SCENE XI
LE MARQUIS, SYLVIE, HENRI, LES GENS, qui vont et viennent pour le service du souper.
LE MARQUIS, après un court silence. — Madame, vous attendez que je m'excuse de vous avoir fait empoigner par quatre hommes. Mais ce n'est pas à moi qu'il faut en vouloir, car vous êtes redevable de cette plaisanterie à M. le chevalieade Bons-Saint-Didier, votre tuteur.
SYLVIE. — Comment cela?
LE MARQUIS. — Madame, il m'est venu
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
reprocher mille balivernes, comme la stérilité de notre union...
SYLVIE, riant. — • Oh!...
LE MARQUIS. — Et d'avoir des maîtresses.
SYLVIE. — Je l'avais bien prié de vous laisser en paix.
LE MARQUIS. — Certes, je ne vous ai point soupçonnée de vous être allée plaindre à votre famille...
SYLVIE. — Dieu!...
LE MARQUIS. — Vous m'avez trop fait voir que vous avez le ton et les usages de la société. Au surplus, mes procédés, j'ose le dire, furent toujoxu's inattaquables.
SYLVIE. — Sans doute.
LE MARQUIS. — Le retard que vous mettiez vous-même à vous dissiper n'était pas une raison suffisante pour que je renonçasse plus longtemps à jouir de mon reste. Vous êtes jeune, vous avez une longue carrière de plaisir : moi, les jours me sont comptés. Toutefois, si j'ai des maîtresses, je ne veux point que vous soyez en droit de vous plaindre que vous êtes moins bien traitée que ces filles-là, qui ne seraient point dignes de vous servir de filles de chambre. Voilà pourquoi j'ai pris la liberté de vous enlever. Vous êtes dans une partie secrète de mon domaine de Beauvoisin. Il y a près d'ici une petite maison, les dispositions en sont galantes, et vous en allez faire l'expérience dès ce soir.
SYLVIE. — Oh! monsieur... Je vous suis reconnaissante... Voilà un amusement dont il me souviendra toute ma vie.
LE MARQUIS. — Vous VOUS moquez, et l'amusement serait mince si vous n'y eus siez vous-même pourvu. Je n'avais, en sus du décor, à vous offrir que ma maussade compagnie : vous fûtes inspirée du ciel d'y substituer celle de monsieur, qui est plus utile.
SYLVIE, embarrassée. — Monsieur...
monsieur, vous êtes la bonté même.
LE MARQUIS. — J'ai Seulement de la raison et de la philosophie... Il me reste à vous demander si cela ne vous importune point trop de m'avoir en tiers à souper.
SYLVIE. — En vérité, monsieur...
LE .MARQUIS. — De grâoe, répondez naïvement.
SYLVIE. - — Eh bien ! je vous en prie.
LE MARQUIS. — J'cspèi'c que monsieur est dans vos sentiments?
SYLVIE, avec un peu d'impatience. — Henri... dites donc quelque chose.
HENRI. — Monsieur, nous vous en prions.
LE MARQUIS. — Paxbleu ! j'en suis bien aise, car j'ai un furieux appétit, mais la solitude me l'eût coupé. {Il fait un signe, des musiciens qu'on ne voit pas., jouent, les gens descendent la table, Gertrude entre et aide Sylvie à se rajuster. Ensuite le marquis dit à Henri :) Monsieur, veuillez donner la main à madame. (Ils s'asseoient tous les trois. On les sert. Silence. A Sylvie.) Ne tâtez-vous point de ce potage?
SYLVIE. — Monsieur, je ne sais ce que j'ai. Tout à l'heure, je mourais de faim. A présent, je ne saurais toucher à rien du tout.
LE MARQUIS. — Au moiiis, vous aurez soif?
SYLVIE. — Oui, monsieur, il fait une chaleur qui donne soif.
LE MARQUIS. - — • J'ai là d'un vieux vin de Chambertiu, mais cela est bien sérieux et je vois que vous préférez le vin de Champagne.
SYLVIE. — Oui, monsieur.
LE MARQUIS, à Henri. ■ — Et vous, monsieur ?
