‹ La microbiologie en AustralieChapitre 10 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Maladie spontanée des lapins australiens.

Le scepticisme de quelques-uns pourrait s’expliquer par les difficultés qu’il y a à implanter une maladie microbienne là où elle n’existe pas. Cette objection ffiest pas valable à priori, car l’Australie est un pays neuf : on ne sait ce que pourrait y devenir le choléra des poules, s’il est ‘ou s’il n’est pas capable de s’implanter comme maladie des lapins. Il n’y a qu’un essai sur place qui puisse répondre à la question.

Néanmoins on peut chercher à développer une épidémie déjà existante. On comprend tout l’intérêt de cette étude. Si une maladie virulente se répand ainsi, à Tétat naturel c’est qu’elle trouve dans le pays des conditions qui favorisent son développement. Il y aurait donc avantage à pouvoir multiplier les sources de contagion, ce qui devient aisé si l’on découvre la cause de la maladie.

Nous avons eu Toccasion de rencontrer une maladie spontanée chez les lapins australiens. Quoique cette maladie ne paraisse pas très contagieuse, nous pensons qu’il sera de quelque intérêt de publier le résultat de nos recherches à ce sujet.

Pendant le mois d^avril 1891, l’Inspecteur en chef du bétail, M. A. Bruce, nous envoya 30 lapins (1), destinés

(1) En Australie il est interflit de vendre, de propager et même de conserver

aux expériences que nous y poursuivons avec la collaboration de M. Stanley, vétérinaire du gouvernement, dans notre laboratoire de Rodd Island.

Quelques jours après, l’un des lapins mourut; pendant les six jours suivants, nous avons trouvé dans leur cage sept cadavres. Chacun des 22 survivants fut alors isolé, de manière à soustraire à tout danger de contagion ceux qui étaient encore indemnes.

Le surlendemain, une autre mort est survenue, mais elle a été la dernière.

Pour rechercher l’origine de la maladie, M. Stanley a fait une enquête à Narrandera, pays d’origine de ces lapins : Penquête n’a révélé aucune maladie dans le district.

Toujours préoccupé de l’importance que peut avoir pour le pays l’étude des maladies des lapins, nous nous sommes livré à des recherches qui nous mirent sur la voie d’une maladie microbienne.

Symptômes de la maladie. — Il est assez difficile de distinguer aucun symptôme bien marqué. Les lapins affectés ne maigrissent pas; ils meurent sans convulsions, la tête dans une position naturelle, et tout le corps est placé dans la posture ordinaire des lapins en cage. Il y a en général un peu de diarrhée.

Autopsie d'un lapin mort de la maladie, — On trouve de la péritonite ; la substance corticale du rein droit est noire et à la section le rein lui-même semble décoloré au niveau des pyramides. L’autre rein est très congestionné

des lapins vivants. Lorsque l’on obtient la permission du gouvernement de garder quelques-uns de ces animaux, c’est le gouvernement lui-même qui vous les fournit, en vous obligeant sous peine d’une amende de 2.500 francs à rendre compte de l’emploi de chacune des bêtes.

et présente de larges plaques noires à sa surface; la rate est noire et petite. Il y a quelques plaques blanches à la surface du foie; les poumons sont congestionnés. Pas de péricardite. Un peu de diarrhée.

• La maladie est facilement transmissible par inoculation et la mort arrive dans les 48 heures qui suivent l’injection, qu’on ait inoculé une culture récente ou le sang d’un animal mort de la maladie.

Autopsie d'un lapin, mort kS heures après Vinoculation. — Les poumons sont très rouges, congestionnés, avec des plaques noires hémorrhagiques. La rate est noire, mais petite ; on voit des plaques blanches à sa surface ; on retrouve les mêmes plaques blanches à la surface du foie. Diarrhée prononcée, un peu de pus au point d’inoculation ; péritonite fibrineuse, péricardite et pleurésie. La maladie peut être inoculée d’un lapin à un animal d’une autre espèce, mais le lapin semble être plus susceptible. J’ai inoculé une poule qui est encore vivante un mois après l’inoculation. J^ai inoculé aussi deux cobayes, dont l’un est mort 3 jours après, et l’autre n’a eu qu’un abcès au point d’inoculation. La maladie peut être aisément communiquée par la nourriture infectée, mais dans ce cas la mort est lente à se produire. Le sang, la rate et l’urine contiennent les germes de la maladie.

Microbiologie. — Le sang et les organes présentent toujours un petit microbe ; ce microbe est facilement coloré par les couleurs d’aniline, spécialement avec le bleu de Lœffler. Le sang d’un lapin mort delà maladie semé dans du bouillon de veau donne une culture. Après 18 à 20 heures, le liquide devient trouble. Au bout de.quelques jours.

la culture tombe au fond du tube et laisse à la partie supérieure un liquide clair et transparent. La réaction alcaline du bouillon ne change pas. Dans les organes, et, en particulier, dans les fausses membranes de la péritonite, on trouve de petits bacilles en très grand nombre ; la culture pure de ce bacille, inoculé à un autre lapin, donne la mort en 48 heures^ et on retrouve le même microbe dans le sang, mais en petite quantité. Ces cultures conservées deux mois à l’air sont encore virulentes pour les lapins. Le 20 juillet, on inocule, avec une culture conservée à l’air depuis le 18 mai, un lapin qui meurt le 23, environ 60 heures après l’inoculation.

Température au moment de l’inoculation 39°5

» 24 heures après . 40®2

» 40 heures » . 40'’7

» 52 heures » . 41 °5

Autopsie d'un lapin inoculé avec la culture. — Un peu de pus au point d’inoculation, péritonite fibrineuse généralisée; le rein droit est noir à la surface et décoloré à la section au niveau des pyramides, l’autre rein est très congestionné; congestion de l’intestin avec pétéchies. Pétéchies à la base du cœur, rate noire et petite, poumons très rouges. Le sang de ce lapin semé dans du bouillon donne une culture en 24 heures. Semé sur de la gélatine, il produit une traînée blanche le long de l’inoculation.

Expériences de contagion. — J’ai essayé de voir s’il était possible de transmettre la contagion par cohabitation. J usqu’à présent, sur les lapins placés dans une cage avec le corps d’autres lapins morts de la maladie, un seul a succombé au bout de 5 jours. Il y a deux mois j’ai reçu un nouveau

lot de 30 lapins que j’ai remis dans la même cage préalablement lavée avec une forte solution d’acide phénique et jusqu’à présent, je n’ai eu ni mort, ni même de symptômes morbides.

Remarque. — Contrairement à ce qu’on croit en Europe, les lapins australiens sont plus petits que les lapins vendus sur les marchés de Paris. Ces derniers, d’après les chiffres que nous trouvons inscrits sur notre cahier d’expériences pendant les années 1886 et 1887, ont un poids moyen de 2 kilogr. 480 grammes.

Ces lapins étaient pris au hasard parmi ceux qui sont toujours à la disposition des expérimentateurs au laboratoire de M. Pasteur.

Pour servir de point de comparaison, voici les poids de 4 lapins australiens bien nourris et en bon état de santé, pris également au hasard parmi ceux dont nous nous soni-

1 kilogr. 340 grammes 1 » 600 »

mes servi.

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