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LES SERPENTS DANS LE CADUCÉE

Tiendrions-nous là enfin le prototype du caducée, ou nous trouvons-nous encore une fois devant des représentations figurées d’origine différente, qui auraient subi l’influence de ce mystérieux emblème, c’est là une question que peut seul décider l’âge relatif des monuments mis en cause. Si cependant, comme tout le laisse prévoir, c’est à la Mésopotamie qu’il faut demander les premiers types du caducée, rien ne s’oppose à admettre que celui-ci ait pu arriver directement d’Asie Mineure en Grèce, sans passer par l’intermédiaire du caducée lybien.

Quant à la dernière métamorphose que l’art grec fit subir au caducée, on peut discuter si l’introduction des serpents et des ailes n’y représente pas un phénomène d’atavisme symbolique, un retour à des formes anciennes ou étrangères, soit même la persistance d’une tradition plastique dont les anneaux intermédiaires ne nous sont point parvenus. Suivant certains auteurs, les serpents du caducée classique seraient dus à une transformation des stemmcita, ou banderolles qui flottent sous le cercle. Or, celles-ci, dans les globes ailés de l’Asie antérieure, sont elles-mêmes, comme je l’ai montré plus haut, une métamorphose des uræus égyptiens. 11 faut noter également que le serpent enroulé au bout d’une perche forme, dans l’imagerie punique, le symbole de

Baal Hamman (i). D’autre part, M. Fergusson dit avoir observé dans la nature des enlacements de ce genre formés par des serpents; l’artiste grec n’aurait donc fait qu’adapter au caducée une image fournie par la vie réelle (2).

En tout cas, c’est à cette transformation esthétique que le caducée doit de s’être maintenu jusqu’à nos jours pour représenter deux attributions du vieil Hermès, plus en faveur que jamais près du genre humain : l’industrie et le commerce. Même en matière de symbole, rien ne meurt de ce qui mérite de vivre et sait se transformer.

Dans l’Inde également, le caducée s’est perpétué jusqu’à nos jours sous la forme de deux serpents enlacés. M. Guimet en a retrouvé de nombreux exemplaires parmi les sculptures déposées en ex-voto dans les temples vishnouites de l’Inde méridionale (3). Il est probable que ce symbole s’est introduit dans l’Inde à la suite d’Alexandre. On le trouve, en effet, sur les monnaies de Sophytès, prince indigène qui imita les tvpes

(1 ) Ph. Berger. — La Trinité carthaginoise, dans la Galette archéologique de 1879, p. i35.

(2) Tree and Serpent Worship. Appendice.

(3) Huit jours aux Indes, dans le Tour du monde, de iSS5, i*r sera., p. 244. — Voir aussi Rivett Carnac, The Snake Symbol in India, dans les Proceedings de la Société Asiatique du Bengale, 1879, part. I, pl. VI, fig. 4.

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