HENRI. — Monsieur, je vous rends grâce. Je boirai, pour comniencei", du vin de Chambertin, et du vin de Champagne pour finir.
LE MARQUIS. — Bien... Diantre! Voilà de petits poissons qui ont bonne mine.
SYLVIE. — Oui.
LE MARQUIS, ù Hcr.ri. — Eh?
HENRI. — Fort bonne mine.
LE MARQUIS. — Ce sout mes gens qui les ont péchés dans la rivière. {Sylvie éclate de rire.) Qu'est-ce qui voue fait rire?
SYLVIE. — Rien du tout.
LE MARQUIS. — Mais encore ?
SYLVIE. — Monsieur, cela ne vaut pas la peine... En vérité, je ris comme une sotte, et je crois que la mousse de votre vin d'Ay ma déjà monté à la tête.
LE MARQUIS. — Tant mieux.
SYLVIE, riant. — Votre annonce des poissons que vos gens ont péchés m'a rappelé une manie de mon tuteui , qui ne peut servir d'œufs frais sur sa table qu'il ne dise avec emphase : « Ce sont mes poules qui les et pondus. »
LE MARQUIS. — Ah! Ah! {A Henri.) Vous n'en riez pas?
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HENRI. — Monsieur, j'ai grand'faim.
A mon âge, il est peu de déconvenues assez cruelles pour couper l'appétit.
SYLVIE. — Mais vous-même, monsieur, vous vous ménagez fort ?
LE MARQUIS. • — Hélas ! madame, j'ai un estomac misérable et, vous voyez, j'avale plus de drogues que de noui'riture.
II rit tout d'un coup.
SYLVIE. — A votre tour, qu'eet-ce qui vous fait rire?
LE MARQUIS. — Vous m'excuserez, c'est encore la figure de votre tuteur... Ah ! Ah ! A vous vrai dire, je ne puis jamais songer à lui qu'une bonne gaîté ne me vienne.
SYLVIE, riant. — Ah! Ah! Ni moi. Il est plaisant.
LE MARQUIS, à Henri. — N'est-ce pas?
HENRI. — Oui, monsieur.
LE MARQUIS, à Sylvie. — Je vous eusse voulue là, dans un coin, quand il m'a débité son sermon... Parbleu! Il vous eût divertie davantage le jour qu'il me dit quelle comédie il entendait faire de nos fiançailles, que je ne devais point vous épouser tout droit, qu'il fallait mêler de l'amour dans notre affaire, profiter de la belle saison et de la liberté des champs, bref vous séduire en deux ou trois semaines.
SYLVIE. — Monsieur, je n'y étais point ce jour-là, mais j'y étais la veille quatid il en délibéra avec ma mère.
LE MARQUIS. Bah?
SYLVIE. — Ils avaient accoutumé de se faire leurs confidences et de se chamailler en plein air, dans une allée fort retirée du jardin. L'on pouvait s'approcher par derrière, à travers un fourré, et tout écouter sans qu'ils en eussent le soupçon. Je n'y manquais point.
HENRI. — Nous n'y manquions point.
SYLVIE, négligemment. ■ — ■ Oui.
LE MARQUIS. — Dicu ! Et si vous eussiez été surprise ?
SYLVIE. — Ah! cela m'était indifférent. Car vous pensez bien qu'en ce cas, c'est Henri qui aurait reçu les coups de pied...
LE MARQUIS. — Oh! oh ! (.4 Henri.) Riez donc.
SYLVIE. — Riez. Cela n'est point déshonorant jusqu'à un certain cage, et M.
le marquis voit bien que maintenant vous
êtes un grand garçon, que personne ne songerait plus à bourrer.
HENRI. — Je l'espère.
LE MARQUIS, avec sang-froid. — Le fait est que monsieur a fort changé depuis quatorze mois, et si je n'étais survenu tout à l'heure juste à point pour vous l'entendre nommer, je ne l'aurais, ma foi ! pas reconnu.
SYLVIE. — Cela n'est point étonnant, vous n'aviez guère dû prendre garde à lui.
LE MARQUIS. — Je VOUS demande pardon. Je lui ai trop d'obligations.
HENRI, sérieusement. — A moi, monsieur ?
