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LA CHOIX GAMMÉE ET LA REPRÉSENTATION DU FEU

quatre points qui se trouvent cantonnés entre les bras de certaines croix gammées, rien ne prouve qu’ils représentent des clous (v. notre pl. II, litt. B, n03 19, 20, 21, 22) et, le plus souvent, ils ne sont pas même en contact avec les branches de la croix que, au dire de M. Burnouf, ils auraient pour mission de fixer. M. Schliemann, qui ne semble pas éloigné de se rallier à l’explication de M. Emile Burnouf, fait observer qu’en Troade la croix gammée accompagne le dessin linéaire d’autels brûlants (i) ; mais ces autels — en admettant que ce soient des autels — ne peuvent-ils flamber en l’honneur d’un autre dieu que le feu lui-même? Bien plus, rien n’empêche d’admettre que le soleil même ait été représenté comme un autel flamboyant.

A l’appui de l’hypothèse de M. Burnouf, on pourrait peut-être faire valoir encore que le svastika, dont les branches sont tournées vers la droite, passe, chez les Hindous, pour avoir le genre féminin, ce qui le ferait directement rentrer dans le symbolisme de l’aranî. Mais il faut observer que le svastika dirigé en sens inverse passe pour masculin. C’est, du resle, une habitude populaire dans l’Inde moderne, à en croire Sir George Birdwood, d’appliquer la division par sexe à tous les objels qui se présentent par couples.

(l) SCttLIEMANN. Ili0S, fig. 1872, 1 9 1 I, 1914, I916.

DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.

M. R. -P. Greg a écrit, sur la croix gammée, dans les Mémoires publiés par la Société des Antiquaires de Londres, une étude fort intéressante, où, tout en s’efforçant de faire une part équitable aux autres interprétations de ce signe, il le présente surtout comme un symbole de l’air ou plutôt du dieu qui régit les phénomènes de l’atmosphère, Indra chez les Hindous, Thor chez les Germains et les Scandinaves, Perkun chez les Slaves, Zeus chez les Pélasges et les Grecs, Jupiter tonans et pluvius chez les Latins (i). Malheureusement, les preuves qu’il apporte ne sont ni nombreuses, ni décisives. Le fait que, dans l’Inde, le taureau est consacré à Indra et que, sur certains lingots monétaires, la croix gammée surmonte une image de cet animal, ne suffit guère pour démontrer que le svastika est un symbole d’Indra (z). De même, il nous est difficile d’admettre que chez les Grecs la croix gammée représente le dieu de l’atmosphère, parce que, sur des poteries de Chypre, des croix gammées rappellent l’image d’oiseaux volant dans l’air.

L’auteur fait état de ce que, dans de nombreux monuments figurés, la croix gammée est placée au-dessus d’images qui représentent la terre ou

(1) R. -P. Gueg. The Fylfot and Svastika, dans Archacologia, 1 885, pp. 2q3 et suivantes.

(a) Id., ibid., p. 302.

LA CROIX GAMMEE ET LA REPRÉSENTATION DE l’AIR. 65

les créatures terrestres et au-dessous d’autres images qui symbolisent le ciel ou le soleil. Mais il s’en faut que cette disposition soit invariable, voire prédominante. Fréquemment, la croix gammée se trouve sur le même plan que des symboles astronomiques; quelquefois même, c’est elle qui occupe la position culminante. Il est vrai que M. Greg se lire d’affaire en soutenant que, dans ce cas, elle doit représenter le dieu de l’éther en qualité de dieu suprême (i).

Le seul exemple que je connaisse d’une croix gammée sur un monument consacré à Zeus ou à Jupiter est un autel votif où elle est inscrite audessus des lettres I. O. M. (2). Mais c’est un autel celto-romain élevé, selon toute apparence, par des Daces en garnison dans une ville de la Grande-Bretagne, Ambloganna ; c’est-à-dire qu’ici encore nous pouvons nous trouver devant un dieu étranger, assimilé à la divinité suprême de l’empire, le Jupiter Optimus Maximus des Romains. La croix gammée y est, du reste, flanquée de deux rouelles à quatre rayons, symboles dont M. Gaidoz a nettement démontré la nature solaire chez les Gaulois (3).

(1) R. -P. Greg. Loc. cit., pp. S07 et 3oq.

(2) Ludvig Muller. Op. cit., fig. 29.

(3) H. Gaidoz. Le dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la roue. Paris, 1886.

DE LA CROIX GAMMÉE OU TETRASCÈLE.

Enfin MM. Ludvig Miilier, Percy Gardner, S. Beal, Edward B. Thomas, Max Miilier, H. Gaidoz et d’autres encore, dans leurs études sur les monuments des Hindous, des Grecs, des Celtes et des Germains, sont arrivés à établir que la croix gammée a été, chez tous ces peuples, une représentation symbolique du soleil ou d’un dieu solaire. Je voudrais rapprocher ici les conclusions respectives de ces auteurs en même temps qu’exposer les autres raisons encore qui m’ont conduit non seulement à admettre, mais encore à développer leur interprétation. La tentative sera peutêtre d’autant moins inutile que, à en juger par les travaux relativement récents de MM. Greg et Schwartz, le caractère solaire ou même astronomique de la croix gammée n’est pas encore une cause gagnée.

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