LE TRIÇÛLA ET LE GLOBE AILÉ
éventail, et les spires dessinées aux deux côtés de ce support correspondent aux traits, terminés en boucle, qui s’abaissent à droite et à gauche de la queue, dans les disques ornithomorphes de l’Asie antérieure.
Pour trouver l’explication de cette ressemblance, je hasarderai l’hypothèse que ces formes du triçûla ont dû subir, dans leur développement, l’inlluence plastique du vieux symbole égyptien, émigré chez les Hindous à travers l’Assyrie et la Perse.
Le temps n’est plus où, éblouis par la soudaine révélation de la littérature védique, fascinés, en outre, par les perspectives que semblait nous ouvrir, sur les origines mêmes de la civilisation, la constatation récente de notre parenté avec les races aryennes de l’Asie, nous nous tournions vers l’Inde pour y chercher la source universelle des symboles et des dogmes, des mythes et des dieux. Depuis que nous entrevoyons l’antiquité prodigieuse des civilisations qui se trouvaient en plein épanouissement sur les bords de l’Euphrate et du Nil, à l’époque où les ancêtres des Aryas erraient encore sur les plateaux de l’Asie centrale, nous sommes bien plus tentés de placer en Mésopotamie, voire en Egypte, les premiers loyers artistiques qui ont rayonné sur le monde ancien, de la Méditerranée à la mer des Indes.
Io8 LE GLOBE AILÉ, LE CADUCÉE ET LE TRIÇULA.
D’aütre part, l’Inde n’a pas vécu jusqu à la conquête mahométane dans l’état d’isolement où les historiens se sont longtemps complu à la reléguer. Sir George Birdwood va peut-être un peu loin, quand il affirme, d’une façon générale, que presque tous les symboles de l’Inde sont de provenance mésopotamienne (i). Mais il n’en est pas moins avéré aujourd’hui que les produits de l’art et de la symbolique occidentale ont dû déboucher dans la vallée de l’Indus avant l'apparition des plus anciens monuments figurés où l’Inde nous a laissé la trace de ses croyances (2).
Sans parler des relations encore hypothétiques que les riverains de l’Indus auraient entretenues avec les grands empires de l’Euphrate et du Nil, sans insister davantage sur les comptoirs que les Phéniciens auraient fondés dans l’Inde méridionale, je rappellerai que, dès la fin du VIe siècle avant notre ère, Darius Ier avait annexé la vallée de l’Indus et la province actuelle du Penjab (3). Des autorités aussi compétentes que Sir James Fergusson et le général Cunningham ont établi
(1) Journal de la Royal Asiatic Society. Londres, 1 886, t. XVIII (nouv. sér.), p. 407.
(2) G. Rawhnson. The Jive grcat Monarchies ofthe East. Londres, 1.862, t. I, p. 101. — A. -H. Sayce. Religion ofthe ancient Babylonians. Londres, 1887, pp. 137-1 38.
(3) G. Maspero. Histoire ancienne des peuples de l'Orient. Paris, 1886, p. 618.