EXPLICATION DE LA PLANCHE V
La figure a est empruntée à un cylindre assyrien (Lajard. Mithra, pl. LXI, fig. 6).
La figure b à la décoration d’une coupe phénicienne (Clermont- Ganneau. L'imagerie phénicienne, pl. VI).
La figure c à une monnaie impériale de Myra en Lycie (Cou.ignon. Mythologie figurée de la Grèce. Paris, Biblioth. des Beaux-Arts, p. io).
La figure d à un cachet perse (Lajard. Mithra, pl. XL1V, XLYI, n° 3).
La figure e aux sculptures des grottes de Kanerki (Fergusson et Burgess. Cave temples of India, pl. X, fig. 35).
La figure / aux bas-reliefs de la grotte de Ivarli (Moor. II indu Panthéon, pl. LXX1I).
La figure g à un groupe en bois qui se trouve au musée Guimet.
La figure h à un cylindre chaldéen (Lajard. Mithra, pl. XVI, fig. 4).
l.es figures i et j à des médailles des temples javanais (Millies. Monnaies de l’Archipel Indien, pl. VI, fig. 5o et pl. IX, fig. 67!.
La figure k à un manuscrit maya connu sous le nom de Fejervary Codex (Publications de Bureau of Ethnograpliy . Washington, 1882, t. III, p. 32).
La figure / à la décoration d’un plat moderne en cuivre, à caractères coufiques.
Planche V. — L'arbre sacré et ses acolytes humains.
Fig. g. Japon.
Fig./ Java.
Fig. k. Mexique.
F IG. !. Syrie.
l’arbre entre deux animaux.
Etrurie, où nous le reconnaissons surtout aux deux lions qui se font face dans une peinture décorative de Cornefo (i).
S’il n’a pas fourni aux Grecs l’idée première de la palmette et de l’acanthe, il a certainement inspiré la décoration de certains chapiteaux, comme ceux du temple d’Apollon à Didyme et d’Athêné Poliade à Priène, où il se retrouve entre deux griffons (pl. IV, lig. e ) (2).
On le remarque également sur un vase recueilli, en compagnie d’objets remontant à l’âge du fer, non loin de la mer Blanche, parmi des populations finno-ougriennes, qui, avant le développement de l’islamisme, semblent avoir entretenu des relations commerciales, à travers le Turkestan, avec la Perse et l’Asie Mineure (pl. IV, fig. d ). Il est très difficile de déterminer la provenance originaire du vase lui-même, mais, à en juger par le style de la décoration, il se rattache aux productions de l’art sassanide.
De Perse il passa dans l’Inde, sans doute pendant la période qui précéda immédiatement l’invasion d’Alexandre. La présence de l’arbre entre deux lions qui se font face, parmi les sculptures bouddhiques de Bharhut, est même un des indices
(1) J. Marthe. Archéologie étrusque et romaine. Paris, fig. 8.
(2) O. Rayet et A. Thomas. Milet et le golfe Latmique. Paris, 1877, pl. 17, n08 5 et 49, n» 5.
I 54 SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE l’aRBRE.
qui ont permis de constater l’influence de l’art iranien sur les plus anciens monuments de l’architecture hindoue (pi. IV, fig. h ) (i).
Dans les bas-reliefs deKanheri, où les symboles du bouddhisme se mélangent aux réminiscences d’un culte antérieur, on trouve l’arbre sacré, sculpté, comme objet de vénération, entre deux éléphants affrontés, alors que, dans d’autres basreliefs, il se transforme, flanqué de ses deux éléphants, en un lotus dont la fleur épanouie supporte le trône du Bouddha (2). Enfin, après l’extinction du bouddhisme dans l’Inde, il a été repris par les cultes sectaires, qui se sont bornés à remplacer, sur le lotus (toujours entre les deux éléphants), le trône du Bouddha par Parbati, l’épouse de Vishnou (3). D’autre part, nous rencontrons encore l’arbre — où sir George Birdwood n’hésite pas à voir l’arbre de vie — entre deux animaux affrontés, sur les étoiles, les tapis, les vases, les bijoux de l’Inde contemporaine (4). Mais, dans ce dernier cas, il n’est pas toujours facile de distinguer si l’on se trouve devant une survivance de
(1) A. Cunningham. The Stupa of Bharhut. Londres, 1S7Q, pl. VI et VII.
(2) Fergusson et Burgess. Cave Temples of India. Londres, 1SS0, p. 35o.
(3) Moor. Hindu Panthéon, pi. 3o.
(4) Sir George Birdwood. Industrial Arts of India. Londres, 1880, p. 35o.
l’arbre sacré en occident.
la symbolique préislamique ou devant une réaction de l’art sassanide introduit dans l’Inde par les invasions musulmanes (fig. 5o et pl. IV, fig. z).