SYLVIE, riant. — Ah ! ah !
LE MARQUIS. — Certes, je lui ai des obligations,
SYLVIE. — Alors, cela est réciproque.
LE MARQUIS. — Comment l'entendezvous ?
SYLVIE. — Non, dites d'abord, vous, comme vous l'entendez.
LE MARQUIS. — Madame, pour un homme de mon âge et blasé de tout, il n'est point de spectacle si touchant que celui d'une affection enfantine, naïve, mais point innocente, et qui, avec cela, ne se soupçonne pas de ne l'être point.
SYLVIE, reprenant son sérieux. — Ah !
monsieur, comme c'est bien cela!
Elle soupire, elle regarde Henri, qui sourit de plaisir et baisse les yeux.
LE MARQUIS. — Je me trouvai fort sot quand votre tuteur m'imposa ce rôle de vous plaire. Outre que ma modestie m'interdisait d'y aspirer, je vous avoue que je ne pensais pas moi-même y prendre du plaisir. Ce jeu me paraissait aussi fade que bizarre. Je ne savais pas encore qu'il s'agît de devenir un trouble-fête et que cela pût être si piquant.
SYLVIE. — Bah?
LE MARQUIS. — Un cœur usé recouvre de la jeunesse par la contagion... Le prix est double des faveurs que l'on obtient, s'il ne les faut point seulement dérober à celle dont la pudeur nous les disputerait, mais à un rival qui, par son exemple, nous suggéra lui-même de les désirer... Un rival bien séduisant!...
SYLVIE, regardant Henri avec ïendresse. — Oui.
LE MARQUIS, après un temps. ■ — ■ Ah!
Sylvie, détourner sur soi le regard chargé d'amour... qui était destiné ailleurs...
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presser une main... qui ne s'offre pas, ou'il faut aller surprendre dans la main c4'"n autre où elle s'oublie... {Sylvie et Henri se tiennent par la main.) En ranimant mes souvenirs, je vois que je voue rends les vôtres, et ce charmant tableau que vous m'offriez naguère, voilà que vous me l'offrez encore aujourd'hui !
également.) Savez-voixs quelle première pensée me vint dès que je sus votre arrivée? C'est que vous auriez pour fonction de m'instruire et que, par la suite, mon cher Henri... Mais qu'est-ce que je m'avise de dire là? Encore un coup, monsieur, vous m'avez grisée de vin de Cha.mpagne, et je vous prie d'excuser mes folies.
LE MARQUIS — Toujoues. Vous s.vviiZ que j'en joue assez bien...
SYLVIE. — • Oui, monsieur, et cela est plaisant, je crois en vérité qu'il favit que vous soyez là.
LE MARQUIS. Plaît-il?
SYLVIE. — Nous en avons déjà fait une expérience au temps dont vous parlez. La fête que vous dites que vous avez troublée n'avait guère commencé avant votre venue. Jusqu'alors nous étions bien gauches, et ce « charmant tableau », vous en avez eu l'étrenne... à peu près.
LE MARQUIS. Ah?
SYLVIE. — Je pense que nous attendions un spectateur... ou plutôt que nous ne savions pas notre rôle et qu'il était besoin qu'on nous le soufflât... Vous me demandiez tout à l'heure quelles obligations nous pouvions vous avoir : voilà comme je l'entendais. {Elle rit et Henri
LE MARQUIS. — Allons donc, je vous en \oudrais si vous usiez de réserve avec moi.
SYLVIE. — Oh !...
LE MARQUIS. — Avoucz que ce serait mal l'econnaître mes jorocédés.
SYLVIE. — Oui... {Elle hésite, elle rit comme à des souvenirs, elle boit, puis elle reprend.) En vérité... vous nous fûtes à peine annoncé qu'il sembla, déjà que c'e loin votre bienfaisante influence se fît sentir sur nous.
LE MARQUIS. — Ah?
SYLVIE. — Tenez... après cette conversation que je voas ai dit que nous surprîmes... en nous éloignant tous les deux, nous étions silencieux et rêveure, d'une façon de silence et de rêverie que je ne saurais définir, mais qui ne nous était pas accoutumée.
