‹ La microbiologie en AustralieChapitre 14 sur 22 · Oi · texte numérisé non relu

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Mort le 5 octobre,

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Ces durées d’incubation sont sensiblement les mêmes que celles signalées dans le rapport de M. Rossignol sur la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort, en 1881, dans des conditions semblables.

Mais quoiqu’en Australie le microbe ne soit pas plus virulent qu’en Europe, il est des cas où la mort arrive très rapidement. Par exemple, il n’est pas rare de voir des moutons conduits dans une contrée infectée, y mourir 18 à 20 heures après leur arrivée. Ils ont été fatigués par le Voyage ; peut-être la fatigue est-elle la cause de cette courte

période d^incubation. A l’époque de la démonstration de Junee, l’expérience suivante a été faite pour étudier l’action du surmenage,, sur la durée de la période d’incubation.

4 moutons sont inoculés à 2 heures de Taprès-midi, le

5 octobre 1888, avec le sang d’un mouton mort du charbon ; ils sont alors forcés, pendant sept heures de suite, par un berger à cheval, démarcher, de courir dans un enclos. Ils ne paraissent pas, après cette course, aussi fatigués que les moutons qui ont été exposés au surmenage et à la soif pendant un voyage de plusieurs jours, sur des routes ôù ils ne trouvent que peu ou pas de nourriture. Pourtant ces quatre moutons ont été certainement un peu surmenés ; en examinant leur température, on note une élévation notable. La mort de ces quatre bêtes est arrivée.

1° le 6 octobre à 2 heures, 24 heures après l’inoculation.

3® le 8 octobre à 6 h. 30 40 h. 30 —

hP » à 7 h. 30 41 h. 30 — —

En comparant ces résultats avec ceux du tableau donné ci-dessus, pour les 19 moutons inoculés le 2' octobre, puis conservés au repos dans une étable, on constate que, pour deux des quatre moutons surmenés, la période d’incubation a été de beaucoup plus courte que pour aucun des 19, et que la moyenne de cette incubation chez les 4 surmenés, (33 heures environ) est considérablement moins longue. Ce résultat montre qu’il ne faut pas s^étonner si, grâce à des conditions particulières pour le développement de la maladie, telles que fièvre, privation de nourriture ou surmenage, on voit la mort survenir chez des moutons 20 heures après leur arrivée dans des régions infectées.

Il y a quelques mois, MM. les Docteurs Charrin et Roger ont étudié Faction produite par la fatigue sur l’incubation

de la maladie de Cumberland. Les animaux, dont ils se servaient étaienFdes rats blancs^qui ne sont pas très sen-

Chiens sauvages (Dingos).

sibles à l’action du virus. Un certain nombre de ces rats, après avoir été inoculés étaient laissés au repos ; tandis que d’autres étaient mis dans une cage à écureuil d’un mètre de diamètre. Cette cage faisait 10 tours par minute, les animaux qui l’occupaient marchaient dans une direction opposée à celle du cylindre, à raison d’environ 2260 mètres par heure. La fatigue imposée à ces animaux inoculés produisit uiî effet favorable au développement del’infection. Les rats surmenés sont toujours morts avant ceux qui étaient restés au repos.

Il est donc certain que dans le cas du charbon, comme dans beaucoup d’autres maladies, le surmenage favorise le développement de l’infection ; il est aussi certain que les conditions dans lesquelles les moutons sont parqués en Australie sont favorables au surmenage. Dans ces immenses enclos, de 10 à 20 mille hectares, où ils sont livrés à eux-mêmes par troupeaux de 10 à 20.000 moutons, et où le bruit causé par la chute d’une branche d’arbre est suffisant pour les effrayer et leur faire parcourir l’enclos d’un bout à l’autre, ils sont certainement plus exposés au surmenage que sur nos petites propriétés européennes où ils sont en nombre limité et presque toujours surveillés.

‘ Une autre raison encore peut aider à expliquer la grande mortalité en Australie : la saison dangereuse est bien plus longue qu’en Europe.

