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LE TRIÇÛLA, ORNEMENT ET SYMBOLE

de deux petits cercles ou de deux traits horizontaux, qui prennent souvent l’aspect de deux feuilles ou de deux ailerons (fig. 121 et suivantes). Les pointes de l’oméga se transforment en fleurons; le disque lui-même se pose sur une hampe ou un piédestal, et de son arc inférieur descendent deux spires semblables à des queues de serpent, dont l’extrémité enroulée se dirige tantôt en haut (fig. 1 32), tantôt en bas (fig. 121).

Fig. Z2Z. Triçûla d’Amaravati.

( Journal de la Royal Asiatic Society , t. XVIII (nouv. sér.), fig. 1.)

Le triçûla semble parfois n’avoir qu’une valeur décorative. C’est ainsi que nous le voyons couronner des balustrades et des portiques, orner des gaines d’épée, former des pendants de collier et des boucles d’oreilles (1). Mais le plus souvent il remplit incontestablement une fonction de symbole et même de symbole religieux. Gravé

(1) A. Cunningham. The Stupa of Bharhut. Londres, 1879, pl. XLIX, fig. 10; pl. L, fig. 5 et 6.

2g6 LE GLOBE AILÉ, LE CADUCÉE ET LE TRIÇÛLA.

sur de nombreuses monnaies, à côté d’emblèmes et d’images religieuses, il ouvre et ferme des inscriptions votives dans les cavernes de l’Inde occidentale (i). Les sculptures des bas-reliefs nous le montrent tour à tour sur la hampe des bannières, sur le dos d’un éléphant, sur un autel où il reçoit des hommages, enfin sur un pilier d’où sortent des flammes (fig. 122). A Bharhut, il figure au-dessus du trône du Bouddha. A Amaravati, il est un des signes gravés sur la plante des pieds du Maître (2).

Fig. 122. Triçûla sur pilier flamboyant. (Fergusson. Tree and Serpent Worship., pl. LXXI.)

Les plus anciennes représentations du triçûla se rencontrent — associées aux principaux symboles du bouddhisme, le svastika, le stoupa, l’arbre sacré, etc. — sur les monnaies d’un souverain

(1) Eug. Burnouf. Le lotus de la Bonne Loi, p. 6ît>.

(2) A. Cunningham. The Stupa of Bharhut, et J. Fergusson. Tree and serpent Worsliip, i vol avec atlas. Londres, 1868, passim, — Cf. la gravure du frontispice.

LE TRIÇÛLA MONÉTAIRE.

indigène, contemporain d’Alexandre ou des premiers Sëleucides, Krananda (1).

Fig. 123. Monnaie de Krananda.

Il s’en faut néanmoins que le triçula ait été exclusivement utilisé par les bouddhistes. Dans les cavernes, il est parfois juxtaposé aux symboles du culte solaire et, sur les monnaies des princes indo-scythes, il est accolé non seulement aux images du dieu hindou Çiva, mais encore, ce qui d'abord ne laisse pas de surprendre, à celles de divinités grecques, telles que Zeus (2); il est possible, au reste, qu’il soit devenu une simple marque monétaire, ainsi qu’il arrive souvent aux symboles religieux employés dans le monnayage.

(1) M. Edward Thomas a soutenu que Krananda était identique au Xandramès de Diodore ( Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, t. I, nouv. sér., p. 477 : On the identity 0/ Xandramès and Krananda) , ce qui rendrait cette monnaie antérieure à l’an 317 avant notre ère. — De son côté, Wilson fait de Xandramès, Chandragoupta, l’ancêtre d’Açoka (Introduction à la traduction du Mûdrarakshasa. The Theatre of the Hindus, II, 1 3 1 - 1 327.

(2) Percv Gardner. Coins in the British Muséum. Gree/c and Scythic Kings of India and Bactria, pp. 106 et 107.

298 le globe ailé, le caducée et le TRIÇÛLA.

Parmi les Jainas, ces sectaires de l’Inde qui ont tant d’affinités avec le bouddhisme, le vingtquatrième et dernier des Tirthankaras ou saints légendaires de la secte a le vardhamâna pour symbole ; ce personnage porterait même, suivant Colebrook, le surnom de Trisula (i).

On peut s’étonner, au premier abord, que les innombrables textes laissés par le bouddhisme ne nous renseignent pas d’une façon certaine sur la signification et sur l’origine du triçûla. Peu de symboles ont donné lieu, de nos jours, à des interprétations plus diverses.

Les uns y ont vu le monogramme du Bouddha (2); d’autres, le symbole du Dharma, la Loi qui résume la doctrine du bouddhisme (3); d’autres encore une représentation du Tri-Ratna, le triple Joyau, formé du Bouddha, de sa Loi et de son Eglise (4). Certains y ont découvert la juxtaposition du Dharma chakr a, la « roue de la Loi », à la vieille lettre «JL, y, qui elle-même tien-

(1) Colebbook. Observations on the Jainas, dans les Asiatic Researches. London, 1809, t. VII, p. 3o6.

(2) J. Fergusson. Description of the Amaravati Tope, dans le Journal de la Royal Asiatic Society Londres (t. III de la nouvelle série, p. 162).

(3) Edw. Thomas, dans le t IV (nouv. sér.) de la Numismatic Chronicle, p. 282, note.

(4) A. Cunningham. The Stupa of Bharhut, p. ni.

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