Sylvie. — Pauvre Henri!
Il est las.
Sylvie ou la Curieuse d'Amour
HENKI. — Oui...
Il prend la main de Sylvie.
SYLVIE, se dégageant, et ?-iani brusquement. — Vous vous rappelez le goûter sur l'herbe que noue fîmes tous les trois dès le lendemain de votre venue ?
LE MARQUIS. — Oui. Lâne qui portait les provisions se sauva.
SYLVIE. — Henri courut à sa poursuite.
LE MARQUIS. — Nous restâmes seuls.
SYLVIE. — Ah! j'avais peur!
LE MARQUIS. — Je n'aurais su dire un mot.
SYLVIE. — Sans votre bienheureuse flûte... (Il tire une flûte de sa poche.) Vous l'avez encore sur vous?
LE MARQUIS. — Toujours. Vous savez que j'en joue assez bien, et rien ne me charme autant qu'une mélodie dans la campa^e.
SYLVIE, touchant rinstrument. — Voue voulûtes m'apprendre le mécanisme.
LE MARQUIS. — Nos doigts s'enchevêtraient. . .
SYLVIE. — Oui...
Elle ne pense phis du tout à Henri qui, découragé, s'est assis plus loin. Elle est presque entre les bras du marquis.
LE MARQUIS. — Je sentaïs la caresse de votre haleine...
SYLVIE. — Ah!...
LE MARQUIS. — Sylvie, j'étais bien ému.
SYLVIE. — Je ne manquai pas de m'en apercevoir. Seulement, moi, mon ami, je l'étais encore bien davantage.
LE MARQUIS. — Vous m'oi'donnâtes de vous faire juger de mes talents. Je jouai un air fort touchant et Henri, attiré par la musique, vint nous joindre.
SYLVIE, comme éqarée. — Henri vint...
Oui... Ah!... Eh bien!... Eh bien!... Où donc est-il ?
LE MARQUIS. — Mais ici, je pense, et comme de coutume aux écoutes.
HENRI, avec un geste d'impatience. — • Monsieur...
Le MARQUIS, sans y prendre garde. — ■ Pourquoi voulez-vous que ce garçon ne profite pas de toutes les circonstances pour achever son éducation?... Mais qu'avezvous à tourner ainsi? Rasseyons-nous.
Vous n'avez pas dessein de rentrer si tôt?
SYLVIE. — Non, monsieur.
LE MARQUIS. — Cette journée fut étouffante, mais la fraîcheur de l'ombre est délicieuse. Nos gens nous ont laissés en repos. N'êtes-vous pas comme moi en humeur de philosophie ?
SYLVIE, assez maussade. — C'est selon.
LE MARQUIS. — Qu'en dites-vous?
Si j'éteignais quelques-unt de ces flambeaux ?
SYLVIE. — Oui.
Il éteint tous les flambeaux sauf uq seul; Henri commence de sommeiller.
LE MARQUIS. — Que la liature est inexplicable et sujette aux contradictions !
Elle a fixé un âge de l'amour, et c'est celui oii l'on ne sait pas aimer î
SYLVIE. — Ah! croyez-vous?
LE MARQUIS. — Mais c'est ce que vous me dites depuis une heure ! Et vous comprendrez encore mieux plus tard combien, pour vous surtout, cela est vrai.
SYLVIE. — Pour moi?
LE MARQUIS. — Non poup VOUS personnellement, mais pour vous autres femmes, qui êtes si mal partagées que vous vous trouvez capables d'être mères, quand voiis ne l'êtes pas encore d'être des amantes véritables.
SYLVIE. — Que si!
LE MARQUIS. — J'en appelle à monsieur... Eh?...
Henri ne répond point : il dort.
SYLVIE. — Je vous jure biec...
LE MARQUIS. — Oui, VOUS poitcz uue physionomie trop vive pour manquer de tempérament... quelque jour. Ces yevix-là et cette bouche mentiraient.
Il vient la regarder de fort près.
SYLVIE. - — C'est ce que ma maman me disait naguère. Elle ajoutait que cela l'étonnerait aussi pour d'autres raisons.