Les Arabes l’adoptèrent à leur tour quand ils eurent renversé la dynastie des Sassanides, mais cette fois en le dépouillant de toute signification religieuse. C’est sans doute par leur entremise qu’il arriva en Europe, vers le commencement du moyen âge, avec des étoffes qui existent encore dans les collections privées et publiques, ainsi que dans le trésor de certaines églises, au Mans, à Chinon, à Aix-la-Chapelle, etc. (i). On le remarque également sur un vase d’or, orné d’émaux cloisonnés, qui appartient à l’église de Saint-Martin-en-Valais, et qui y passe pour avoir été donné par Charlemagne, après que le grand empereur l’eut reçu du calife Haroun al Rashid.
Finalement l’art européen l’utilisa dans sa
(i) Anciennes étoffes, dans le recueil publié par MM. Ch. Cahier et A. Martin, sous le titre de : Mélanges d'archéologie, t. I, pl. XLIII (émaux de la châsse de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle), t. II, pl. XII et XVI ; t. III, pl. XX, XXIII; t. IV, pl. XXIV et XXV. — Selon M. Marcel Dieulafoy ( L'art antique de la Perse, 5® partie, § X, Paris), ce serait surtout par l’entremise des artistes byzantins que l’influence de l’art sassanide aurait pénétré, à partir du VIII® siècle, dans l'occident de l’Europe. — L’arbre entre deux lions affrontés apparaît déjà sur un coffret en ivoire de la cathédrale de Sens que Millin fait remonter au Bas-Empire (Voyage dans les départements du Midi. Paris, 1807, pl. X A de l’Atlas). Mais ici l’influence directe de l’art oriental ne se révèle ni dans la forme de l’arbre, ni dans la physionomie des lions.
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE UE L ARBRE
décoration religieuse. M. de Gaumont l’a retrouvé parmi des sculptures de l’époque romane, notamment sur un tympan de l’église de Marigny, dans le Calvados ; il y est sculpté entre deux lions qui tiennent la tige entre les pattes de devant et mordillent l’extrémité des branches médianes (pl. IV, fig. g.).
Etrange destinée de cet antique symbole qui, après avoir servi , pendant plusieurs milliers d’années, aux religions depuis longtemps éteintes de l’Asie antérieure, est venu ainsi échouer, à l’extrémité occidentale de l’Europe, sur le sanctuaire d’un cuite possédant, lui aussi, parmi ses plus vieilles traditions, le souvenir des arbres paradisiaques de la Mésopotamie !
B. L’image de l’arbre, entre deux personnages humains (ou semi-humains) invariablement affrontés, a d’abord suivi à peu près les mêmes voies que le type dont je viens de décrire les migrations. Quelquefois les deux thèmes se sont combinés, comme nous le voyons, en Assyrie même, sur le cylindre reproduit plus haut (fig. 54). Considérablement modifié par l’art grec, comme tous les symboles qui utilisaient la figure humaine (pl. V, fig. c el plus loin fig. 67), il est resté plus fidèle à son premier modèle en Phénicie (pl. V, fig. ù), en Perse (pl. V, fig. d) et même dans l’Inde, où les deux génies assyriens à
l’arbre sacré dans l’extrême-orient.
tête d’aigle (pl. V, fig. a ) qui s’avancent vers l’arbre en tenant le cône symbolique devinrent les deux naga-rajahs ou Rois des serpents, encapuchonne's de cobras , qui soutiennent la tige du lotus bouddhique (pl. V, fig. é). Dans les grottes de Karli, cette tige, qui sert de support au trône du Maître, se dresse à la fois entre deux de ces personnages et deux daims affrontés (pl. V,
Ces sculptures remontent à une époque qui ne peut être antérieure au règne d’Asoka, c’est-àdire au milieu du IIIe siècle avant Jésus-Christ, ni de beaucoup postérieure au commencement de notre ère. Il est intéressant de les retrouver intégralement copiées, peut-être à deux mille ans de date, dans des groupes japonais en bois, du XVIIe siècle, que possède le musée Guimet. Dans l’un d’eux, les naga-rajahs portent sur les épaules un véritable dragon; cette substitution, jointe à quelques variantes dans le costume et la forme des personnages, est à peu près la seule liberté que l’art indigène ait prise avec le vieux thème bouddhique depuis longtemps oublié dans sa patrie d’origine (, pl. V, fig. g).
De l’Inde il gagna, avec le bouddhisme, l’île de java, où nous le retrouvons sur ces curieuses médailles des temples, que les indigènes, bien que convertis depuis des siècles à l’islamisme, conti-
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE
nuent à porter en guise de talisman, Il s’y montre, parmi d’autres symboles bouddhiques, entre deux figures à corps humain et à tête de quadrupède ou d’oiseau, ce qui est bien la donnée mésopotamienne dans toute son intégrité (pl. V, fig. i et y).
Il se révèle également en Chine, sur des médailles taoistes qui rappellent les pièces des temples javanais (i). Mais ici la disposition de l’arbre, comme le costume des personnages, se rapportent à un tout autre type, soit que nous nous trouvions devant une dégénérescence des monnaies javanaises, soit que celles-ci, en imitant les monnaies taoistes, aient coulé, pour ainsi dire, le thème de ces dernières dans un moule fourni par les symboles bouddhiques de l’Inde.
