‹ La microbiologie en AustralieChapitre 9 sur 22 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

Pour avoir rencontré à l’origine de nombreux détracteurs, cette idée n’en contenait pas moins le germe de nombreuses applications dont la science a eu dans ces derniers temps à s’occuper. C’est aussi une maladie, communiquée par l’emploi du bacillus typhi murmm^ que M. Lœfïler, vient de proposer, pour la destruction des campagnols en Thessalie ; c’est aussi une maladie, qui n’est autre que le choléra des poules que, sur les conseils de M. Metchnikoff (1), l’on

(1) M. Metchnikoff a bien voulu nous remettre la note suivante à ce sujet :

Dans la province de Chersoii et en Bessarabie on a fait plusieurs expériences de destruction des spermophiles {spermophilus guttatus) dans les champs avec le microbe du choléra des poules. Les grains d^orge, trempés dans une culture du choléra des poules dans du bouillon, sont déposés dans les terriers des spermophiles. Les expériences faites au commencement du printemps, lorsque les spermophiles ont peu de nourriture dans les champs, ont donné des résultats favorables: les spermophiles mangent les grains infectés et contractent la maladie mortelle. Jamais on a observé de maladies de corbeaux ou d’autres oiseaux qui fréquen-

applique en Russie pour Textermination des spermophiles.

Au reçu de la note que l’on vient de lire, l’agent général de la Nouvelle-Galles du Sud, auprès du gouvernement anglais, Sir Daniel Gooper, télégraphia à Sydney, et Sir Henry Parkes répondit : «Obtenez aimablement de Pasteur le microbe du choléra des poules, et le moyen de s’en servir v>.

Sur les conseils de Sir Daniel Gooper, M. Pasteur envoya en Australie une mission composée de deux français et d’un anglais.

Le but était bien défini : il fallait démontrer l’innocuité du choléra des poules pour les animaux énumérés dans le programme du prix ; et son efficacité pour la destruction des lapins.

Quels obstacles devait rencontrer la mission. Quels furent les résultats de ses efforts ? G’est ce qui nous reste à exposer.

Les délégués de M. Pasteur, MM. Germont, Hinds etLoir, s’embarquaient à Naples le 27 février 1888. Les faits précédemment acquis, les autorisaient à croire que l’agriculture australienne les attendait avec impatience, et leur réservait le meilleur accueil. Au contraire les difficultés allaient se multiplier devant eux.

Que s’était-il donc passé là-bas pendant leur voyage, c’est-à-dire du 31 août 1887, date de la déclaration d’Abigail, au 1®^ avril 1888, date d’arrivée de la mission ?

tent les champs sur lesquels on a failles expériences et déposé les grains infectés.

Les résultats de ces expériences, entreprises par M. Gamaléia à la station bactériologique d’Odessa, et continués par MM. Zaborinsky et Chor ont été publiés dans le Journal de la Société d’agriculture de la nouvelle Russie à Odessa,

Nous avons déjà dit que le territoire, dans une grande partie des régions infestées, est loué par le gouvernement à des éleveurs de moutons qui acquittent une redevance proportionnelle annombrede bêtes que nourrit leur terrain, par hectare ; ce sont ces squatters qui désirant faire réduire le prix de location de leur terrain insistaient le plus sur les ravages causés par les lapins ; la proclamation d’Abigail ne leur avait pas donné satisfaction ; aussi avaient-ils redoublé d’efforts dans leur opposition.

Les membres du cabinet, ne pouvant arriver à persuader leur collègue Abigail à consentir la diminution sollicitée, décidèrent, à la fin de 1887, de faire passer la direction des lapins au ministère des Terres, et d’établir immédiatement la diminution du prix de location des biens de la couronne. Ce transfert d’attributions, tout en étant un échec pour le ministre, lui permettait de ne pas se retirer devant l’opposition de ses collègues. C’est à ce moment que la mission débarqua en Australie, répondant à l’appel fait par le ministre : au lieu de Paccueil empressé sur lequel elle comptait de la part de tous, elle ne rencontra plus de bonnes dispositions que chez une seule personne, chez le ministre qui l’avait appelée, et dont la politique venait d’être tout récemment mise en minorité.

En dehors de lui, tout le monde était gêné, le vœu général était de voir repartir la mission au plus vite.

La destruction des lapins, à supposer que la méthode Pasteur fût couronnée de succès, allait précisément à l’encontre des décisions gouvernementales et des demandes auxquelles on venait d’accéder.

La mauvaise volonté que l’on devait mettre à laisser le

procédé faire ses preuves était, à elle seule, un hommage rendu à l’illustre savant. Tout le monde avait une telle confiance dans les nouvelles venues d’Europe que, pour ' personne, le succès n’était douteux : le laisser constater équivalait à se lier les mains ; il eût été impossible après expériences d’écarter le procédé ; à tout prix on devait empêcher la mission de démontrer son efficacité. Tout fut mis en œuvre : partialité flagrante des commissaires d’enquête ; loi votée à la hâte le 20 mars 1888 pour interdire l’introduction de tout microbe, et destinée à inquiéter l’imagination populaire.. etc.