LE MARQUIS. ■ — ■ Je ne suis pas inquiet de vous. Prenez patience, îee années passent vite.
SYLVIE. — J'ai plus de précocité qu'on ne suppose.
LE MARQUIS. — Bou. Da moins vous ferez sagement de ne poini confier cette précocité-là à vm novice.
SYLVIE. — Vous voilà encore dans les
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idées de maman, qui prétend que noue dépendions entièrement de l'habileté ou de la maladresse des hommes.
LE MARQUIS. — Elle a raison.
SYLVIE. — Moi, je croie que nous dépendons beaucoup plus de nous-mêmes, de nos sentiments, de nos curiosités... et peut-être bien aussi de certaines circonstances qui nous émeuvent, enfin d'un je ne sais quoi qu'il y a quelquefois dans lair. (A ce moment, le ciel devient rouge, et l'on entend-, comme précédemment, une clameur au loin. — Bas.) Qu'est-ce que c'est?
LE MARQUIS. — Sans doute que la nouvelle de la prise de la Bastille vient d'être confirmée au village.
Nouvelle clameur, un peu plus proche et plus prolongée.
SYLVIE. — Ah !...
Elle se serre contre le marquis.
LE MARQUIS. — Comment? Vous avez peur?
SYLVIE. — Non.
Elle s'abandonne davantage. Silence.
LE MARQUIS, tout d'un covp, avec nn (irand sang-froid. — Ah ! Dieu ! madame, quelle aventure! Et qu'allez-vous devenir? Voilà que votre amant s'est endormi.
SYLVIE, toute languissante, regardant Henri, mais demeurant presque renversée contre le marquis. — Pauvre Henri ! Il est las. Et puis, notre philosophie a diî l'ennuyer.
LE MARQUIS. — Il est fort simple. (Un tem2}s.) Madame, je sais vivre : en cette extrémité, je dois vous offrir de prendre sa place.
SYLVIE, souriant. — Vous?
LE MARQUIS, à son Oreille. — Vous ne perdriez peut-être pas au change.
SYLVIE, troublée. — Croyez-vous?
(Elle regarde le marquis, 2)uis Henri, de loin.) Il a une jolie figure.
LE MARQUIS. — Ce n'est pas de jolie figure qu'il s'agit. (Elle prend, le flambeau qui est resté allumé, le soulève, éclaire le visage d'Henri.) Vous semblez Psyché regardant dormir l'Amour... Prenez garde... elle laissa tomber sur lui une goutte de cire brûlante..,
SYLVIE. — ■ Et il s'éveilla...
LE MARQUIS. — Vous seriez bien fâchée s'il s'éveillait.
SYLVIE. — Moi? Point du tout.
Elle fait le geste de secouer Henri, le marquis l'arrête par le bras. Ils se regardent. Un silence.
LE MARQUIS, reprenant, pour réveiller.
J'ai mieux
Il tire la flûte de sa poche.
SYLVIE. — Chut!
LE MARQUIS. — Vous voycz, VOUS ne vous souciez point qu'il s'éveille.
SYLVIE. — Où prenez-vous cela?
LE MARQUIS. — Eh bien ! éveillez-le donc, innocente, puisque telle est votre fantaisie, mais attendez du moins que je lui aie quitté la place.
Il s'éloigne en jouant. Sylvie regarde Henri distraitement, puis s'en va vers le fond de la scène, suivant le son de la flûte, qui décroît. Puis la musique cesse.
SYLVIE, inquiète. — Oti êtes-vous donc?
LE MARQUIS, reparaissant soudain. — Par ici ..
SYLVIE. — • Ahl...
Il recommence de jouer, elle le suit, le rideau baisse.
nCTE DEUXIÈME
Le lieu de la scène est dans un des pavillons de Beauvoisin, et le théâtre représente un salon d'où l'on accède de plaîn-pied à la tribune de l'ancienne chapelle: cette chapelle est donc supposée en contre-bas.
Il y a, à droite, une fenêtre qui ouvre sur une terrasse; ù gauche, deux portes qui donnent, celle du premier plan sur une chambre, et celle du deuxième plan sur un escalier; au fond, la porte à quatre vantaux qui ouvre sur la tribune.