Une troisième cause, et celle-ci, facile à éviter pour les

propriétaires, si son importance était bien comprise ; c^’est la façon dont on se débarrasse des animaux morts de la maladie. Une bête succombe-t-elle en France? il y a presque toujours une personne pour porter le cadavre à un établis-

sement d’équarrissage où on la paie de sa peine. Si la distance est trop considérable, il y a de véritables cimetières pour les moutonS; entourés de barrières pour tenir à l’écart les autres animaux. En Australie malheureusement, quand un animal meurt, il reste sur place, il est mis en pièces par les oiseaux de proie et les chiens sauvages (dingos) qui répandent ainsi la maladie.

Ces faits existant depuis de nombreuses années, il n’y a pas d’exagération à dire que le sol de certaines régions est littéralement saturé des microbes, ce qui augmente les causes d’infection.

Il n’est pas possible de forcer les propriétaires à incinérer les cadavres. Beaucoup craignent, et non sans raison, d’allumer ainsi des feux de prairie. Que ne comprennent-ils les dangers auxquels les expose leur incurie à cet égard ?

En brûlant les corps, les causes actuelles de contagion, de charbon pour les animaux, et de pustules malignes pour l’homme, diminueraient. Cette remarque ne s’applique pas seulement au charbon mais à toutes les maladies du bétail en général.

En ce moment surtout, si l’on tient compte de l’extension donnée à l’exportation de la viande de boucherie et au commerce de la laine, n’est-il pas de la plus grande importance d’arrêter les effets des maladies contagieuses du bétail, et d’augmenter ainsi le nombre des troupeaux et la richesse de la contrée ?

EFFETS DE L^INOGULATION DU CHARBON SUR DES ANIMAUX DE RACE AUSTRALIENNE.

Les expériences poursuivies de 1888 à 1891, sur des vaches, des moutons, des cobayes avaient montré l’identité de la maladie, dite de Cumberland, avec le charbon Lactéridien. 11 était intéressant d’étudier, dans quelle mesure, les animaux inconnus à l’Europe et particuliers à l’Australie, étaient susceptibles de contracter la même maladie.

Nous avons fait, M. Stanley vétérinaire du gouvernement el moi, sur la demande du président du Board-of- Health, deux séries d’expériences pour bien apprécier l’action du virus dans l’organisme, qu’il y soit introduit parla voie sous-cutanée ou par l’ingestion stomacale. Nos expériences portaient d’ailleurs sur des animaux de divers ordres.

I. Inoculations hypodermiques, faites a l’aide de la SERINGUE DE Pravaz. — Daus les 4 cas, la réceptivité a été sensiblement la même, et la mort est survenue à la suite d’une période dhncubation relativement courte.

1° Kanguroo-rat. — C’est un petit animal de la taille d’un lapin, qui se nourrit d’herbes. Le nôtre pesait 15G2 gr. Nous l’avons inoculé avec la culture du sang d’un mouton, mort un mois auparavant du charbon spontané, et conservé depuis au laboratoire. Il meurt en 35 heures. A l’autopsie on ne trouve pas d’œdème au point d’inoculation ; les poumons sont hémorrhagiques ; le sang est noir et non coagulé ; l’urine est sanguinolente. La rate (qui se compose de 2 lobes comme chez presque tous les marsupiaux), est molle, noire, volumineuse et facilement déchirable ; son poids

est de 22 gr., chiffre qui mérite d’être rapproché du poids total delà bête.

A l’examen microscopique, on découvre au sang tous les caractères d’un sang charbonneux; mais en outre il contient une grande quantité de globules blancs, de beaucoup

Fig. 5. — Kanguroos.

supérieure à celle que présente d’ordinaire le sang d’un animal mort du charbon. Un cobaye inoculé avec la culture du sang de ce kanguroo-rat, meurt en 48 heures du charbon. La virulence de la culture primitive ne paraît pas avoir été sensiblement modifiée par suite du passage à travers cet animal ; car un cobaye témoin inoculé en même

temps que le kanguroo, et dans les mêmes conditions était mort en 45 heures.