Peut-être même de l’archipel Indien — ou de l’Asie occidentale — s’est-il avancé jusque dans le nouveau monde, si nous en crovons la ressemblance de la scène figurée sur les médailles javanaises avec certaines images trouvées dans des manuscrits qui se rattachent à l’ancienne civilisation de l’Amérique centrale.
Nous avons vu que, dans le symbolisme des anciens Américains, on se servait de la croix pour représenter les vents qui amènent la pluie. Ces croix, qui prennent parfois une forme arbores-
(1) Des exemplaires de ces pièces existent au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, à Paris.
l’arbre sacré dans le nouveau monde.
cente, sont alors formées d’une tige qui supporte deux branches horizontales avec un oiseau perché à la bifurcation, comme dans la fameuse stèle de Palenque (i). Bien plus, cet arbre est souvent placé entre deux personnages affrontés., la tête couverte d’une sorte de couronne en plumes, qui ne sont pas sans rappeler la physionomie monstrueuse des êtres figurés aux deux côtés de l’arbre sur les médailles des temples javanais. La reproduction que j’en donne ici (pl. V, fig. Æ) d’après le Fejervary Codex (2), fait d’autant mieux ressortir ce rapprochement qu’on la trouvera placée entre des médailles de Java et à la suite d’un cylindre chaldéen dont on pourrait presque faire le prototype de toutes ces images (pl. V, fig. h). — Il y a là certainement un nouveau témoignage en faveur de la thèse qui s’appuie déjà sur tant de similitudes symboliques et ornementales pour retrouver, dans la civilisation précolombienne de l’Amérique, la trace de certaines relations avec le Japon, la Chine ou l’archipel Indien.
Enfin, par un singulier cas d’atavisme, ce thème, qui décorait déjà les cylindres chaldéens d’il y a cinq ou six mille ans, reparaît de nos
(1) On voit également un oiseau perché sur la bifurcation de l’arbre sacré dans certains cylindres perses. (Lajard Mithra,p\. LIVc, fig. 6.)
(2) Cïrus Thomas. Notes on certain Maya and Mexican Manuscrits, dans les publications du Bureau of ethnology . Washington, 4881-1882, t. III, p. 32.
iôo
SYMBOLIQUE ET MYTHOLOGIE DE L’ARBRE
jours clans la décoration des vases ou des plats en cuivre, connus sous le nom de mosouli, qui se fabriquent encore en Syrie, sur les rives de l’Euphrate et du Tigre (pl. V, fig. /). C’est toujours le palmier entre ses deux acolytes — vêtus désormais en fellahins — qui s’occupent à cueillir les deux gros fruits, ou plutôt les deux régimes conventionnels, suspendus parallèlement au-dessous de la couronne.
Sans doute il ne suffit pas de rencontrer la représentation d’un arbre entre des animaux ou des personnages, même affrontés, pour conclure qu’elle se rattache aux types décrits ci-dessus. Toutefois, dans les exemples que j’ai donnés, l’identité originaire de l’inspiration peut être établie, non seulement par une ressemblance générale, répandue dans l’ensemble de l’image — on pourrait dire un air de lamille, — mais encore par la présence de certains traits qui sont comme les détails indélébiles de son signalement.
C’est d’abord la symétrie qui se manifeste dans la physionomie et l’attitude des deux acolytes, souvent même dans la forme de l’arbre et dans la disposition des branches. Vient ensuite la présence, souvent inexplicable, d’une paire de volutes entre lesquelles surgit le tronc. Ces deux spires figurent tantôt des branches ou des pétales (pl. IV, fig. a, c, d, g ; pl. V, fig. d, h , i, /),
TRAITS CARACTÉRISTIQUES DE I.’aRBRE SACRÉ. l6l
tantôt des cornes arrondies (pi. IV, fîg. &, e, f \
pi. V, fîg. b , /, i, k).
Peut-être pouvons-nous en rapporter l’origine soit à la représentation conventionnelle des régimes qui décorent l’image des palmiers chaldéens, soit à l’introduction des cornes qui étaient chez les Assyriens un signe distinctif de la divinité.
Enfin, un détail qui semble également caractériser l’arbre sacré dans des pays fort divers, c’est l’apparition de serpents qui tantôt s’enroulent autour du tronc (pl. IV, fîg. d\ pl. V, fig. c, e, /, g-, h , et fig. 5o, p. 145), tantôt figurent simplement dans le champ de l’image (pl. V, fig. A; aussi p. 145).
Il faut remarquer que c’est non pas l’identité de l’espèce végétale qui constitue le caractère essentiel du symbole à travers toutes ses modifications locales, mais plutôt la réapparition constante de ses accessoires hiératiques.
Chaque peuple, en effet, semble avoir introduit dans cette combinaison sy mbolique l’arbre qu’il estimait le plus précieux. Ainsi nous y voyons figurer tour à tour le dattier en Chaldée, la vigne ou le conifère en Assyrie, le lotus en Phénicie, le figuier dans l’Inde (1).
(1) M. Didron remarque, dans son Manuel d'iconographie chrétienne (Paris, 1845, p. 80), que chaque peuple chrétien a choisi, pour