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SCENE XII

SYLVIE, HENRI

HENRI. — Tu ne leur tiens pas rigueur.

SYLVIE. — Est-ce que je sais seulement où j'en suis?... Ils m'ont chanté tout le long du chemin l'hymne des Marseillais... J'allais d'un ])as martial que soutenait ce

Nicolas. — Quand j'ai acquis., je veux posséder.

Sylvie ou la Curieuse d'Amour

chant sauvage et cadencé... Quand je tournais la têt«, à la vue de cet étrange cortège de noce, de ces gens armés, de ces mégères qui me poussaient en avant, il me semblait que mes pieds touchassent à peine la terre, comme si le souffle populaire m'eût soulevée... Après la cérémonie du mariage, croirais-tu que je faillis subir les honneurs d'un triomphe? Cela me remit en mémoire la prise de la Bastille et la saJle Saint- Jean...

HENRI, avec ironie. ■ — Cela me rappelle en effet fort exactement le 14 juillet... Trêve aux souvenirs. Je comprends ton enthousiasme.. Moi-même je fus transporté tout à l'heure en écoutant l'hymne des Marseillais. Sylvie, il m'a dicté mon devoir. Tu le sais, quand tu es arrivée ici, j'étais près de répondre à l'appel de la patrie en danger. J'ai trop différé. Te voilà pourvue, je suis fort et en état de porter les armes...

SYLVIE. — Henri...

HENRI. — Bref, je me joindrai ce soir même aux soldats qui partent pour la frontière des Vosges.

SYLVIE. — Tu me quitterais.

HENRI. — Penses-tu que j'aurais le cœur de rester ici, et toi, aurais-tu le cœur de m'y garder côte à côte avec ton nouvel époux ?

SYLVIE. — Mon nouvel époux? Est-ce que tu prends cette plaisanterie au sérieux ?

HENRI. — Comprends donc qu'il n'y a point là de plaisanterie ! Hélas ! tu ne tarderas pas d'en faire l'épreuve.

SYLVIE. — Je l'engage à venir s'y frotter.

HENRI. — Ne te leurre point, il est le plus fort. Il te pressera à toute heure du jour, il ne te laissera point de paix. Il a des droits, et tu as vu qu'il n'hésite pas à requérir la force armée.

SYLVIE. — Tu m'épouvantes... Ecoute...

Je ne me résigne pas au sort qui m'attend si je reste... Et puis je ne saurais me passer de toi ! Je te suivrai.

HENRI. — Aux armées?

SYLVIE. — Nombre de femmes sont confondues dans les rangs des soldats...

Il hii saute an cou.

SYLVIE, tendrement. — Oh ! mon amour, quelle joie d'être tout ensemble ta maîtresse et ton frère d'armes!

HENRI. — Tu me rends mon âge! J'allais croire que j'étais un homme, je sens que je suis toujours un enfant !

SYLVIE. — Laisse-moi... Voyons... Tu penses bien que je ne puis partir ainsi... Laisse-moi, te dis- je : je dois me hâter et prendre la clef des champs aussitôt prête, avant que mon époux revienne de boire... Ne te soucie plus de moi, va de ton côté. J'irai du mien, et le plus loin possible hors du village, attendre que vous passiez... Mais tu auras bien le temps de m'embrasser sur la grand 'rout«!... Va donc... méchant garçon!

Henri sort. Elle commence aussitôt de se dévêtir et de faire des préparatifs. Nicolas survient.

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