II. — Charbon symptomatique
Nous recevions assez souvent, par l’intermédiaire du gouvernement, des échantillons de sang pour lesquels on nous demandait si oui ou non on a affaire à l’anthrax. Au mois d’avril 1891, nous avons reçu de cette façon un petit tube plein d’un sang dont nous avons inoculé quelques gouttes à un cochon d’Inde, il mourut en 30 heures. A Lautopsie
Fig. 7. — Ours Australien, Koala cendré.
nous avons trouvé, non point les lésions de l’anthrax, mais celles du charbon symptomatique et à l’examen des organes au microscope nous avons retrouvé le bacille de cette maladie. Pour avoir une preuve de plus, nous avons inoculé un veau de 9 mois avec de la pulpe de muscles pris dans la tumeur du cobaye : le veau est mort en 68 heures avec les tumeurs ordinaires du charbon symptomatique. En faisant notre rapport au gouvernement, nous avons parlé de l’école vétérinaire de Lyon où MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont étudié cette maladie et ont trouvé son vaccin. Nous ajoutions qu’il serait peut-être bon défaire son possible pour introduire cette vaccination contre une maladie
qui fait, dit-on, d’assez grands ravages dans les districts côtiers delà Nouvelle-Galles du Sud et du Queensland. Le gouvernement du Queensland a bien voulu nous demander de nous mettre en rapport avec M. Arloing et à la date du 25 février 1892, nous donnait la mission officielle d’aller à Lyon conférer avec M. Arloing pour l’introduction de la vaccination du charbon symptomatique en Australie.
ni. — Péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes.
La péripneumonie a fait son apparition en Australie, en 1858. Elle a été introduite dans la station de M. Boadle, du district Plentey (colonie de Victoria) par une vache que cet éleveur avait fait venir d’Angleterre.
Cette vache avait eu, dit-on, une attaque de péripneumonie quelque temps avant son achat ; elle avait été traitée, puis guérie, mais il paraît certain à présent que la guéri-
Les transports de marchandises se faisaient au moyen d’attelages de bœufs qui portèrent ainsi la contagion de la péripneu-
son n’avait été qu’incomplète, car peu de temps après son débarquement à Melbourne, elle eut une rechute et mourut. Elle contamina les bestiaux de ce propriétaire qui, à leur tour, passèrent la maladie aux troupeaux des environs.
Les conditions de l’élevage du gros bétail sont telles en Australie que la maladie se répandit avec une rapidité effrayante. Les mesures de police sanitaire qui, dans les pays où la production est restreinte, où les animaux sont surveillés de près, parviennent à arrêter la maladie, ne peuvent rien produire dans ces déserts où des milliers de bêtes à cornes sont laissées seules presque sans surveillance dans d’immenses parcs où on ne les voit que de loin en loin.
Pourtant en 1861, au moment où la maladie fut signalée
dans le district d’Albury, le gouvernement de la Nouvelle- Galles du Sud fit détruire six ou sept mille têtes de bétail contaminé. Le rapport présenté au Parlement montre que sur ces sept mille bêtes tuées dans les trois mois qui suivirent le moment de l’apparition de la maladie, environ deux mille quatre cents étaient légèrement atteintes, trois mille avait des symptômes évidents de la maladie, dix-huit cents étaient à la seconde période, et quatre-vingt quatorze furent tuées dans la dernière*
Cette exécution n’arrêta point la marche de la maladie. Les transports des marchandises, à cette époque, ne se faisaient qu’au moyen d’attelages de bœufs qui portèrent aussi la contagion et l’épidémie. Dès lors le mal gagna vite les colonies voisines et il est maintenant généralement répandu dans tout le continent australien*
En 1862 parut dans les journaux de Sydney et de Melbourne une lettre de M. Gloete, de la colonie du Gap^ décri-
vaut rinoculation du virus péripiieumonique à la queue des animaux comme moyen préventif. On commença à mettre en pratique cette opération en Victoria et en Nouvelle-Galles du Sud simultanément, et c’est ainsi que fut introduite l’inoculation de Willems en Australie.
On cite maintenant de nombreux exemples où des vaches soumises à l’infection après avoir été inoculées résistèrent à la maladie tandis que d’autres vaches non inoculées, placées dans les mêmes conditions, mouraient en grand nombre.
