SCENE V
TAILLEFER, LES GENS, puis NICOLAS
TAILLEFEK. — Vous dcviez mettre là une belle pyramide de fruits.
UN LAQUAIS, — Monsieur, ils manquent.
NICOLAS, entrant, il yorte un 'panier.
— Ne vous en mettez point en peine. J'ai voulu les apporter moi-même de la ferme. (Bas.) et avoir confirmation des nouvelles.
TAILLEFER. — Ellcs sont vraics, maître Nicolas, et elles ne pouvaient arriver ])lus à propos pour faire impression sur notre homme au moment où il part : il reviendra à Pâques ou à la Trinité. Il s'en fie à vous de lui faire valoir ses terres et à moi de les administrer. Nous voilà les maîtres ici.
NICOLAS. — • Le tout est de s'entendre.
TAILLEFER. — Eh ! nous ne saurions manquer de nous entendre, puisque nos intérêts sont confondus, qu'il nous faut appuyer l'un sur l'autre et que notre succès dépend de notre loyale complicité.
NICOLAS. — Nous allons nous donner bien du mal, peut-être pour redevenir, d'ici à très peu, vous intendant et moi fermier.
TAILLEFER. — Mais peut-être pour devenir de gros propriétaires, c'est une belle chance que nous courons. Vous y avez moins de confiance et moins d'entrain que moi, parce que vous ne travaillez que pour vous. Moi, je travaille pour mon fils, pour mon Pierre, qui est déjà sergent dans les gardes françaises...
NICOLAS. • — • Et qui ne montera point davantage, car les grades resteront aux nobles : le roi déclare qu'il ne changera rien à l'institution de l'armée.
TAILLEFER. — Qui sait? En attendant, Pierre Taillefer étudie comme s'il devait être général, et pour payer ses Mvres, il brode des gilets qu'il va vendre dans les cafés.
Le ciel devient rouge et on entenâ une cltimeur lointaine.
NICOLAS, après un temps. — C'est un feu de joie.
TAILLEFER. — C'est notre foi'tune qui se lève.
NICOLAS. — Peut-être.
TAILLEFER. — Aidons toujours à monseigneur à enterrer galamment la sienne. (// retourne vers la table.) A demaiin, maître Nicolas.
NICOLAS. — A demain.
Il sort. Gertrude entre.