SCENE Y
SYLVIE, HENRI
SYLVIE. — Enfant gâté!
HENRI, les larmes aux yeux. — J'ai peur. Il t'aime et il peut ce qu'il veut.
SYLVIE. — Laisse donc, cela n'en finira point.
HENRI. — Qui sait?
SYLVIE. — Il est aussi orgueilleux que timide. Il n'osera jamais parler. Ou bien il faudrait donc que je prisse l'initiative, car c'est aux reines qu'il appartient de faire les premiers pas, et je suis bien une reine pour lui.
HENRI. — Tu te moques? Ah! çà, que fais-tu donc depuis quinze jours? Alors, c'est sans y penser que tu l'assassines d'œillades, que tu le harcèles de sous-entendus ?. . .
SYLVIE. — Qu'il n'entend guère.
HENRI. — Aussi tu as pris le parti meilleur de l'agacer par tes costumes.
Sylvie ou la Curieuse d'Amouf
SYLVIE. — Ciel! Je suis si mal pourvue ! Encore un coup, je m'habille comme une paysanne.
HENRI. - — Mais tu as la ressource de te déshabiller le plus possible.
'SYLVIE. — Tu l'as remarqué.
HENRI. — Et lui !
SYLVIE. — Au fait, j'ai vu s'aJlumer de bien étranges flammes dans ses yeux, au premier coin de peau que je lui ai montré... Allons! je fus imprudente, mais, comme tu l'as dit, mon cœur, ce fut sans y penser. Je trouve cela plaisant. Mais sois tranquille, nous allons changer de musique... et sans plus tarder, car le voilà.
Nicolas rentre, endimanché. Henri et Sylvie se moquent à la dérobée.