‹ La meuteChapitre 81 sur 115 · SYLVIE, HENRI, GERTRUDE · texte numérisé non relu

SYLVIE, HENRI, GERTRUDE

SYLVIE, ricmt. — Ah! Ali! il est fort sans façon, j'aime cela... Efepérons toutefois qu'il ne nous fera pas attendi'e bien longtemps.

HENRI. — Il n'importe. Je ne veux plus m 'aller promener.

SYLVIE. — ■ Ah ! Gertrude, il est capricieux comme une femme.

GERTRUDE. — Madame ne voit donc pas de quelle humeur il est ?

SYLVIE. — Pourquoi, mon cœur?

Qu'as-tu donc ?

HENRI. — J'y vois clair. Au fait, je ne veux plus te gêner de ma présence.

Enfin, est-ce moi que tu aimes, ou cette brute ?

SYLVIE. — Tu doutes, que je t'adore!

Ingrat! Ne t'en ai-je pas donné la plus touchante preuve en ayant de la raison pour deux, lorsque, tremblant de fièvre encore, mais n'écoutant que ton désir, tu vovilais voler dans mes bras? Ah! qu'il m'en a coûté de différer cette ivresse! Du moins, ma tendresse pour toi n'est, à l'heure qu'il est, diminuée ni par la satiété ni même par la possession.

HENRI. — Oh!...

SYLVIE, riaîit. — Seulement, voilà, il faut se faire à mon caractère. J'ai le cœur si brouillon que l'objet de mes sentiments ne se trouve jamais bien exactement limité. Si j'aime ou si je hais, la personne qui en est la cause première ne se trouve jamais seule atteinte par mon amitié ou par ma haine. Cela déborde, tout le voisinage en est éclaboussé. Je t'aime trop, mon Henri, maître Nicolas en profite.

HENRI. — • Il n'y voit pas tant de finesse, lui, il pense t'avoir plu, et il t'aime.

SYLVIE. — • Tu crois qu'il m'aime?

GERTRUDE. — Et c'est tant mieux.

SYLVIE. — Plaît-il?

GERTRUDE. — ■ Je dis qu'oui, et qu'il faut s'en féliciter. J'ai entendu chuchoter certaines choses, qu'Henri sait mieux que moi, ayant vécu ici quatre années. Il est trop certain que le Taillefer et le Gagnon s'entendent comme larrons en foire. Ton retour en France, ton divorce, et ton établissement à la ferme les ont contrariés dans leur manigance. Ils ont pouvoir de vie et de mort sur nous trois, c'est heureux que Nicolas se trouve pris entre les

exigences de son cœur et les rancunes do son avarice leurrée.

SYLVIE, à Henri. — Va, mes charmes l'emporteront, et c'est l'amour de ce rustre qui nous conservera l'un à l'autre.

HENRI. — Ah! si tu n'aimais que moi, tu ne voudrais rien lui devoir, pas même ma vie. Mais moi, tu me prends toujours pour un enfant, lui, c'est un homme. Tu m'aimes, mais tu es curieuse de lui. Tu me cajoles, tu flattes mes joues, tu accommodes mes cheveux; mais tandis que tu me caresses distraitement, c'est lui que tu regardes...

GERTRUDE. — Ovi est le mal ? L'on exige d'un amant des qualités si contradictoires qu'il est rare de les trouver réunies chez le même personnage. On peut bien prendre garde à deux hommes, s'ils se complètent.

HENRI, outré. — • Tu l'entends? De quoi se mêle-t-elle? Chasse- la !

SYLVIE, riant. — Va-t'en, ma bonne Gertrude. Ta philosophie n'est pas de son âge, et tu vois que tu le mets en colère.

HENRI. — Allez vous promener sur la place et regarder les soldats. Nous ne voulons pas vous revoir de sitôt.

Gertrude sort.

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