‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 103 sur 110 · LE RIRE ET LE SOURIRE · texte numérisé non relu

LE RIRE ET LE SOURIRE

horizontales en tant que signes de 3a contemplation, et enfin par l'expression doucereuse, scrutative ou méprisante de la bouche. Il faut donc faire grande attention à ces traits qui modifient l'expression afin de se mettre à même de dire si cette expression souriante est devenue physiognomonique à la suite de la gaîté du caractère, du plaisir de la raillerie ou du contentement de soi-même, ou bien si elle ne doit son existence qu'à des grimaces de politesse extérieure, au vif désir de montrer constamment un visage grimaçant aimablement. Dans les cas douteux, il faut observer le précepte de Socrate : « Parle pour que je te voie ! » Je l'ai déjà dit dans le premier chapitre de cette seconde partie; l'observation attentive du jeu de la physionomie est un moyen auxiliaire indispensable au physiognomoniste ; et dans un dialogue avec une personne on découvrira bientôt quelle nature du sourire lui es propre et quelles sont les particularités de caractère qui la portent à mettre souvent en action ses muscles rieurs. Schopenhauer dit : « Plus un homme est capable d'un sérieux complet , plus il peut rire cordialement. Les hommes, dont le rire s'exprime toujours affecté et contraint, sont de peu de valeur intellectuellement et moralement parlant, la nature du rire d'une part et les causes du rire d'autre part étant aussi très caractéristiques pour les personnes. » Le rire exagéré pour des causes futiles passe habituellement et avec raison pour un signe de sottise ; le sourire de politesse exagéré, stéréotypé, pour un signe de fausseté. Les coquins qui sourient ne sontils pas les plus dangereux, et plus l'expression souriante apparaît non motivée, forcée, plus l'intention de tromper est évidente, et plus la méfiance est justifiée (1).

(1) Concernant la signification des différentes espèces de rire, Barthélemi -délia Rocca Codes {Bartotomei Coclitis Physiognomise et Chiromantix Compendium, Argentorati, 1533) fait quelques remarques dont voici la traduction:

L'expression physiognomonique d'une gaîté habituelle se montre sur le visage de Chodowiecki, l'artiste aimable et généreux (fig. 94). J'ai déjà montré aux passages cor-

respondants comment l'expression souriante est modifiée par d'autres traits physiognomoniques chez Luther (fig. 74), Spener (fig. 75) et Mathias Claudius (fig. 76). La bouche de Benjamin Franklin (fig. 95), d'après le portrait peint par A. Scheffer et gravé par Girardet, ressemble

« Les fous et les hommes qui ont une grosse rate rient beaucoup. Quiconque rit pour des causes insignifiantes est borné, vaniteux, versatile, crédule, lourd d'intelligence, serviable et ouvert. Quiconque ne pousse que rarement un petit rire est constant, persévérant, prudent, éveillé, discret, fidèle et laborieux. Celui dont la bouche laisse difficilement échapper un sourire est réfléchi, perspicace, ingénieux, patient, persévérant, travailleur dans son métier et colère. Celui qui rit facilement et en riant éclate souvent ou ouvre la bouche toute grande, ou balance la tête àdroite ou cà gauche, est changeant, curieux, crédule et facile à dauber. Celui qui rit d'une bouche moqueuse est arrogant, faux, opiniâtre, colère, menteur et sans foi. »

Je n'ai pu trouver dans les bibliothèques une monographie de Aldrovisi, Gelatoscopia sive divinatio ex risu, Nap., 1611.

Fig. 94. — Chodowiecki

Page 1