‹ La meuteChapitre 25 sur 115 · SCENE YI · texte numérisé non relu

SCENE YI

LA MARQUISE. — C'est vrai.

Victor salue.

LANSPESSA. — Que ditcs-vous de notre petite fête?

VICTOR. — Mais je la trouve... tout à fait... symbolique... tout à fait veille de révolution... tout à fait société mourante. Il para't que nous allons entendre le dernier acts du Mariage de Figaro. L'apéritif ! il faudrait un petit quelque chose après.

LANSPESSA. — La bombe des familles.

LA PRINCESSE, à la dvcliesse. — Vous savez que c'est un bon. Il dit des atrocités.

Les MÊMES, LTLIAN, Mrs. LUDLOW, RENNEQUIN, NETREVILLE, CHA- TEAUROUX.

Rennequin arrive le premier, guidant les autres. M" Ludlow est en grande conversation avec Châteauroux, et Lilian écoute distraitement Nétreville qui lui parle avec volubilité.

RENNEQUIN, affairé. — Voici la maison du Seigneur... Voici le moulin... Vous n'ignorez pas que le prince de Condé s'était fait bâtir un hameau dans son parc de Chantilly. La reine désira en avoir un à Trianon... Sapristi!

CHATEAUROUX. — Quoi donc ?

RENNEQUiN. — J'oubliais qu'il ne fallait pas venir au hameau avant l'heui'e du coûter. Lanspessa me l'avait dit.

LiLiAN, apercevant Lanspessa. — Ah!... {A Rennequin, nmis parlant pour Lanspessa.) Ne me dites pas cela!... Dès que j'avise un de ces écriteaux qu'en France vous avez la manie de coller partout : Le public n'entre pas ici, c'est plus fort que moi, il faut que j'entre, j'ai le tic de la contravention. D'ailleurs... {regardant cutour d'elle) nous ne sommes pas les premiers coupables... et il me semble que monsieur de Lanspessa lui-même donne le pire exemple. (.4 Nétreville.) Quelle est cette jolie femme qu'il accompagne 1

NÉTREVILLE. — C'est sa mère, la marquise de Lanspessa.

LILIAN. — • Vous plaiieantez?

NÉTREVILLE. — Non... Je lisais ce matin dans le New-York Herald le j^rospectus d'une école de beauté, commençant par ces mots : « A Paris, mères et filliis sont sœurs. »

LILIAN. — Vous lisez le Herald?

NÉTREVILLE. — Ce matin, parce qu'il publiait votre photographie.

LILIAN. — Je n'ai pas encore eu le plaisir d'être présentée à la marquise.

NÉTREVILLE. — Vovilez-vous me permettre?

LILIAN. — Merci, tout à l'heure.

NÉTREVILLE. — J'admire votre finesse d'observation : il faut nous railler sur cette manie que nous avons de tout enclore et de mettre des verrous à toutes les portes. Nous sommes le moins hospitalier de tous les peuples... Ah! en Amérique...

LILIAN. — Non, je vous en prie... Tous les Français qu'on me présente, débutent par me faire vm compliment à l'adresse de mon pays... qu'ils ne connaissent pas... Et il me semble toujours que j'y démêle comme une arrière-pensée d'étonnement... un peu naïf... On a toujours l'air de me dire : « Vous savez, positivement, vous n'êtes pas d'une race de Can nibales. »

NÉTREVILLE. — Ne me prenez pas pour un de ces Parisiens qui croient que, hors de Paris, il n'y a point de salut! Au contraire, j'v étoufPe. Avec mes besoins d'action, d'invention... L'Amérique... un pays neuf...

LANSPESSA. — Banal, Nétreville.

CHATEAUROUx, à NétrevUle. — Pays neuf ; Mon cher, voilà encore un étrange compliment, que les Américains, je vous en avertis, ne goûtent qu'à moitié.

Vous paraissez croire qu'en Amérique on ne connaît jamais son grand-père.

J'y sais des familles qui comptent leurs aïeux depuis la guerre de l'Inde pendance.

RENNEQUIN, étourdiment . — Il y a plus de cent ans.

LANSPESSA, de loin, très haut. — Nous n'étions pas plus vieux un siècle après les Croisades.

Geste de Lilian.

m''^ ludlow. — Que parlez-vous de l'Indépendance? Moi, je remonte jusqu'à l'émigration. J'ai à New-York tout un appartement plein de portraits d'ancêtres.

LILIAN, haut. — Allons-nous-en, M.

de Lanspessa nous gronderait.

LANSPESSA, venant en scène. — Moi, mademoiselle ?

LILIAN, intimidée. — C'est M. Rennequin qui vient de nous le dire en se défendant de nos remerciements pour vous attribuer tout le mérite, l'ordonnance et la jolie imagination de cette féerie... Et vous n'étiez pas là pour l'entendre!.,. Il paraît que depuis huit jours vous ne pensez plus à autre chose... Nous nous en étions un peu aperçues, ma sœur et moi. Nous sommes très heureuses d'apprendre que nous n'avons plus le droit de vous en vou-loir puisque, si vous nous négligiez, c'était encore pour vous occuper de nous.

m" LUDLOW. — Oui.

LANSPESSA, affectant de répondre à J/" Ludlnw, et très sèchement. — Mon Dieu, madame, je suis un grand coupable, et bien touché que vous me cherchiez vous-même des excuses. Je n'en ai aucune. On dit quelquefois que c'est la meilleure, je ne pense pas ainsi, et j'aime mieux m 'accuser très franchement en vous demandant très humblement pardon.

Silence. Un grand froid. Lilian semble sur le point de répliquer à Lanspessa. Elle hésite, puis s'éloigne.

LE MARQUIS, has, à la marquise. — Comprenez-vous ?

LA MARQUISE. — Pas un mot.

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