‹ La microbiologie en AustralieChapitre 20 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Établissement d’un Institut pour l’étude des maladies du bétail.

Au mois de novembre 1889 une réunion des personnes intéressées à l’élevage du bétail en Australasie se tint à Melbourne. Toutes les colonies étaient représentées ; on y discuta toutes les questions ayant rapport au bétail ; on y décida de prier M. Pasteur de vouloir bien envoyer un de

ses élèves pour mettre en pratique la vaccination charbonneuse dont l’efficacité avait été prouvée scientifiquement par l’expérience de Junee, dont j’ai déjà parlé. Le représentant du Queensland, M. Toison qui avait été un des membres de la commission chargée, pendant le séjour de la mission Pasteur, d’étudier la péripneumonie, lut un travail intitulé : « De la nécessité d’un laboratoire où l’on ferait des expériences et des recherches sur les maladies du bétail ».

Voici le résumé de sa communication.

« La question des maladies du bétail, disait-il, intéresse directement ou indirectement tout habitant de l’Australasie, exportateur ou tout au moins consommateur de viande. Pour les contrées d’Europe, que la densité de leur population oblige à recourir à l’importation de viande.de boucherie, elle n’a pas moins d’importance. Les conditions de climat et déposition géographique feront toujours de notre contrée un pays d’éleveurs plutôt que d’agriculteurs. Nous

(levons nous rappeler que les maladies d’origine microbienne peuvent être atténuées dans leurs effets désastreux, si nous mettons à profit les dernières découvertes de la science. Combien de millions représente le bétail de l’Australie et que deviendra cette richesse d’ici vingt ans? C’est à peine si on peut s’en faire une idée.

< Jusqu’à présent qu’avons-nous fait pour protéger cette industrie contre un des plus grands dangers qui la menacent, nous pourrions peut-être dire le plus grand, c’est-àdire la propagation des maladies ? A l’exception de quelques efforts faibles et individuels tendant à répandre la pratique de l’inoculation contre la péripneumonie et la suppression delà gale du mouton, on a fait bien peu. Prenez la gale du mouton, comme exemple de la nécessité d’une entente dans l’action ; jusqu’à ce que les différents gouvernements se soient entendus entre eux, l’action des particuliers a été impuissante, comme elle l’est maintenant pour combattre l’anthrax et la péripneumonie. 11 faut voir dans l’établissement du laboratoire que je propose, comme le premier dépôt d’un grand fonds d’assurance natiortale.

« Sir Henry Parkes a récemment publié une note officielle démontrant la nécessité de la fédération des différentes colonies de l’Australie en cas de guerre; sans cette union, chaque colonie pourrait être attaquée séparément et un échec grave aurait les conséquences les plus désastreuses pour toute la nation. Or, Messieurs, ne sommes-nous pas en état de guerre, lorsque nous avons à nous défendre contre ces infiniment petits qui dévastent nos troupeaux?

« S’il y a jamais eu une bonne raison pour se confédérer, c’est assurément en ce cas.

« Combien pour de nombreuses maladies, la connaissance des causes et des origines a-t-elle fait de progrès depuis 10 ou 20 ans ? C’est aux recherches scientifiques, aux patientes investigations que nous devons demander assistance. La différence des langues n’est pas une barrière poulie travail scientifique, le même accueil lui est réservé par toutes les grandes intelligences de toutes les races. En aucun pays, par exemple, les travaux de L. Pasteur ne sont plus appréciés qu’en Grande-Bretagne; le nom de Darwin est également vénéré chez toutes les nations du continent. De toutes les parties du monde on souscrit à l’Institut Pasteur. Le jour où tomberont les dernières barrières qui subsistent entre les nations, quelles pauvres raisons auronsnous adonner, pour avoir indéfiniment ajourné l’établissement d’un Institut destiné à l’étude des maladies du bétail, nous qui sommes encore des coloniaux, mais de nom seulement, nous qui serons demain les membres du grand empire australien, nous qui parlons la même langue, descendons de la même race, ne sommes divisés en apparence que par des lignes conventionnelles tracées sur la carte et ne devrions pas l’être davantage par des jalousies intercoloniale ».

Au mois de juin 1891, une réunion des inspecteurs en chef du bétail fut convoquée à Sydney pour discuter entre autres choses, PInstitution dont nous venons de parler. M. Bruce, inspecteur en chef du bétail de la Nouvelle-Galles du Sud, établit- très clairement dans son rapport la nécessité de cet établissement. On rapprocha les dépenses annuelles d’entretien de l’accroissement qui pourrait en résulter pour la richesse pastorale de l’Australie : et les avan-

tages furent si évidents que la conférence vota à ruiianimité la création de l’Institution sur les bases proposées par M. Bruce.

Ce sont les plans de l’Institut Pasteur de Paris qui ont servi de modèle. Ons'occuperadans ce laboratoire de toutes les questions qui ont trait aux maladies du bétail et de plus, il y aura des cours pratiques de bactériologie où les inspecteurs du bétail répandus sur toute l’Australie, pourront venir apprendre à faire rapidement les diagnostics de charbon, de tuberculose, d’actinomycose, etc. et proposer les mesures de police sanitaire que nécessiteront ces constatations.

En attendant la construction et la mise en état de ce laboratoire, la conférence recommandait de se servir du laboratoire de Rodd-Island jusqu’à ce que les arrangements fussent pris pour donner à l’institution un caractère stable.

En ce moment les gouvernements du Queensland, de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Tasmanie, qui représentent à eux seuls plus des deux tiers des intérêts pastoraux de l’Australie, ont accepté de se charger de l’entretien de cet établissement provisoire.

Nous aurons tout dit si nous ajoutons que, auprès des services réguliers, fonctionneront des laboratoires où des savants étrangers pourront venir poursuivre leurs recherches. Les Australiens comprennent les bénéfices qu’ils pourraient tirer des visites ou du séjour de ces savants dans les colonies, ils comprennent aussi que leur pays est si loin qu’il faut attirer les voyageurs pour les décider à venir, et ils le font par tous les moyens possibles.

Page 1