La valeur pratique de l’inoculation est généralement acceptée. L’an dernier essayée dans deux cents propriétés elle a été couronnée de succès. Du reste les chiffres suivants montreront la faveur dont elle jouit. On vient de publier la réponse à. des questions posées par le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud aux propriétaires de bestiaux. Le nombre de ces derniers favorables à l’inoculation est de 8.293, contre 729; sans opinion sur le sujet, 2.072; enfin 9.268 propriétaires n’ont pas répondu. L’une des questions était relative à l’inoculation obligatoire, 7.050 sont pour; 1.737 contre, 2.046 n’expriment point d’opinion^ et 9.529 n’ont pas répondu. La majorité des opinions exprimées par les propriétaires intéressés est donc en faveur de l’inoculation obligatoire de tout troupeau dans lequel la maladie vient d’apparaître.
Les éleveurs du Queensland, obligés, pour trouver un écoulement à leur produit, de vendre leurs bestiaux sur les marchés de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria, ne peuvent les diriger par le chemin de fer : ils sont obligés de suivre les routes tracées spécialement à cet effet. La
distance à parcourir varie de 500 à 1500 milles environ . Les troupeaux fournissent une course moyenne de 8 à 10 milles par jour. Or pendant ces voyages qui durent de 2 à 6 mois, le bétail traverse les contrées dans lesquelles la péripneumonie fait le plus de ravages. En admettant que les animaux fussent indemnes en partant^ ils gagnent la maladie et la coünmuniquent aux jeunes animaux qu’ils rencontrent sur leur route. Il n’est pas rare que sur une expédition de 1500 à 2000 bœufs on ait à constater^ à leur arrivée sur le marché, une mortalité de 25 à 35 pour cent. Dès que la première bête meurt, on pratique Finoculation de Willems, mais à ce moment là la majeure partie du troupeau est en puissance du mal et l’on n’évite pas les pertes que nous venons de signaler. Ce qiFil faudrait ce serait d’avoir un procédé pour conserver le virus de la péripneumonie et de pouvoir fournir ce virus au propriétaire s’il ne peut pas s’en procurer dans sgi, station, au moment où il va faire partir ses animaux pour le long voyage sur les routes infectées. Gomme la perte annuelle causée par cette maladie est d’environ seize millions de francs pour la seule colonie du Queensland qui possède le plus de bêtes à cornes, la chose méritait d’être étudiée.
Pendant l’année 1890, le gouvernement de Queensland nous a chargé de poursuivre le cours des expériences commencées par le D’’ Germont et moi, à Brisbane en 1888; ayant en vue la découverte et la culture du microbe de la péripneumonie si possible, mais avec l’objet principal de trouver un moyen pratique de conserver le virus de cette maladie. Le travail suivant est le résultat de ce que nous
avons fait à Brisbane en 1888-89, et des expériences faites depuis 18 mois à Rodd Island.
Disons de suite qu’il existe actuellement une station en pleine activité dans laquelle on entretient une constante provision de virus que Ton peut envoyer aux propriétaires qui en font la demande. Cette station a l’an dernier satisfait à plus de 300 de ces demandes.
Pour arriver à ce résultat, nous avons mis en pratique un procédé indiqué par M. Pasteur en 1882 au moment où il étudiait la péripneumonie aux environs de Paris.
Voici comment s’exprimait M. Pasteur en 1882 en parlant du virus de cette maladie :
< Un poumon peut en fournir d’assez grandes quantités, faciles à éprouver pour sa pureté dans les étuves ou même aux températures ordinaires. Avec un seul poumon on peut s’en procurer assez pour servir à des séries nombreuses d’animaux. Il y a plus : sans recourir à de nouveaux poumons, on pourrait entretenir cette provision de virus de la façon suivante : Il suffirait, avant l’épuisement d’une première provision du virus, d’inoculer un jeune veau au fanon ou derrière l’épaule : la mort arrive assez promptement et tous les tissus près ou assez loin du voisinage de la piqûre sont infiltrés de sérosité laquelle est virulente à son tour ; on peut également la recueillir et la conserver à l’état de pureté ».
Ce procédé n^’avait jamais été mis en pratique; il répond absolument aux besoins des propriétaires australiens. Sien effet la lymphe de l’infiltration est aussi bonne que la lymphe du poumon, il sera facile d’avoir une station où l’on entretiendra continuellement un veau sous l’action de l’inoculation dans une partie défendue, de recueillir avec pureté par aspiration et de conserver le virus de cet
œdème dans des tubes stérilisés, qui seront envoyés au propriétaire et serviront de point de départ à de nouvelles ino'culations.
Les expériences qui suivent ont été faites pour démontrer la véracité de raffirmation ci-dessus et pour installer la station dont nous venons de parler plus haut.
Lorsqu’un bœuf est inoculé à la queue avec le virus de la péripneumonie, dans la grande majorité des cas on ne provoque qu’un léger œdème qui disparaît rapidement.
