‹ La Migraine Accompagnée d'ÉpilepsieChapitre 21 sur 34 · PEU RER · texte numérisé non relu

PEU RER

activement employé. Il est particulièrement sujet à la crise le jour, après avoir participé à un grand repas, spécialement si le repas comprend quelque chose « de grand prix ».

Le malade est un homme de santé florissante, d'aspect bien nourri. Il se donne comme étant très nerveux et de caractère vif, quoique pendant son séjour à l'hôpital il ait été particulièrement joyeux et obligeant. Il paraît se coucher de préférence sur le côté droit, quoique cette préférence soit sans raison définie. Il. souffre un peu de palpitalions et dit que, en se levant de la position immobile, il doit se mouvoir doucement, à cause d’une douleur aiguë qui, sans cela, le saisit au côté gauche, immédiatement au-dessous des côtes. La langue, humide, est couverte d’un épais enduit blanc. Aucun signe physique anormal décelant une maladie organique. Les sensations tactiles sur le corps et les membres paraissent parfaites, mais sur le front il paraît y avoir une plus grande sensibilité du côté gauche que du côté droit. Le point situé à un pouce au-dessus du conduit auditif externe et à un quart de pouce en avant est très sensible, de la dimension d’une demi-couronne. La douleur et la sensibilité de ce point est très augmentée pendant les attaques quoique extérieurement il n'y ail rien pour indiquer une différence avec la peau environnante. Un point analogue, de la dimension d’un pois peut être découvert sur le côté correspondant à droite à environ deux pouces et demi de l’orifice auriculaire, et à trois pouces de l'angle externe de l'orbite; quoiqu'il ne soit pas aussi sensible ni aussi douloureux que celui de gauche.

« Actuellement, le malade ne peut boire d'alcool sous quelque forme que ce soit sans éprouver un état d’excitation méchante; cependant, il n’en à pas toujours été de même. »

L'auteur ajoute, à cette observation, les remarques suivantes

« Le cas illustre cette relation de la migraine avec les autres « tempêtes nerveuses » qui ont été si clairement montrées par le docteur Liveing. Il faut remarquer que K... attribue beaucoup de ses attaques, d’une part, à la nourriture « riche » et d'autre part, à « la tristesse et au surmenage ». A noter aussi la disparition de la maladie pendant les longs mois de vie maritime. Les très intéressantes connexions de ces symptômes avec les centres du docteur Ferrier pa-

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raitront claires à quiconque lira le cas avec la earte de ces centres devant les yeux. Le lecteur n'oubliera pas non plus combien communément la migraine est associée à l’aphasie, »

«Un homme, de 35 ans environ, me consulta il y a quelques années parce qu'il souffrait de migraines. La céphalée qui siégeait à gauche était associée, quand elle devenait plus intense, à une aphasie à peu près complète. En même temps, il y avait un aflaiblissement transitoire de la main gauche et de l’avantbras

On doit rappeler à cette occasion que, localisation à part, la fatigue générale du cerveau se manifestera probablement dans ses qualités les plus hautes et ses fonctions les plus complexes. La parole étant la plus haute fonction psychomotrice ressentira par conséquent d’abord la défaillance des fonctions générales du cerveau. La dextérité serait la seconde à en souffrir. Le professeur Tyndall cite l'exemple suivant : un alpiniste anglais, vers la fin d’une excursion pénible, verra le langage qu'il parle le plus mal disparaître de sa mémoire. Si c’est l'allemand, il pourra encore avoir quelques bribes de conversation en français; mais finalement cette langue le quittera bientôt à son tour et il sera réduit à sa langue maternelle. Cependant, quand une charge supplémentaire a accru la fatigue, il paraît probable que la migraine a un siège particulier où un passage spécial dans le cerveau et n'est pas entièrement

une névralgie superficielle, comme le montrent les mouvements

convulsifs dans le cas de C. K., les phénomènes visuels et les symptômes spéciaux observés dans d’autres cas.

