LE CHEVALIER DE BONS-SAINT- DIDIER, LA COMTESSE DE GUER- LANDE
Ils entrent du côté gauche. Le chevalier lit une lettre.
LE CHEVALIER. — (( Le portique de treillage... La charmille, que vous traverserez en biais... Une salle de verdure, où je vous prie de vouloir bien voue arrêter et m 'attendre. » Nous y voilà.
LA COMTESSE. — Oii donc, chevalier?
LE CHEVALIER, — Ma bonne amie, je n'en sais rien.
LA COMTESSE. — • Je serais pourtant fort aise d'apprendre pourquoi vous m'avez cirée de chez moi à sept heures du soir,
pourquoi vous m'avez voiturée six lieues, et quel est cet endroit louche.
LE CHEVALIER, brusquement. — Eufin, madame, vous n'aurez plus sujet de me critiquer sur la façon dont j'ai marié ma pupille, votre fille, notre Sylvie.
LA COMTESSE. — Est-oe que cela a quelque rapport avec notre expédition nocturne, et avec cette lettre que vous me 1 mettez sous le nez ?
LE CHEVALIER. — Oui, madame. Asseyez-vous. Voici des chaises, près de ce piédestal ovi se dresse la statue d'un dieu. J'aime ces monuments d'un autre âge.
Madame, un événement que j'ignore, mais que vous allez voir de vos yeux, est sur le point de vous démontrer que je fis bien de vouloir que ce mariage se fondât sur une inclination réciproque.
LA COMTESSE. — Vous moquez-voiis, avec votre inclination? M. le marquis de
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
Beauvoiein, mon gendre, est, ce me semble, le pire mari qui soit.
LE CHEVALIER. — Jusqu'à présent.
LA COMTESSE. — Il a fait ma fille marquise, et c'est tout. Après quoi il l'a délaissée, pour s'en retourner à ses maîtresses.
LE CHEVALIER. ■ — D'accord.
LA COMTESSE. — Enfin c'est, de tous points, le mariage à la mode, et je ne vois
moi, je n'eusse point fait tant d'affaires, et notre Sylvie se serait marié© comme je le fus moi-même au comte de Guerlande.
L'on me tira du couvent un lundi. Je vis mon fiancé le surlendemain. Nos parents avaient déjà arrêté les articles. Il y eut encore un grand dîner de famille dans la semaine, et nous fûmes à l'église le lundi suivant. Cela prit donc huit jours tout juste. Je n'en fus ni plus malheureuse