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SCÈNE III

Les MÊMES, LE PETIT CHASSEUR

LE PETIT CHASSEUR. — Madame, voici une lettre, des paquets et un tableau.

SYLVIE. — Qu'est-ce que tout cela?

Donne la lettre. Ah ! elle est de mon fiancé. (Elle décachette la lettre. Le chasseur va et vient apportant les -paquets et, en dernier lieu, le cadre. Riant.) Oh! Oh! Voilà un beau style épistolaire. Mais il faut déclamer cela. Le maréchal écrit de telle sorte qu'on croit l'enteiidre qui parle, d'une voix, je suppose, tonnante, qui doit enlever les escadrons.

GERTRUDE. — Tu ne seras pas plus difficile que la cavalerie... Ah! voici le présent de Sa Majesté l'Impératrice.

SYLVIE, laissant la lettre. — Ah!

qu'est-ce? {Gertrude ouvre la boîte.) Un nécessaire de voyage en vermeil.

GERTRUDE. — Il est aux armes...

SYLVIE. — De Spalato, j'imagine?

Voyons les armes du fils de mon intendant... Il porte de sinople au canon de sable.

GERTRUDE. — A la bonne heure, on voit tout de suite que cela ne date point des croisés.

SYLVIE, riant, — Non,

GERTRUDE. — Mais que te dit-il?

SYLVIE, repren^mt la lettre. — Ecoute.

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Sylvie ou la Curieuse d'Amour

(Lisant, d'une voix de commandement.) « Madame, cette lettre ne précédera que de peu d'instants mon envoyé auprès de vous, qui se chargera de vous la faire remettre avec quelques petits cadeaixx. Ledit envoyé est mon plus ancien et fidèle compagnon d'armes, le colonel baron Souberbielle Vous voudrez bien le suivre au

sylvie. — tortrai'l de m. le maréchal Taillefer, dlc de Spalato.

plus tôt, parce que nous n'avons pas de temps à perdre si nous voulons que notre passage à Venise coïncide avec le temps du Carnaval... » {Parlé.) Ah! cela me fait plaisir. (TAsant.) « Vous pensez bien aussi que j'ai hâte de renouer connaissance uvec vous... » {Parlé.) Comment : de renouer ?... (Lisant.) « Tout cela est bien un peu précipité, mais à la guerre comme à la guerre, et nous ne sommes plus des enfants. Je vous embrasse. »

GERTRUDE. — 11 est familier.

SYLVIE. — Il a l'air d'un bon b...

GERTRUDE, la coupant. — Oh!.., tu vas parler comme il écrit !

SYLVIE. — C'est vrai, le mot m'échappait.

LE PETIT CHASSEUR, fort embarrassé du cadre qu'il tient. — Madame ne regarde point le tableau?

SYLVIE. — Au fait. (Elle lonjne.) Ou 'est-ce?

GERTRUDE, détournant la tête. • — Une nudité !

SYLVIE, riant. - — Ne t'alarme pas, c'est un garçon et il est tout nu, mais il a bien quatre ou cinq ans.

GERTRUDE. ■ — Il y a quelque chose d'écrit.

SYLVIE, au chasseur. — Hausse donc cela et mets-le sur le canapé.

LE PETIT CHASSEUR. — Oui, madame.

Il obéit.

SYLVIE, s' approchant et lisant. — « Portrait de M. le maréchal Taillefer, duc de Spalato, à l'âge de cinq ans, dans l'attitude d'un enfant nu brandissant le sabre de son père. »

LE PETIT CHASSEUR, la houche ouverte.

— Oh!

GERTRUDE. — C'est là M. le maréchal!

SYLVIE. — Oui.

Le petit chasseur ramasse les papiers qui enveloppaient les divers paquets et sort.

GERTRUDE. — Un enfant nu... brandis, sant le sabre de son père... Quel père?... L'accusateur public?

SYLVIE, riant. — Quel sabre? Le rasoir national? (Sérieusement.) Non, l'Impératrice m'a dit que Taillefer prétend descendre d'une assez bonne famille militaire, sous prétexte que le papa avait servi sous Louis XV, avant d'être mon intendant.

Ils ont fait peindre ce portrait pour leur tenir lieu de parchemins. Moi, je le trouve charmant, je veux le mettre à la meilleure place. Quand on me demandera qui c'est, je dirai en rougissant : c'est mon époux, et je réciterai le titre du tableau tout d'une haleine.

LE PETIT CHASSEUR, rentrant. — Madame, c'est le colonel baron Souberbielle.

SYLVIE. — Mon Dieu! Déjà? Mais je suis à faire peur !

GERTRUDE. — Pensc-t-il t'emmener si tôt?

SYLVIE. — Je ne sais... Donne-moi cette écharpe.

GERTRUDE. — C'est que rien n'est prêt pour un départ !

SYLVIE, prenant une pose fort étudiée, au chasseur. — Petit, fais-le entrer.

LE PETIT CHASSEUR sort, puis revient et annonce. — Le colonel baron Souberbielle.

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