Quelquefois pourtant il s'étend à la portion supérieure de la queue, de là aux parties adjacentes etla mort est fréquemment le résultat de cette complication. Ce qui est l’exception après l’inoculation, telle qu’elle est pratiquée ordinairement, est la règle si le virus est injecté sous la peau du cou ou de la paroi thoracique dans ces régions que pour cette raison Bouley appelle « régions défendues ».
Néanmoins, même dans ces conditions, la mort n’arrive pas toujours et l'œdème reste limité. Pour obtenir un gros œdème, avec chance de mort, l’opération sur des animaux trop âgés doit être évitée et l’on doit préférer des veaux de six ou douze mois. Les veaux très jeunes ne sont pas de très bons sujets d’expérience; ils n’ont pas un pouvoir de résistance suffisant, même s’ils sont nourris avec du lait et de plus la maladie tend à se généraliser, et assume des formes anormales, tue par infection générale, sans localisation; on obtient souvent aussi dans ces cas, des inflammations synoviales des articulations de la jambe. Avec des animaux adultes on court le risque d’opérer sur des bêtes qui ont eu une légère atteinte de la maladie, ou bien sont en puissance d’une maladie différente, telle que la tuberculose.
Toutes conditions égales d’ailleurs^ les veaux sont plus susceptibles que les animaux adultes; il faut éviter d’opérer sur des bêtes maigres et en mauvais état, la maladie peut
en effet suivre dans ces cas un cours anormal, de plus la peau de ces animaux manque de souplesse et l’œdème ne contient jamais une grande quantité de liquide.
Quand Iffnoculation est faite sous la paroi thoracique d’un jeune veau, derrière l’épaule par exemple, avec quelques gouttes d’un virus pris dans le poumon ou la plèvre d’un animal qui a été tué pendant la seconde période de la maladie, on obtient un léger œdème cinq à dix jours après l’opération, quelquefois un peu plus tard. Cet œdème augmente, penda-nt les jours qui suivent, en épaisseur et en largeur. L’œdème est douloureux à la pression et à mesure qu’il s’étend, la température s’élève progressivement. A la fin d’une ou deux semaines, l’œdème finit par couvrir tout l’abdomen, s’étendant quelquefois depuis le pubis jusqu’au cou, généralement il reste limité au côté du corps où l’opération a été faite ; au niveau des parties attaquées les dernières, l’œdème est mou, tandis qu’au niveau des régions où il a commencé il devient de plus en plus dur. La température, qui dans les conditions normales est d’environ 39 degrés, monte pendantla seconde semaine d’inoculation à 40, 41, quelquefois 42 et même 42°5; elle baisse souvent un ou deux jours avant la mort. Malgré la fièvre l’animal continue à manger et à ruminer, et c’est seulement pendant les derniers jours de la maladie qu’il refuse toute nourriture et qu’il cesse de ruminer; la mort arrive sans convulsions.
En faisant l’autopsie, si la peau au niveau de l’œdème est disséquée avec soin de façon à former une sorte de sac pour recevoir la lymphe, on voit qu’elle s’y accumule en quantité considérable ; on en obtient jusqu’à deux et trois
litres. Cette lymphe, qui est en plus grande quantité au niveau des parties attaquées les dernières, est d’une belle couleur jaune presque limpide ; au niveau des parties attaquées les premières, la lymphe est moins abondante et les tissus plus durs. Quelquefois le processus inflammatoire pénètre dans la cavité thoracique en suivant les vaisseaux du cou, et à l’ouverture du thorax on voit un épanchement pleurétique avec production de fausses membranes. Les animaux ne succombent pas toujours à l’inoculation et les chances de survie sont d’autant plus grandes que les animaux sont plus âgés. La nature du virus et la quantité injectée doit aussi entrer en ligne de compte.
Voici un résumé rapide des expériences que nous avons faites sur ce point particulier. Avec du virus recueilli sur un bœuf tué à la seconde période de la maladie (hépatisation rouge), nous avons inoculé deux veaux qui sont morts au bout de trois semaines avec un œdème considérable; avec le virus pris sur l’un d’eux, on en a inoculé trois autres qui meurent aussi après une maladie de 20 à 28 jours. Avec la lymphe prise sur l’un de ces derniers, nous inoculons quatre veaux, dont l’un n’a présenté qu’un œdème limité, deux ont eu un œdème considérable, une tenipératureélevée, mais peu à peu sont revenus à la santé. Le quatrième est mort.