En définitive, malgré l'évidence marquée que la migraine est une névrose primitive, et quoique ses retours paraissent dus à des causes agissant directement sur le système nerveux, il est impossible de négliger le témoignage de certains malades qui attribuent parfois ses retours à une dyspepsie « bilieuse ». Bien plus, on ne doit pas oublier l'apparition de migraines dans les familles goutteuses, pas plus que ce fait curieux que ces migraines dans les familles goutteuses sont souvent, selon

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toute apparence, purement névrotiques dans leur caractère. » En 1886, Sarda consacre aux migraines sa thèse d’agrégation. Après avoir analvsé le traité de Liveing et rapporté les opinions de Lasègue, l’auteur cite Axenfeld et Huchard qui ont écrit : « Nous pensons que les rapports entre la migraine et le mal caduec ne peuvent être encore admis, parce. qu'ils n'ont pas été démontrés par un nombre suffisant d'observations. » Sarda trouve, dans les différents auteurs, des cas très peu nombreux de migraines chez les épileptiques. « Tissot en cite un; Tardieu cite une observation douteuse; Sieveking en rapporte un cas; Miss Garrett place la migraine entre l’asthme et l’épilepsie, mais ne s'appuie pas sur des faits précis; Chaumier donne une seule observation de migraineux épileptiques; Liveing a rencontré l’épilepsie 9 fois sur 67 migraineux dont il relate l’histoire : 4 fois chez les parents des malades, 5 fois chez les malades eux-mêmes. C’est, on le voit, une proportion très forte, eu égard à la rareté des faits observés par les auteurs antérieurs à Liveing. Nous pensons pouvoir expliquer cette coïncidence, non par une fin de non-recevoir, mais par l’examen attentif des faits. Le plus souvent, les migraineux épileptiques étaient atteints de troubles visuels plus ou moins accusés : il s’agit donc de migraines ophtalmiques. Or, M. Charcot a remarqué que cette variété se rencontre quelquefois chez les épileptiques ou des malades qui accusent l'existence de l’épilepsie chez leurs parents. Féré rapporte deux observations à l'appui de cette thèse... Raullet a donné deux nouvelles observations de migraine ophtalmique chez des épileptiques. Robiolis a vu des accès d’épilepsie débuter par la migraine ophtalmique. Charcot a vu plusieurs fois l’épilepsie dans l’existence antérieure ou chez les ascendants des malades atteints de migraine ophtalmique. Nous pensons done, avec M. Charcot, que la migraine ophtalmique n’est pas sans analogie avec l’épilepsie, qu'elle se rencontre quelquefois chez les familles où lépilepsie existe, qu'enfin elle peut reconnaître pour cause, bien que rarement, cette grave névrose. Il en est de même de l’hystérie, comme l'ont montré Charcot et Galezowski. » Au sujet du

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traitement, Sarda estime que de tous les moyens, le bromure de potassium est le moins infidèle, M. Charcot administre le bromure de potassium à hautes doses (3, 4 à 8 grammes par jour pendant des mois). Il associe parfois les bromures de potassium, de sodium et d’ammonium. L'hydrothérapie a été très souvent employée avec avantage par Beni Barde. Dans sa thèse, Sarda rapporte une observation antérieure de “Charcot qui illustre notre variété particulière.

e OsservarioN XVII. A. (Charcot in Sarda.)

Mademoiselle B..., 20 ans, grand-père et grand'mère migraineux et asthmatiques; la sœur à des attaques de nerfs. Accès de migraine depuis deux ans, revenant deux fois par semaine : apparition d’un scotome ayant la forme d'une tête humaine, quelquefois hémiopie gauche, puis au bout de deux minutes, disparition et douleur susorbitaire gauche très vive. La santé est parfaite après un court sommeil. Dans quelques accès, la malade a senti des fourmillements dans le pied gauche. Lorsque l'attaque est violente, il y a perte de connaissance pendant deux minutes; la malade se raidit un peu; une fois, elle a uriné sous elle. Le plus souvent la malade a le temps de se préserver d'une chute. Avant la perte de connaissance, la tête tourne lentement à gauche. Malgré le traitement bromuré la malade a été prise aux approches de la période menstruelle d’un accès violent : scotome et fourmillements de durée plus longue, douleur susorbitaire plus vive, mouvement tournant de la tête et, immédiatement, perte de connaissance avec raideur musculaire et miction involontaire.

Les leçons du fondateur de la neurologie française ne devaient pas manquer d'éclairer la migraine qui nous occupe. « Dans d’autres cas de migraine, dite accompagnée, on voit s'ajouter d’autres troubles variés sur lesquels Piorry à le premier appelé l’attention. C’est par exemple un engourdissement de la main ou d’un côté de la langue, une aphasie où un embarras de la parole temporaire, des attaques épileptifor-

mes, ele. ». Dans une autre lecon, Charcot rapporte l'obser- .vation suivante

: OBSERVATION XVII À. (Charcot.)