Commission, — Depuis le jour où l’on avait fait appel aux savants de tout l’univers, aucune mesure n’avait été prise pour assurer l’étude et la comparaison des méthodes qui seraient proposées. L^arrivée des délégués de Paris eût au moins l’avantage de hâter les choses.

On commença par nommer une commission inter-co* loniale, mais en prenant soin de choisir dans les diverses colonies les personnes les plus ouvertement hostiles au projet de M. Pasteur.

Au nombre des membres delà commission, on trouvait, le Président de l’Association de l’élevage de la volaille. Personne, par situation, ne pouvait être moins bien disposé pour un procédé portant le nom de choléra des poules, quelle que fût du reste sa courtoisie personnelle. Un second délégué était l’importateur des barrières en fil de fer à l’épreuve des lapins> c’est-à-dire un homme intéressé par son commerce à ne pas voir disparaître ces rongeurs. Enfin, commeprésidentdu comité d’expériences, on avait choisi un très jeune médecin se disant élève de Koch de Berlin^

auquel ou avait adjoint, à titre d’expert, uii iiieuibre de la colonie allemande. ,

Constituée ainsi la commission ne pouvait être bienveillante, on s’aperçut bientôt que son opposition était systématique. Pour qui connaît l’Australie, il peut être étonnant qu’une commission inter-coloniale ait eu une majorité hostile, pour servir les intérêts du gouvernement d’une seule colonie. En Australie, chaque province est non seulement indépendante, mais encore rivale des autres.

La Nouvelle-Galles du Sud ayant à cette époque intérêt à se montrer hostile à la question, l’opinion des délégués de Victoria par exemple aurait pu être favorable. Or ils furent cette fois en complet accord avec leurs voisins. Voici la raison de cette en tente inaccoutumée : Les régions infestées par les lapins do la Nouvelle-Galles du Sud sont tout près de Melbourne, capitale de Victoria. Si bien, qu’au lieu d’habiteràSydney, les squatters decesrégions,ontéludomicile dans la colonie voisine, où ils ont naturellement des influences, dont ils ont fait usage le jour où leur intérêt a été d’entrer dans le jeu du gouvernement de la Nouvelle- Galles du Sud. Il arriva donc que cette Commission, qui, formée de délégués de toutes les provinces, devait offrir toutes les garanties d’impartialité, fut composée d’une majorité de membres intéressés directement à empêcher les expériences de M. Pasteur. Nous sera-t-il permis d’ajouter aux raisons subsidiaires de l’hostilité rencontrée, que deux membres de la' mission ne parlaient pas l’anglais, que le troisième avait au contraire le tort d’être Anglais. Cette qualité avait été la raison du choix de M. Pasteur, pour des

motifs que Ton comprend. Mais certaines difficultés devaient s’élever.

L’Australie est un pays de langue anglaise, par conséquent le commerce anglais y a la prépondérance^ mais il est dans le caractère de l’Australien, comme de tout Anglais, de faire respecter son indépendance; la colonie ne souffre pas l’ingérence de la métropole dans ses affaires. La reine n’a d’autre action sur l’Australie que le privilège, qui lui est encore reconnu, de désigner les gouverneurs des diverses provinces; encore les émoluments de ces gouverneurs sont-ils à la charge des provinces elles-mêmes (1). Dans ces conditions la présence d’un docteur anglais, loin d’être une recommandation, était plutôt une mauvaise note. Le Hinds ignorait le pays, de plus ilpouvait porter ombrage à certaines personnalités ; il a si bien senti son isolement que, peu de temps après son arrivée, il a repris seul le chemin de l’Europe .

Il ne faut pas cependant attidbuer à sa présence, une trop grande part dans la défaveur qui avait accueilli la mission ; lui, parti, la sympathie que ses deux compagnons rencontrèrent n’en fut pas augmentée. Les juges, et c’était là leur force, suivaient, avec persévérance, un plan bien défini ; en retardant les expériences, en temporisant le plus possible, ils espéraient bien lasser les deux autres expérimentateurs. Mais cependant avant de les contraindre au départ, il importait de tirer parti de leur présence, et de l’agitation qu’avait produite dans les esprits l’annonce des résultats mer-

(1) Il y a à Sydney un seul fonctionnaire nommé et payé par le Gouvernement delà métropole, c’est le directeur de la Monnaie et depuis 20 ans celui qui occupe cette position est un Allemand, l’aimable Leibius, Président de la Sociétéroyale de Sydney.

veilleux obtenus par M. Pasteur : en s’appuyant sur la préoccupation publique qui avait mis à la mode les questions de microbie, on obtiendrait des Chambres des crédits considérables pour l’édification d’un laboratoire, soi-disant nécessaire à l’étude du choléra des poules ; et la mission partie, le laboratoire serait mis à la disposition de certains membres du comité d’enquête, qui pourraient se livrer à des recherches sur les maladies du bétail.

