‹ La microphotographieChapitre 4 sur 5 · F. MON PI LL A RD · texte numérisé non relu

F. MON PI LL A RD

permet une grande amplitude dans le déplacement de la partie postérieure de la chambre noire, et de faire varier les grossissements dans de notables proportions.

C’est à ce type que se rattachent les grands appareils (Nachet, Verik, Yvon, Zeiss, etc.);

3° Les appareils coudés, dans lesquels le microscope est vertical et la chambre noire horizontale; un miroir placé à 45° ou un prisme à réflexion totale placé sur le trajet des rayons lumineux émis par l’objectif, renvoie horizontalement l’image donnée par celui-ci sur le verre dépoli de la chambre noire sur lequel s’effectue la mise au point.

Ce type d’appareil, déjà indiqué par Moitessier, puis perfectionné par M. Nachet sur les indications de M. le professeur Aimé Girard, possède le précieux avantage de permettre de photographier des préparations extemporanées dans les liquides, la platine du microscope restant horizontale; la position horizontale de la chambre noire assure une parfaite stabilité de l’appareil.

Rappelons enfin les appareils spéciaux créés par MM. Nachet, Dr Marey, pour la photographie instantanée des êtres vivants et des corpuscules microscopiques en mouvement .

Applications. — Aujourd’hui, par suite des perfectionnements résultant des progrès apportés dans l’Optique, dans la construction des instruments, dans les méthodes photographiques, nous sommes à même de réaliser des épreuves nous donnant souvent avec une fidélité absolue l’illusion de la vision de l’objet lui-même à l’oculaire du microscope.

C’est là un résultat de la première importance. En effet, comme le disait si bien M. Davanne, « l’épreuve photographique, c’est la vérité inscrite par la lumière »; nous ajouterons que l’épreuve microphotographique, c’est le document scientifique par excellence, exempt de toute trace d’interprétation personnelle.

Non seulement ces épreuves, résultant de l’enregistrement de nos observations, viennent, en donnant à celles-ci un caractère de sincérité indiscutable, faciliter considérablement

nos descriptions et leur donner une valeur bien plus grande que si celles-ci étaient faites sur de simples dessins, toujours susceptibles d’être taxés d’interprétalion; l’examen de ces épreuves viendra bien souvent faciliter, aider ces observations, et les rendre plus précises.

Chacun sait combien l’étude successive de deux ou plusieurs préparations microscopiques est laborieuse et souvent pénible; la mémoire de l’œil est fugitive; pendant les opérations nécessitées parla recherche du point à observer, l’éclairage, la mise au foyer, le souvenir précis s’efface; de là, bien des causes d’erreurs.

Enregistrons chaque observation par la Photographie et continuons nos études comparatives sur des épreuves placées les unes à côté des autres, ces causes d'erreurs disparaissent en raison de l’extrême facilité avec laquelle nous pouvons procéder à leur examen simultané.

C’est la comparaison d’épreuves microphotographiques qui a donné à l’analyse micrographique des métaux et des alliages toute son importance entre les mains d’habiles praticiens, M. Osmond, M. Guillemin.

Les mesures, qui s’effectuent avec tant de peine lorsqu’il s’agit de détails de structure ou d’organismes extrêmement délicats, sont considérablement facilitées lorsqu’elles sont exécutées sur des épreuves photographiques dont il est aisé de connaître avec une parfaite précision la valeur de l’amplification.

Enfin, il est une dernière application que nous ne saurions passer sous silence : nous voulons parler des services que cette méthode de reproduction peut rendre au point de vue de l’enseignement et de la diffusion des sciences naturelles et médicales par le livre et par la projection.

Nos clichés photographiques, reproduits par l’héliogravure, la pholocollographie, la simili-gravure, nous donneront à l’impression aux encres grasses des images plus vraies, plus exactes que les meilleurs dessins.

Si nous mettons à profit les procédés de reproduction indirecte des couleurs, nous obtiendrons, imprimées à milliers d’exemplaires, des planches nous donnant des images des

F. MONPILLARD.

objets observés, non seulement précises quant aux détails, mais encore exactes par les colorations.

Après avoir fait allusion aux services que peut rendre la Microphotographie au point de vue de l’enseignement par le Livre, nous ne saurions manquer de signaler son application à l’enseignement par la projection.

Nous ne devons pas oublier que cet enseignement par des projections exécutées d’après des clichés obtenus directement au microscope a été inauguré en France par le savant professeur M. Aimé Girard, dans ce même amphithéâtre des Arts et Métiers où sa parole si sympathique a, pendant trop peu d’années, hélas! attiré tant d’auditeurs.

Ici encore, les procédés ne nous manquent pas pour réaliser des positifs sur verre dont l’image projetée sur l’écran nous donnera bien souvent l’illusion de la réalité.

Les procédés au gélatino-bromure et au gélatino-chlorure, le si élégant procédé que MM. Lumière frères nous ont fait connaître dès 1890, enfin celui que les mêmes habiles expérimentateurs ont si bien su mettre en pratique depuis quelques mois, permettent d’obtenir des projections noires, brunes, colorées : monochromes, bichromes, trichromes et polychromes, susceptibles de faciliter considérablement la tâche du conférencier tout en intéressant l’auditoire par la variété des effets réalisés.

En i845, Donné écrivait : « Nous laisserons la Nature se reproduire elle-même ; nous la fixerons sur une planche daguerrienne, avec tous ses détails et ses nuances infinies ». Son rêve est aujourd’hui réalisé au delà de ses espérances; en effet, ce ne sont plus sur des planches daguerriennes que nous enregistrons nos observations, mais sur des couches sensibles qui nous permettent, par la suite, de diffuser par le livre et par la projection des milliers d’épreuves avec « tous les détails et les nuances infinies » des objets observés.

Tout en nous félicitant du chemin parcouru, ne considérons pas notre tâche comme étant terminée.

Rappelons-nous que, comme la Photographie elle-même, la Microphotographie est née en France.

Perfectionnons sans cesse nos procédés et nos méthodes,

continuons l’œuvre des Foucault, des Bertsch, des Moitessier.

Nous nous consacrerons ainsi à une œuvre utile, car, pour notre modeste part, nous contribuerons aux progrès et à la diffusion des Sciences qui utilisent le microscope, ce merveilleux instrument auquel l’humanité doit et devra encore pendant bien des années de grandes et profitables découvertes.

[Nous donnons à titre de procédés de reproductions 3 planches, dont l’une (PL I) en similigravure, impression monochrome, la seconde [Pl. II) en photocollographie, la troisième (Pl. III ) obtenue par triple sélection photographique et impression trichrome.]

(Extrait des Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 3e Sie, t. I).

28112. ■ — Paris, lmp. Gauthier- Villars, 55, Quai des Grands-Augustius.

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