ML déphis deux ans, est irritable, méticuleux; cependant, au mois de juillet dernier, il a pu passer avec succès un examen de droit devant la Faculté de Paris. Les prémiers troubles qui ont surtout frappé l'attention remontent au mois de septembre 881. Il a eu alors une première attaque, accès de migraine ophtalmique avec sCOtome scintillant, affaiblissement de la vue du côté droit, accompagnés d’embarras de la parole, de parésie el d’engourdissement du membre supérieur droit. I est reté troublé pendant huit jours, puis tout est rentré dans l’ordre. Huit jours plus tard, il a eu alors une deuxième attaque, sans perte de connaissance avec embarras de la parole. L’intelligence reste obtuse pendant vingt-quatre heures; il paraît se remettre complètement en apparence; mais il est nerveux, irrité; il peut se, remettre au travail cependant. Au mois de février 1882, il a une troisième attaque avec les mêmes symptômes de migraine; mais en outre, il a cette fois des secousses convulsives à caractère épileptiforme avec perte de connaissance. Cela a duré deux heures, ce qui semble indiquer qu'il y a eu une série d’attaques qui ont présenté cette particularité que les secousses prédominaient à droite. A Ja suite de cette attaque, l'embarras de la parole à persisté. Huit jours plus tard, il a eu une quatrième altaque avec parésie du bras droit, suivie le lendemain d’une parésie du membre inférieur droit. Pendant les cinq ou six jours qui ont suivi, il ne pouvait dire autre chose que « à cause que ». Le bras droit est resté paralysé pendant un mois. C'est surtout à partir de ce moment que le niveau intellectuel baisse; il est devenu très enfant; il est docile, mais très mobile, pleurant et riant avec une grande facilité. Il ne peut presque pas écrie luimême, mais il copie cependant une page, d’une écriture tremblée. La mémoire est aussi aflaiblie que le jugement et la volonté. Il éprouve de temps en temps le scotome scintillant. Vous le voyez s’avancer avec une démarche titubante; ses mains tremblent, sa langue tremble aussi; sa parole est à peu près inintelligible; sa physionomie est ça-

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ractéristique; son regard est éteint, les paupières tombantes, etc. Sa pupille droite est plus dilatée que la gauche; elle n’agit que faiblement par l’excilalion lumineuse, mieux par convergence.

A la même époque, dans le British medical Journal, Hughlings Jackson envisage la migraine comme un symptôme de vraie épilepsie, car elle se manifeste par paroxysmes et sert -de détente au surplus d'énergie de telle ou telle autre partie de l'écorce du cerveau.

Une communication de P. Berbez, à la Société clinique de Paris, en novembre 1888, a pour titre : « Quelques réflexions à propos de dix cas de migraine accompagnée ». Elle commence ainsi : « S'il est une affection encore peu connue de la généralité des médecins, malgré sa fréquence, c’est à coup sûr cette singulière maladie sur laquelle les travaux de Liveing, Charcot, Féré, attirent l'attention et à laquelle M. Charcot a donué le nom de migraine accompagnée. Dans la majorité des cas, la migraine s’est montrée chez des névropathes héréditaires... Le facteur individuel, cause occasionnelle de l’accès, est la fatigue oculaire. La fréquence de ces accès ne nous a pas paru très grande. C’est d'ordinaire, tous les deux ou trois mois, quelques fois moins souvent, que l’accès éclate. La durée du phénomène est, quoique variable, assez petite. Rarement l'accès a duré plus de deux ou trois heures, Parfois l'accès, et c’est là l'exception, laisse un reliquat sous forme d’engourdissement, de faiblesse ou d’hémiplégie; parfois aussi la vue reste toujours délicate, les malades craignent d'employer les lunettes, trop longtemps du moins, et redoutent les marches au grand soleil, le miroitement des eaux, la lecture des caractères fins, etc... » Au sujet de la pathogénie, voici l’opinion de l’auteur : « La ressemblance avec les symptômes habituels des lésions cortico-méningées augmente encore quand il existe des auras analogues à celles . de l’épilepsie jacksonienne. En pareil cas, et quand il s'ajoute des vertiges, on est fort en peine pour affirmer l'existence d'une migraine ophtalmique et repousser l'idée d’une lésion organique. La migraine accompagnée nous paraît constituer un sÿn:

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drome de la plus grande importance; c’est une réunion de signes dus au mauvais fonctionnement d’une région particulière; la plupart du temps, résultats vraisemblables du spasme d'un territoire vasculaire déterminé. Mais il n’est pas contraire à la vraisemblance d'admettre que des lésions localisées aux régions habituellement atteintes par le spasme vasculaire, lésions consistant en pachyméningites par exemple, arrivent à réaliser le même complexus symptomatique... Nous ne ferons qu'attirer l'attention des lecteurs sur la parenté qui unit la migraine accompagnée à l’épilepsie. L'un de nos malades (obs. IX) à eu des mouvements épileptiformes; plus tard, dans le même côté du corps, il eut une hémiparésie, une hémianesthésie incomplète et, de plus, de l’aphasie avec amnésie verbale. Nous voyons en te moment un malade qui a. des crises d’épilepsie à type jacksonien et de temps à autre des crises de migraine accompagnée. » Les titres des observations de Berbez font bien comprendre combien l’auteur englobe de symptômes disparates sous le terme de migraine accompagnée.

Obs. 1. — Migraine fruste accompagnée d’aphasie, de rétrécissement du champ visuel, d'hémiopie et d’engourdissement de la moitié supérieure du corps.

Obs. Il. — Migraine accompagnée de vertiges, d’aphasie (cécité verbale, surdité verbale, agraphie) et de rétrécissement du champ visuel. |

Obs. IT. — Migraine accompagnée de scotome scintillant, d’engourdissement et d'hémiparésie droite.

Obs. IV. — Migraine accompagnée d'hémiopie, d’hémiparésie et d’hémianesthésie gauches avec un peu d’aphasie.

Obs. V. — Migraine sans céphalalgie ,avec accompagnement d'amblyopie par plaques d’engourdissement du côté droit.

Obs. VI. — Migraine accompagnée d'hémiparésie et d’hémianesthésie gauches avec scotome scintillant.

Obs. VII. — Migraine accompagnée d’embarras de la parole

et de troubles de la sensibilité dans la moitié droite du corps; amaurose de l’œil droit.

Obs. VIII. — Migraines dans l'enfance, syphilis, lésion loca-

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lisée; aphasie (agraphie); engourdissement et faiblesse du membre supérieur droit.

Obs. IX. — Migraine fruste, sans vomissements, accompagnée d'aphasie, d'hémiopie avec accès épileptiformes chez un malade atteint d’une lésion cortico-méningée vraisemblablement spécifique.

Obs. X. — Migraine accompagnée d’engourdissement du membre supérieur droit et d’aphasie, chez un malade atteint de méningo-encéphalite.

Voici l'observation IX, qui est la seule se rapportant nettement à notre sujet. |

OBsERvATION XIX. A. (Berbez.)

Ph..., 31 ans, avocal. Père alcoolique mort jeune; mère et grand” mère cancéreuses; sœur étrange, originale, ayant présenté de la danse de Saint-Guy quand elle était enfant. Le malade lui-même a toujours eu un caractère sombre et triste; il se défiait de lui-même, travaillait cependant fort bien, mais au lycée fuyait la société des jeunes gens de son âge. Accablement, découragement; idées de suicide. Une syphilis contractée vers 23 ou 24 ans vint l’achever. Il a des céphalées nocturnes qu'il attribue au poêle d’une pièce où il travaille, il ne veut se confier à personne et il se soigne mal.

Il devient violent, égoïste, sournois, haineux. Il remarque un jour qu'il a la parole embarrassée, il se plaint également de fourmillements et de faiblesse dans le côté droit du corps. Un jour sans rime ni raison, il commet un acte délictueux, on le mène au dépôt; il délire toute la nuit, on le camisole, el sa famille le retrouve seulement deux jours après sa disparition. On l’enferme dans une maison de santé où il reste plusieurs mois. Là, il est pris d'attaques épileptiformes. Les phénomènes d’irritation corticale cèdent bientôt à un traitement spécifique énergique. La raison revient et le malade est rendu à sa famille. Je suis alors chargé de le voir souvent et de le surveiller. Au bout de peu de semaines, il était repris de son délire et nous étions obligés de l’enfermer à nouveau. Dans l'intervalle, le malade raconte qu'après avoir lu pendant trois heures il a remarqué

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