‹ La meuteChapitre 28 sur 115 · CATHERINE, RENNEQUIN · texte numérisé non relu

CATHERINE, RENNEQUIN

RENNEQUIN, très impatient. — Quoi?

Vite !

CATHERINE. - — Oh! non.

RENNEQUIN. — Je ne peux pourtant pas lâcher tout le monde. Viens-tu?

CATHERINE. — Reste.

RENNEQUIN. — Merci, bonsoir. Je n'ai qu'à te regarder pour voir que tu es dans tes mauvais jours et que tu as envie de me dire des choses qui me mettraient hors de moi. Tu tombes très mal, ma chère, je suis d'une excellente humeur, pas disposé du tout à deviner tes arrière-pensées, ni à accueillir tes insinuations.

Il s'écarte.

CATHERINE. — • A qui en as-tu?

RENNEQUIN, revenant. — Veux-tu que je te dise à qui tu en as, toi? A Lanspeeea. Parfaitement. Je connais ta figure. Tu fais ta mine des jours oii il te prend des lubies soudaines contre lui. Il me semble que tu vas me dire en pleurant, comme quand tu étais petite : « Chasse-le, je ne veux plus le voir, je ne veux plus qu'il mette 'es pieds à la maison », quitte à me dire cinq minutes après : « Va le chercher. » Calme tes nerfs. Nous sommes des grandes personnes. Nous avons l'âge de raison.

CATHERINE. — Tu es très souffrant. Va entendre un peu de musique du dix-huitième siècle dans l'obscurité, ça te fera du bien. (// s'éloigne lentement, assez penaud.) Eh bien, oui, c'est de Lanspessa que je voulais te parler.

RENNEQUIN. Ah !

CATHERINE. — Mais tu cries toujours...

Il m'inquiète. J'ai cru comprendre qu'il avait de sérieux ennuis ces derniers temps.

RENNEQUIN. — Quels ennuis ?

CATHERINE.. — D'argent.

RENNEQUIN. — Il ne m'en a pas soufflé mot.

CATHERINE. — Il t'en parle donc quelq uef ois ?

RENNEQUIN. — Jamais.

CATHERINE. — Je me serai trompée.

(Un temps.) Va... Mais tu devrais bien

m'envoyer quelqu'un pour me distraire.

Tiens, Victor. Il m'amuse.

RENNEQUIN. — Qu'est-ce que c'est que ça, Victor?

CATHERINE. — Comment, qu'est-ce que c'est que ça? C'est l'homme dont tu viens d'acheter les brevets.

RENNEQUIN. — - Ah! oui, je ne suis pas bien au courant : Armaury s'est chargé de tout.

CATHERINE. — Ah ! {Silence. Rennequin s'éloigne de nouveau. Catherine se met à rire. Il tourne la tête.) Dis donc, Claude, il a donc fait un héritage?

RENNEQUIN. Qui ?

CATHERINE. — Lanspessa père.

RENNEQUIN. — Pourquoi ?

CATHERINE. — Voilà bien une question d'homme qui ne sait pas le prix des choses ! Il a repris sa femme. De quoi viventils? D'amour et d'eau claire? Une chaumière et un cœur ? La chaumière rue Barbet-de-Jouy... et des toilettes de Doucet. Tu es naïf. Allons, va retrouver tes gens, mon petit Claude, va, et mettons que le marquis a fait un héritage, qu'il a trouvé un trésor, que sais- je?

RENNEQUIN. — Pour Dieu, je t'en supplie, si tu as quelque chose à dire, dis-Je nettement, carrément, mais ne me parle pas sur ce ton-là. Ah ! tu me connais bien, toi aussi. Tu sais comme je suis méfiant, toujours sur l'œil, je me crois toujours environné de convoitises et d'embûches, j'ai le déluré de la persécution ! Je ne veux pas être refait, c'est ma seule vanité : je veux bien être grugé, je ne veux pas être refait. Au lieu de me calmer, de me rassurer, tu me piques, tu me harcèles du matin au soir, tu m'irrites, tu m'exaepères...

CATHERINE. — Tais-toi, tais-tou, c'est vrai, je suis méchante. C'est ta faute aussi, tu m'as fâchée. Sommes-nous bêtes cie nous disputer ! Restons unis. Nous sommes plus isolés que tu ne crois. Appuyonsnous l'un sur l'autre. Soyons alliés.

RENNEQUIN. — Contre qui?

CATHERINE, pensive. — Contre tous.

RENNEQUIN, haussant les épaules. — Tiens, embrasse-moi.

CATHERINE. - — Tu as donc du caractère maintenant? Ah pas contre moi...

Allons donc? Parions que s'il me reprenait un de ces caprices de petite fille dont tu parlais tout à l'heure avec tant d'emportement, tu céderais comme autrefois.

RENNEQUIN. — Il faut répondre oui ?

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