Un îlot de la splendide rade de Sydney fut affecté aux travaux des délégués, afin qu’il n’y eut entre leurs terribles microbes et les habitants, aucun contact dangereux. Cet éloignement ne paraissant pas assurer d’une manière satisfaisante la sécurité, il fut décidé que la partie de Pile où se poursuivraient les expériences serait mise sous une immense cloche en toile métallique de 35 mètres de long sur 28 mètres de large. Cette volière d’un nouveau genre devait s’opposer à la fugue des microbes. Etait-il possible de prendre au sérieux une telle invention ! Nous préférons croire que la cloche avait été imaginée pour montrer, sous une forme sensible à la population, combien il pouvait être çriminel de laisser faire dans le pays les expériences de M. Pasteur.

Sous cette volière, la preuve fut faite par les délégués, en présence de la commission, que, conformément aux conditions du concours et aux assertions de M. Pasteur, le choléra des poules tuait facilement les lapins, tandis qu’il épargnait les chevaux, moutons, chèvres, porcs, chiens, bœufs. Après cette démonstration qui fut faite en quinze jours, la mission sollicita l’autorisation d’aller dans la contrée

Loir

faire en grand l’expérience de ce procédé. Après quatre ans on est encore réduit à la solliciter.

Le ministre des mines et de l’agriculture, l’honorable M. Abigail, ne pouvait en aucune façon venir en aide à la mission et diminuer la mauvaise volonté qui lui était témoignée. Son patronage ne pouvait s’employer que très indirectement ; mais intéressé, comme il l’était, au succès d’une œuvre aussi importante, qui entrait si bien dans sa politique^ il prit la seule voie qui eût quelque chance de réussir. Profitant des désastres que la maladie de Cumberland réserve aux éleveurs australiens, et de la faveur assurée à ceux qui en trouveraient la prophylaxie, il demanda aux délégués de M. Pasteur de rechercher scientifiquement si la maladie connue sous ce nom était bien le charbon, comme l’affirmaient déjà sans preuves certaines personnes. Les expériences, entreprises aussitôt, fournirent une démonstration absolue de l’identité de ces deux maladies ; comme suite naturelle, on démontra l’efficacité de la vaccination charbonneuse. Malgré le succès frappant d’expériences aussi nouvelles dans ce pays^ malgré la foi que ces expériences commençaient à ramener dans beaucoup d’esprits, l’opposition officielle de la commission des lapins ne céda sur aucun point, et quinze mois plus tard, elle rédigeait un rapport qui, ne s’appuyant sur aucune expérience faite en pleine campagne, rejetait, sans phrase, le procédé.

La mission Pasteur dut revenir en France.

Son entreprise avait été perpétuellement entravée, paralysée, mais à certains signes on peut espérer que l’avenir lui réserve une revanche. Depuis le mois de novembre 1891, les

Fig. 2. Ile de Rodd, dans la baie de Sydney où est installé l'Institut Pasteur Australien.

lapins continuent à pulluler^ et le gouvernement, comprenant que la loi de 1887 n’a pas atteint son but, y a substitué un nouveau bill, par lequel on a supprimé la diminution des loyers des terres de la couronne, et on ne paie plus un prix de.... par tête de lapin. Le gouvernement oblige les propriétaires à entourer leur station de barrières à l’épreuve des efforts des lapins, et aide par des subsides à la destruction de ces animaux dans les enclos. Actuellement donc, il n’y a plus de raisons pour empêcher la destruction des lapins ; aussi est-il certain que nous verrons revenir la question de leur extinction par le procédé Pasteur. En ce moment il y a dans les journaux une grande agitation pour demander l’autorisation d'essayer enfin le procédé. Au mois de mars 1892, une conférence a été chargée de discuter les mesures à prendre pour lutter contre les lapins. Les vœux exprimés par cette conférence ont été soumis au ministre des Terres le 2 avril 1892. Parmi ces vœux, nous signalons particulièrement les trois premiers:

1° Les lapins sont une plaie, un grand et sérieux danger pour la Nouvelle-Galles du Sud. Il est à souhaiter que l’on prenne des mesures pour la destruction aussi prompte que possible.

2° Aucune mesure ne réussira si l’application n’en est assurée par les commissions locales du bétail.

‘3° Le gouvernement est invité à permettre à M. Loir, représentant de M. Pasteur, de faire dans les districts infectés des expériences avec les microbes de M. Pasteur.

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