Un bœuf de trois ans, très maigre, inoculé avec la lymphe
d’un veau mort après l’inoculation d’un virus conservé pendant un mois, a été très malade, a eu un œdème très considérable, mais s’est remis.
Ainsi, sur dix animaux inoculés avec du virus frais ou du virus conservé seulement pendant très peu de jours, nous avons eu six morts : deux œdèmes très considérables
qui auraient pu être utilisés si les veaux avaient été tués au moment où la maladie était en pleine évolution et où la température était entre 41% & ; enfin deux cas dans lesquels l’oedème n’aurait pu être utilisé que pour un nombre restreint d’inoculations.
Avec un virus d’une autre provenance, nous avons inoculé neuf bêtes d^âge différent, d’un à trois ans : quatre seulement sont mortes ; deux veaux d’un an ont eu un gros œdème, mais ne sont pas morts. Une génisse de trois ans a eu un œdème limité ; deux autres malgré un gros œdème sont revenus à la santé.
A quoi attribuer la différence de ces résultats? Pourquoi le virus recueilli dans le second cas a-t-il été moins actif que celui du premier ?
Dans le premier cas, la maladie était en pleine évolution, tandis que dans le second, l’animal qui avait été malade pendant quelque temps déjà, était peut-être sur le point de revenir à la santé ; l’on sait du reste depuis longtemps que l’on obtient le meilleur virus en le prenant sur un animal qui n’a pas dépassé la seconde période de la maladie.
Il est donc probable que la lymphe, prise sur un animal à différentes périodes de la maladie, ne possède pas toujours la même virulence et de nouvelles expériences montreront peut-être que le maximum de virulence est atteint au moment où l’œdème continuant à augmenter, la température arrive à 41% 42°. Nous pensons qu’un veau peut être tué lorsqu’il est arrivé à cet état avec un œdème assez étendu pour satisfaire aux besoins de la pratique.
Le virus sous-cutané protège-t-il aussi bien que le virus
du poumon ? Pour répondre à cette question, nous avons fait les expériences suivantes':
Nous avons inoculé à la queue avec le virus sous-cutané trois génisses âgées d’un à deux ans et deux taureaux d^m an. Deux autres génisses témoins ont été aussi inoculées à la queue, mais avec du virus naturel. Les animaux inoculés avec de la lymphe sous-cutanée ont eu un très léger œdème de la queue, limité au point d’inoculation qui s’est montré quatre ou cinq jours après l’opération et a disparu le septième ouïe huitième. Cet œdème était accompagné d’un peu de fièvre, la température ne dépassant pas 40‘’6. Une des génisses inoculées avec le,virus du poumon présente les mêmes symptômes, mais l’autre a eu un œdème un peu plus considérable s’étendant à environ vingt centimètres du point d’inoculation. L’opération sur cette génisse avait été faite avec un tube de verre au lieu de se servir de la seringue comme pour les autres. Aussi il y avait eu une petite blessure saignante et Los avait été plus ou moins touché pendant la petite opération ; pourtant la température s’était absolument comportée de la même façon que dans les cas précédents. Nous avions ensuite à soumettre ces animaux à une seconde inoculation faite cette fois dans une région défendue. Après un intervalle de six semaines, ces sept veaux ont été inoculés derrière l’épaule avec environ deux centimètres cubes de virus du poumon d’un bœuf péripneumonique.
Le même jour avec une quantité égale du même virus, un second lot témoin de neuf animaux fut inoculé pour la première fois derrière l’épaule.
Un autre lot de quatre vaches qui avaient servi à des
exijériences avec le virus sous-cutané et qui, comme nous l’avons dit plus haut, avaient résisté à des inoculations faites derrière l’épaule, furent inoculées le même jour, avec • la même dose du même virus, de sorte que nous avions d’un côté onze animaux protégés et de l’autre, neuf non vaccinés. Les résultats ont été les suivants.
Parmi les vaccinés, deux, eurent un très léger œdème au point de l’inoculation, mais pas de mort, tandis que sur les neuf animaux témoins, quatre moururent avec l’œdème ordinaire, quatre eurent un œdème très étendu, mais revinrent à la santé, une génisse de trois ans eut seulement un œdème limité et transitoire, La conclusion à tirer de cette expérience est double; elle montre d’abord que le virus sous-cutané et le virus naturel pris sur un cas spontané de péripneumonie ont le même effet et peuvent servir indifféremment pour l’inoculatioh préventive à la queue. Mais cette expérience nous montre de plus que l’immunité donnée par l’inoculation est incontestable ; elle donne une nouvelle confirmation scientifique à ce qu’avait annoncé Willems, que les animaux inoculés à la queue peuvent braver ensuite les influences épizootiques avec impunité. Nous avons prouvé une fois de plus que des animaux ainsi vaccinés pouvaient résister ensuite à l’inoculation d’un virus qui tue les 4/9 des animaux témoins.
