‹ La meuteChapitre 32 sur 115 · LILIAN, CATHERINE · texte numérisé non relu

LILIAN, CATHERINE

CATHERINE, avec beaucoup de grâce affectée et avec une nervosité extrême. - — Mais il ment. C'est moi qui me suis plainte à lui. Je vous ai à peine entrevue ! Et vous

m'avez conquise. Vous êtes charmante, adorable, irrésistible. Je vous ahuris un f>eu ? Tant pis ! Quand je dois aimer les gens, cest du premier coup, et il faut que je leur ouvre mon cœur tout de suite.

Mais je suis très exclusive. J'ai horreur de partager mes amis avec tout Paris.

Cette fête m'assomme. Puisque c'est vous qu'on voulait recevoir, pourquoi ne vous a-t-on pas reçue seule, avec voti'e sœur, en intimité? Je parie qu'à l'heure qu'il est nous serions de vieilles amies... au lieu que nous commençons à peine. {Trahissant sa préoccupation secrète par un changement de ton presque soudain.) Et encore, c'est une chance que je vous aie trouvée ici. Car vous devriez être... pardon, moi aussi... nous devrions être au théâtre... Mais j'ai une migraine folle.

LILIAN. — Qu'allez-vous penser de moi? C'est un joli début ! M. de Lanspessa, me fait surprendre par vous en flagrant délit d'école buissonnière.

CATHERINE. — Mais, ma chère, cela m'est tout à fait égal, à moi. Cela ne me regarde pas. Pourvu que vous ayez su vous justifier aux yeux du grand ordonnateur de la fête...

LILIAN. — J'ai eu d'autant mains de mal qu'il était prévenu. Je ne me suis échappée du théâtre que pour pouvoiir causer ici tranquillement avec M. de Lanspessa.

CATHERINE. — Vraiment?... Eh bien, qu'avez-vous?

LILIAN. — Je suis confuse. Oii avais-je la tête? Cette seconde incorrection est bien pire que la première. Vous allez me gronder.

CATHERINE, avcc uu joU rire faux. — Moi? Ai-je le droit?

LILIAN. — M. de Lanspessa s'est gêné!

CATHERINE. — Il VOUS a grondée, lui?

Voyez-vous ça? A quel titre?

LILIAN. — A titre d'ami.

CATHERINE. — Ah ! il était votre ami *

LILIAN. — Au fait, non. Il ne l'était pas encore.

CATHERINE. — ■ Et il l'est devenu depuis? Mais alors, c'est tout récent. Contez-moi cela, ma belle, pour m 'encourager. Mais nous nous entendrons à merveille! Je vois que vous êtes, comme moi, toute spontanée. Grand Dieu! Amaury vous a donc donné une bien grande preuve de ses vertus?

LILIAN. — Il m'a donné la seule preuve

d'honneur et de loyauté qu'un homme puisse, hélas ! me donner à moi : il m'a déclaré formellement qu'il ne pouvait pas, et qix'til no voulait pas être candidat à... ma dot.

CATHERINE, presque un eri. — Ah!...

(Elle fait des ébauches de {/estes comme si elle se retenait de prendre Lilian dans ses bras.) Penchez-vous, ma petite, vous avez quelque chose là qui n'est pas bien... Mais si, mais si... Attendez.

Elle fait mine de lui arranger les cheveux, puis elle l'embrasse.

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