LA DIRECTION DES BRANCHES DANS LA CROIX GAMMEE
venait demander la santé. Une coutume analogue
semble avoir existé dans le Jura (i).
Une autre objection, c’est qu’un certain nombre de croix gammées ont leurs branches tournées vers la gauche, c’est-à-dire dans un sens opposé à la direction apparente de la révolution solaire (2). M. Max Millier a fait observer que, dans ce cas, on avait peut-être voulu représenter le mouvement rétrograde du soleil automnal, en opposition avec le mouvement progressif du soleil printanier (3). Malheureusement, l’éminent indianiste ne produit aucun témoignage à l’appui de cetle hypothèse. Ne serait-il pas plus simple d’admettre que la direction des branches est d’une importance secondaire dans le symbolisme de la croix gammée? Lorsqu’on aura voulu symboliser la marche du soleil, sa faculté de translation à travers l’espace, plutôt que le sens dans lequel il tourne, on se sera peu préoccupé de l’orientation qu’on donnait aux rayons. Bien qu’en général ce soit la forme du svastika qui domine, les branches se tournent vers la gauche dans un grand nombre de croix gammées ou de tétrascèles qui sont incontestablement en rapport avec
O) Sir John Lubbock. Origin of Civilisation. Londres, 1870, pp. 214 et 226.
12) F. Pincott, dans le Journal de la Roy. Asiat. Soc., t. XIX (nouv. sér.), p. 245.
(3) Lettre à M. Schliemann. llios, p. 520.
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DE LA CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.
les personnifications ou les symboles du soleil (i). On peut, du reste, faire une observation identique sur des triscèles dont le caractère solaire n’est pas contesté (2), et même sur des images directes du soleil, tels que des disques dont les rayons, brisés en vue de rendre l’idée du mouvement, sont dirigés vers la gauche aussi bien que vers la droite (3).
Dans la pratique, nous ne voyons pas qu’on ait fait une différence entre les deux formes. Il arrive parfois que le même monument renferme plusieurs croix gammées dont les branches sont respectivement dirigées en sens opposé (4), et il paraît que, dans l’Inde, le sauvastika est, au même titre que le svastika, un signe de bon augure; tous deux sont énumérés, comme nous l’avons vu, parmi les signes des pieds du Bouddha (5).
(1) Telles sont, par exemple, les croix gammées inscrites entre les supports du trépied d’Apollon, dans une monnaie de Damastion mentionnée plus haut, et la croix gammée, reproduite dans notre planche I, sur la poitrine d’un Apollon.
(2) P. Six, dans la Revue de Numismatique. Paris, i S86, p. 147.
(3) Percy Gardner. Numism. Chron., t. XX, pl. IV, n° 20.
(4) Th. Roller. Les catacombes de Rome, t. I, pl. VI, j. — Cf. certains disques des fusaïoles d’Hissarlik (Schuemann. Ilios, n° i g5 1 ).
(5) Eue. Burnouf. Lotus, p. 626. — M. de Milloué a observé au musée Guimet que deux statues bouddhiques, décorées de la croix gammée, portent, l’une un svastika, l'autre un sauvastika; la première est de fabrication japonaise, la seconde de provenance chinoise ( Bulletin de la Société d'anthropologie de Lyon, t. I, p. iq>).
LA CROIX GAMMEE SXMBOLE LUNAIRE.
J’ai admis plus haut que la croix gammée, en tant que symbole de mouvement astronomique, avait pu s’appliquer aux révolutions ou même aux phases de la lune. Le fait est d’autant plus plausible que la croix équilatérale semble ellemême avoir parfois servi à symboliser le rayonnement lunaire aussi bien que solaire, s’il faut en juger par une représentation mithriaque où les pointes du croissant qui encadre le buste de la déesse lunaire sont surmontées chacune d’une croix équilatérale (1). Ainsi pourrait également s’expliquer la fréquente attribution de la croix gammée à des déesses lunaires, telles que les différentes formes de l’Artémis asiatique.
Dans des monnaies de Gnossus, en Crète, le croissant lunaire prend la place du disque solaire au centre de la croix gammée.
Fig. 28. Monnaie Cretoise.
( tfumismatic Chronicle, t. XX, nouv. sér., pl. II, fig. 7.)
Une monnaie qu’on croit appartenir à Apollo-
(1) Lajard. Atlas, pl. LXXVIII.
DE LA. CROIX GAMMÉE OU TÉTRASCÈLE.
nias ad Rhjndacuin, offre une croix gammée flanquée de quatre croissants.
Fig. 29. Tétrasccle lunaire.
(Barclay V. Head. Numismatic Chrotticle, t. VII (3* sér.), pl. XI, fig. 48.)
Sur des stèles funéraires de la Numidie, on voit les deux croix gammées qui surmontent l'image des défunts dans notre figure 14 (où l'une d'elles est en quelque sorte soulignée par une rouelle) faire place, tantôt à deux disques radiés, tantôt à une rouelle et à un croissant, tantôt à une croix équilatérale et à un croissant, tantôt enfin à deux croissants (1). D’où l’on pourrait conclure que la croix gammée sert à remplacer également l'image du soleil et celle de la lune.
M. Schliemann a trouvé à Hissarlik, dans les couches supérieures à la cité brûlée, une sphère en terre cuite, que des bandes horizontales divisent en zones parallèles. Dans la zone équatoriale se trouvent treize croix gammées, alignées à côté l’une de l’autre. L’illustre explorateur d’Ilion croit y reconnaître une sphère terrestre, où les croix gammées, symbole du feu, indique-
(1) Stèles du Koudiat el Batoum, dans les Comptes rendus de la Société française de numismatique et d’archéologie, t. II, pl. III, fig. 1 à 6.