OBSERVATION VIII A
La malade est une femme de 30 ans, mère de quatre enfants, qui a été sujette depuis de nombreuses années à des indigestions, Avant son mariage, elle avait souffert d’une attaque remarquable de la variété suivante, qui s’est répétée de temps en temps depuis. Après un malaise considérable d'estomac et d’intestin, et ordinairement après constipation inusitée, elle est saisie soudain de vertige dans la tête et d'un grand obscurcissement de la vue, suivi, au bout de vingt minutes environ, par « une lueur devant. les yeux ». Le vertige est quelquefois accompagné d’un fort état nauséeux; alors, la main droite et le bras perdent plus ou moins, mais toujours, en grande partie de leur sensibilité, et en quelque degré la faculté de se mouvoir, de sorte qu'elle ne peut rien tenir dans la main. Par degrés successifs, l’engourdissement monte à l'épaule puis à la face, toujours à son avis sur le côté droit, immédiatement après quoi la moitié droite de la langue est touchée d’une semblable façon, et elle perd la faculté d’articuler. A cette période également, son intelligence devient confuse et sa mémoire est en mème temps, pour une demi-heure environ, si affaiblie qu'elle ne peut pas se rappeler le nom du médicament qu'elle vient juste de prendre. Au sujet de ce manque de mémoire à cette période précise, elle est toujours incapable de dire quelle partie de sa langue est engourdie, et s’il n’y a aucune diminution locale de la faculté gustative. Bientôt après ces faits, les symptômes graduellement s’apaisent, laissant la malade avec une céphalalgie très gènante qui persiste la journée entière. Pendant ce mal de tête, si ce n’est avec, sa face est extrêmement chaude et congestionnée et ses pieds sont très froids. La douleur de la tête s'étend quelquefois elle-même à l’occiput, mais elle est
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toujours plus grande si ce n’est tout à fait complète au côté gauche; pendant plusieurs jours continue un état somnolent. Le pouls radial
est, du début à la fin, dans son état normal.
Le même auteur, page 370, cite un autre cas qui s'ajoute à ceux des Mélamorphic and Vicarious Relations of Megrim, page 204. Il semble y avoir, d’après Liveing, connexion avec une base hystérique. ;
Liveing fait allusion plus loin au mémoire de Piorry, Sur la nature et le traitement de plusieurs névroses et sur l’analogie qui existe entre elles et les névralgies, dans sa clinique médicale de l'Hôpital de la Pitié. Et l’auteur anglais, rendant hommage à notre compatricts, cite le passage où celui-ci décrit la migraine accompagnée à côté des variétés ophtalmique et gastrique.
Enfin c’est le « vertige » de Robert Whytt qui est finement analysé. À ce vertige sont particulièrement sujets les individus à constitution névropathique, ce que Wollaston explique dans son propre cas par l’eilet d’une variation de la tension du sang dans le cerveau. Whytt a reconnu cette forme de vertige comme une névrose distincte, de nombreuses années avant, et il l'explique plus correctement par une particularité de l’organisation nerveuse. [Il s'exprime ainsi
« Un vertige. —- Cela peut provenir de plusieurs causes celles qui produisent un mal de tête périodique, spécialement quand il affecte la partie antérieure du cerveau et la dure-mère. Beaucoup de gens à système nerveux et vasculaire délicats, après avoir arrêté puis soudainement levé la tête, sont sujets à êlre saisis par un vertige quelquelois accompagné de perte de connaissance. Dans ce cas, les vaisseaux du cerveau étant trop faibles semblent se distendre plus que d'habitude sous la, pression du sang quand la tête est inclinée; et après, quand elle est soudainement relevée, et que le sang descend tout à coup vers le cœur, ces vaisseaux ne se contractent pas assez vite, de façon à s accommoder à la quantité de sang qui y reste. Au même moment, le cerveau, en raison de sa trop
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grande sensibilité, est plus touché que d'habitude par tout changement soudain dans le mouvement des fluides à travers ses vaisseaux. »
Lasègue est migraineux et il y voit une supériorité lui assurant la compétence sur le sujet traité par Liveing. Il est bien certain que son caractère paraît avoir été influencé par la névrose qu'il critique avec tant d’âpreté dans l'ouvrage du médecin anglais. Lasègue semble d’abord illogique. Qu'on en juge. Il dénonce ce travers des gens du monde qui « se plaisent à exprimer le regret que les médecins n'aient pas éprouvé les maladies dont ils entreprennent le traitement », et. 1l affirme qu'il est à peu près impossible de décrire la migraine quand on ne l’a pas éprouvée !... Est-il donc si facile de décrire sa migraine ? J'ai eu récemment sur ce sujet l'opinion d’un maître de la neurologie française. Migraineux dans sa jeunesse, il voulut écrire minutieusement son autoobservation. Il essaya à plusieurs reprises. Vaincu par l'accès, il n’y parvint jamais. J'aurai aussi pour ma défense l’illustre précédent de cet autre maître que fut Grasset. Comme il s'excuse de n'être pas migraineux avant d'écrire l’article de son traité, le professeur de Montpellier ajoute que « cela peut avoir du reste un avantage, c’est qu'on risque moins de se laisser absorber par la forme particulière à laquelle on est sujet; on décrit la migraine, au lieu de décrire sa migraine, et on a moins tendance à trop généraliser des cas particuliers comme ] ont fait du Bois-Reymond et tant d’autres ».
Au sujet de la variété de migraine qui nous intéresse, l’opinion de Lasègue est catégorique : « Les perversions intellectuelles, les troubles de la parole, les syncopes, les vertiges avec perte de conscience, que le docteur Liveing a réunis dans son quatrième groupe, compliquent la description d’une maladie à laquelle ils n’appartiennent pas... » Voilà qui est net. « Le docteur Liveing admet, comme on l’a vu, un type dont l'authenticité me paraît douteuse et où intervienneñt des troubles nerveux d’une intensité exceptionnelle. Il à consacré de nombreuses pages à ce qu'il appelle les désordres