INTERPRÉTATIONS DIVERSES DU TRIÇÛLA
drait lieu de la formule mystique je dharma (1). U j a d es savants qui croient y reconnaître la combinaison de cinq lettres symbolisant respectivement l’intelligence (ma) et les quatre éléments constitutifs de la matière : l’air (ya), le feu (ra)-> l’eau (va) et la terre (la) (2).
Eugène Burnouf pensait y trouver le Vardhamâna kaya « le Prospère », un des soixante-cinq signes qui, selon la tradition bouddhique, décorent l’empreinte du pied du Bouddha (3).
Enfin, suivant quelques auteurs, il faut en chercher les origines parmi les images moins abstraites des cultes naturalistes antérieurs au bouddhisme. — M. Kern, s’appuyant sur le sens même de vardhamâna, participe présent d’un verbe qui signifie « croître », en fait l’image de la « lune cornue » et voit dans la projection centrale du tricula le nez dont nous-mêmes nous affu-
blons parfois la représentation du croissant lunaire 3 (4)- — M- Edward Thomas y cherche « une combinaison idéale du soleil et de la lune »; l’altération de la forme primitive serait peut-être
(1) F. Pincott. The Tri-Ratna, dans le Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, t. XIX (nouv. sér.), p. 242.
(2) A. Cunningham. The Topes of Central India, dans le Journal de la Royal Asiatic Society. Londres (t XIII, 1™ sér.), p. 1 14.
(3) Eug. Buknouf. Le Lotus de la Bonne Loi. Paris, i852, p. 627.
(4) Kekn. Der Buddhismus, trad, allemande de Jacobi. Leipzig, 1884, t. 1 1, pp. 24 1-2^2.
due à une modification dans les croyances ou au renversement des souverains dits lunaires par une dynastie solaire (i).
M. Burgess y reconnaît une image de la foudre (2); Sir G. Birdwood, un emblème phallique ou encore l’arbre de vie (3) ; M. Monier Williams, « les deux pieds de Vishnou avec une étoile ou une bosse au milieu » (4).
Enfin M. Beal y retrouve la superposition de la flamme à la fleur du lotus; M. Sénart, du trident à la roue (5).
Parmi toutes ces opinions plus ou moins contradictoires, l’interprétation de M. Sénart n'est pas seulement la plus simple et la plus rationnelle ; elle est, en outre, strictement confirmée par le témoignage des monuments. Il existe de nombreux triçulas où la partie supérieure de la figure est isolée du disque, d’autres où elle prend nettement les formes angulaires w, au lieu des
(1) Edw. Thomas. On the identity of Xandrames and Krananda, dans le Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, t. I (nouv. sér.), pp. 483-484.
(2) Burgess. Archœological Report on Elura.
(3) Sir George Birdwood, dans le Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, t. XVIII (nouv. sér.), p 407.
(4) Cité par M. Greg. Archaeologia. Londres, i8S3, t. XLVII1, p. 320.
(5) S. Beal. A Catena of Buddhist scripturcs from the East. Londres, 1871, p. 11. — E. Sénart. Essai sur la légende du Bouddha, dans le t. VI du Journal Asiatique. Paris, 1S75, p. 184.