de bras. On entend crier : « Tonnerre de Dieu ! » Puis le maréchal entre. Il est en bourgeois et il brandit son chapeau qui vient d'être arrosé. L'aubergiste suit, puis Sylvie, en domino et son loup à la main, puis Gertrude.Sylv'ejd'un air de mauvaise humeur, prend une chaise, la porte à l'avant-scène et s'assoit face au public sans rien regarder.
LE MARÉCHAL. — Je te dis que je vais l'empoigner par le fond de sa culotte et qu'il ira rejoindre sa bouteille dans le canal.
l'aubergiste. — Excellence, il faut leur pardonner, ils ont bu. Ils ont bu en grande quantité. Ils ont bu du vin de France, du vin de votre admirable patrie.
LE MARÉCHAL. -^ Parbleu ! je comprends qu'on le boive, mais non point qu'on le verse sur mon chapeau.
ii8
Sylvie ou la Cuneuse d'Amour
l'aubergiste. — C'est une plaisanterie, Excellence, une innocente plaisanterie. Je vous jure qu'à Venise, personne ne s'en offenserait.
LE MARÉCHAL. — Crois-tu qu'à Paris on soit plus bête, et qu'on n'y entende pas la plaisanterie aussi bien ? [Riant tout d'un coup.) Ah! ah! ah!
l'aubergiste, faisant de même. — Ah ! ah ! ah !
LE MARÉCHAL, à Sylvie. — Riez donc.
SYLVIE. — Il faut rire, maintenant?
LE MARÉCHAL. — Saus doute.
SYLVIE. — C'est que vous changez d'avis toutes les deux minutes.
LE MARÉCHAL. — Qu'est-ce quc vous faites là?
SYLVIE. — Vous voyez bien, je m'assieds, parce que je ne tiens plus debout...
LE MARÉCHAL. — Parbleu ! Avec vos fantadsies de vous attifer ainsi dès ce ma tin, à Vérone, pour faire le carnaval aussitôt arrivés à Venise et avant même de nous y être assurés d'une chambre, comme il était sage...
SYLVIE. — Eh bien ! maintenant, daignez m'en avoir une : je meurs de fatigue.
LE MARÉCHAL. — Moi, je meurs de faim, et nous commencerons par souper.
(A l'auhergiste.) Fais-moi remettre en état ce couvre-chef, j'ai dessein de m'aller promener tout à l'heure. {Allant vers la fenêtre.) Cela me paraît diantrement gai. Va vite et reviens prendre mes ordres.
l'aubergiste. — Oui, Excellence.