On peut conserver la lymphe sous-cutanée dans de petits tubes stérilisés aspirés et recueillis avec pureté selon les procédés ordinaires, pendant 20 à 25 jours. Mais après cette période la virulence qui a été toujours en diminuant a presque complètement disparu ; en ajoutant de la glycérine au virus, on peut le conserver en plus grande quantité sans
prendre toutes les précautions nécessaires pour le procédé précédent, mais même conservé à l’obscurité le virus perd toujours de son énergie, et rapidement. Il en est absolument de même si l’on ajoute des antiseptiques faibles, acide borique, etc., avec cette différence pourtant qu’il est difficile de graduer leur action, car il ne faut en mettre ni trop ni trop peu. Nous n’avons pas eu l’occasion d’essayer pendant de longues périodes la méthode delà congélation indiquée par M. Laquerrière. Nous avons essayé à différentes reprises de dessécher rapidement le virus à l’étuve à 35®. En inoculant ensuite ce virus desséché à des veaux de 5 à 6 mois il se montre en général stérile, pourtant deux fois nous avons eu des œdèmes et même la>mort dans un cas.
En 1882, M. Pasteur a démontré que les accidents fatals ou de dépréciation par perte de la queue ne sont pas les effets de l’impureté du virus, comme on pourrait le- croire, et que si ces impuretés produisent quelque chose, ce n’est pas d’aggraver le mal mais plutôt de restreindre ses effets Ces accidents sont dus à la virulence même du virus et par conséquent c’est le système actuel d’inoculation qui est défectueux. L’inoculation à la queue, tout en causant une mortalité minime, n’est pas sans danger et M. Pasteur pense qu’il n’est pas nécessaire de trouver, pour les éviter, un nouveau mode opératoire, mais qu’il faudrait modifier radicalement le système en atténuant la virulence de la lymphe. Ne trouverait- on pas cette atténuation en employant seulement le liquide sous-cutané au lieu d’avoir recours au liquide pulmonaire ? Lorsqu’un veau est inoculé avec le vL rus derrière l’épaule d’après la méthode de M. Pasteur, la mort arrive après 3 ou 4 semaines avec un gros œdème*
Le virus de Tœdème de ce premier veau, inoculé à un second animal, amène généralement la mort au bout d’un même espace de temps. Au troisième passage la mort est beaucoup moins fréquente, au quatrième elle l’est encore moins, il en est de même pour le cinquième et nous n^avons jamais pu avoir la mort du sixième passage. Il est donc certain que le virus s’atténue par passages à travers les veaux .
Nous avons à différentes reprises essayé de cultiver le virus de l’œdème sans jamais y arriver. Mêmes résultats négatifs pour toutes les tentatives de cultures faites avec les différentes humeurs des animaux morts de la maladie. Pourtant plusieurs fois en semant le sang d’animaux morts avec l’œdème, et étant restés étendus pendant deux et même trois jours sur le lieu où ils étaient tombés épuisés, agonisants, nous avons pu obtenir une culture qui, inoculée au bout de quelques heures, provoque chez le veau un œdème qui a toujours été limité, à peu près de la grandeur des deux mains, mais offrant les caractères anatomiques de l’œdème ordinaire ; enfin deux fois des animaux qui avaient eu cet œdème ont été indemnes à la suite d’une inoculation d’un liquide virulent. Le microbe trouvé dans ces cultures était un bacille poussant bien dans le bouillon, donnant une traînée blanche à la surface de la gélatine, mais sans liquéfaction. Nous ne savons s’il a quelque ressemblance avec
l’tin des microbes décrits par M. Arloing et provenant de poumons péripneumoniques. En somme le procédé de M. Pasteur pour conserver le virus de la péripneumonie fonctionne en Australie et avec succès. Chaque jour on
des preuves de son efficacité. Voici entre cent autres, un exemple démonstratif de ce fait.
Il y a quelques mois, environ 2000 vaches furent inoculées avec le virus d’un veau qui était le cinquième d’une série. Au moment du départ arrivaient 19 nouvelles vaches
Fig. 11. — Opossums.
non vaccinées, les deux groupes partirent ensemble. Après 2000 kilomètres ces animaux arrivèrent à destination, les 2000 bêtes vaccinées étaient en bonne condition, tandis que sur les 19 non inoculées, 8 étaient mortes de la péripneumonie.