2° Chat australien (Dasyurus Maugei), animal sauvage à peu près de la meme taille que nos chats domestiques. C’est un marsupial carnivore. Celui sur lequel ont été faites nos opérations pesait 1255 grammes. Inoculé avec la même culture que celle qui nous avait servi pour le kanguroo-rat, il meurt en 40 heures, il présente les lésions ordinaires du charbon, avec un peu d’œdème au point d’inoculation ; la rate, noire et molle, pesait 17 grammes. Un cobaye inoculé avec le sang de ce chat meurt en 47 heures.

3° Grand kanguroo de la taille d’un veau de 5 à 6 mois, se nourrissant d’herbes.

Trois gouttes de culture, introduites sous la peau, à la base de la queue, amènent la mort en 25 heures.

A l’autopsie, rien au point d’inoculation ; si les poils n’avaient pas été coupés, on n’eut pas retrouvé la trace de la piqûre.

Les ganglions inguinaux et mésentériques étaient rouges et tuméfiés ; les 2 lobes de la rate sont mous et noirs, faci-' lement déchirables ; le sang est noir non coagulé ; on relève un grand nombre de taches d’hémorrhagie sous-cutanées ; les poumons sont congestionnés. Le microscope montre le bacille charbonneux ; semé dans du bouillon, le sang donne une culture type, dont deux gouttes inoculées, sous le derme d’un cochon d’Inde, produisent la mort en 40 heures.

4° L’expérience faite sur Vours australien (Koala cendré) qui se nourrit exclusivement des feuilles de Teucalyptusj dans les branches duquel il vit, a été suivie des mêmes effets : mort après 42 heures ; œdème gélatineux au point

d’inoculation ; rate noire, facilement déchirable pesant 5 grammes, le poids total de l’animal étant de 2615 grammes.

An microscope rien de particulier que l’aspect ordinaire de sang charbonneux. Ce sang inoculé à un cobaye entraîne la mort en 52 heures.

Ingestion stomacale. — L’ingestion stomacale, que l’on sait être moins efficace que l’injection sous-cutanée, a produit des résultats très’ différents selon que nous l’avons tentée sur le kanguroo-rat, ou sur le chat australien.

1“ Kanguroo-rat. Nous avons fait pénétrer dans l’estomac deux centimètres cubes environ d’une culture faite avec le sang du kanguroo-rat, dont il a déjà été question. La température ne s’est point élevée; aucun signe de maladie n’a été constaté. Vers le 5" jour le sujet est inoculé sous la peau avec une culture virulente de même provenance. La température de l’animal qui est au moment de rinoculation de 38° passe par les variations suivantes :

Après 24 heures . 38°3

La mort arrive après 58 heures.

A l’examen post mortem on rencontre les mêmes lésions que chez le kanguroo-rat soumis à la seule injection hypodermique. La rate pèse 17 grammes pour un poids total de 1255 grammes. Il y a moins de globules blancs dans le sang. Un cobaye inoculé avec ce sang meurt du charbon en 42 heures.

Eig. 6. — Chat Australien (Dasyurus Maugei).

2*^ Chat australien (Dasyurus Maugeij,il avale, environ 2 cm. cubes, d’une culture virulente, sans éprouver aucun malaise. Au bout de quelques jours on lui donne en pâture le corps d^in cochon d’Inde mort du charbon ; il le dévore avec avidité sans en être incommodé.

Huit jours, plus tard, ce chat est inoculé, à la naissance de la queue, avec 3 gouttes d’une culture virulente, qui tue en 46 heures un cobaye témoin.

Le seul effet appréciable, sur cet animaL est un léger œdème au point d’inoculation, et après quatre jours il était en bonne santé.

Ainsi donc, au moins pour les animaux sur lesquels nous avons opéré, l’inoculation sous-cutanée a toujours donné des résultats positifs, ils succombent tous dans des conditions analogues. Au contraire, l’ingestion stomacale de microbes virulents ne semble pas entraîner la mort, et paraît même, dans le dernier cas cité, avoir conféré l’immunité pour une inoculation subséquente du charbon. Mais il ne faut pas oublier que ce dernier animal est un carnivore, moins susceptible peut-être au charbon que ne le serait un herbivore.

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