‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 37 sur 110 · FRAYEUR · texte numérisé non relu

FRAYEUR

l'expression mimique de la surprise ou d'une grande attention.

S'il s'y joint des sourcils tirés vers le haut et des rides horizontales, les yeux ont alors l'expression mimique d'une surprise très grande ou d'une attention très vive.

d. —Combinaisons mimiques. Vouloir indiquer séparément toutes les combinaisons possibles des expressions mimiques exprimées jusqu'ici, serait un travail aussi inutile que difficile. Désormais, je n'étudierai après chaque chapitre que les combinaisons mimiques qui amènent des modifications remarquables et frappantes de l'expression du visage.

Si l'expression d'une surprise très violente apparaît sur le front en même temps que celle d'une disposition très désagréable, très pénible ; c'est-à-dire, si des eides verticales profondes s'y confondent avec des rides horizontales profondes, pendant que les sourcils sont tirés très haut, le visage revêt l'expression de l'épouvante (fig. 13). Cette expression se trouve avec une netteté

Fig. 13. — Yeux très ouverts avec des rides verticales et horizontales (expression de frayeur)

toute particulière sur la statue connue de Laocoon (fig. 14). Par l'action simultanée des sourciliers et des muscles

frontaux, il se forme sur le front des plis originaux, en forme de fer à cheval, que l'on remarque très profonds chez les fous qui sont poursuivis par certaines hallucinations. Darwin s'exprime ainsi sur ce point, p. 200: « Sur ma demande, le professeur Crichton Browne s'est soigneusement étudié à surprendre cette expression chez les nombreux aliénés confiés à ses soins, dans l'asile de "West Riding. Il m'informe qu'on peut voir les muscles de la douleur (c'est ainsi que Darwin appelle les sourciUers et les frontaux) agir constamment avec énergie dans certains cas de mélancolie et surtout d'hypocondrie ; et

que les lignes ou rides persistantes qui sont dues à leur contraction habituelle sont des signes caractéristiques de la physionomie des ahénés appartenant à ces deux classes. Dans l'un de ces cas, il s'agissait d'une veuve,

Fig. 11. — Laocoon (rides verticales et horizontales)

âgée de cinquante et un ans, qui se figurait avoir perdu tous ses viscères et croyait que son corps était entièrement vide. Les muscles de la douleur étaient contractés d'une manière permanente et cet état dura plusieurs mois, après quoi la malade se rétablit et son visage reprit son expression habituelle. »

Appendice

Eclat variable du globe oculaire, — L'éclat de l'œil n'étant ni provoqué ni modifié par une activité musculaire, les réflexions suivantes n'appartiennent pas, rigoureusement parlant, aux recherches sur les mouvements mimiques des muscles faciaux. Mais comme ces mouvements sont accompagnés très fréquemment de modifications dans l'éclat des yeux, comme les mêmes causes qui déterminent l'expression mimique du visage exercent aussi l'influence la plus immédiate sur l'éclat des yeux, j'ai réuni ici tout ce qui a trait à ce point et en ai fait un paragraphe complémentaire du chapitre des yeux.

L'éclat des yeux dépend — A. de la quantité plus ou

MOINS GRANDE d'huMIDITÉ LACRYMALE. — B. DE LA TEN- SION PLUS ou MOINS PRONONCÉE DE LA CAPSULE MEMBRA- NEUSE DU GLOBE DE l'oeil, et — C. DE LA COULEUR DE

l'iris.

A.— Les larmes.

Pour expliquer l'origine des larmes, on se contente habituellement de dire que des représentations tristes agissent sur les glandes lacrymales, tout comme les représentations gustatives sur les glandes salivaires ou

comme la vive représentation de l'enfant au sein sur les glandes lactifères de la mère qui allaite. Toutefois, une telle explication paraît déjà insuffisante, lorsqu'on se souvient que les pleurs peuvent être causés non seulement par de tristes représentations, mais encore par des représentations gaies. Puis, on peut dém.ontrer qu'il existe un rapport entre tous les phénomènes cidessus mentionnés. Ainsi des représentations gustatives sont causées par des impressions du goût, c'est-à-dire par des impressions des nerfs gustatifs ; des représentations d'allaitement sont dues aux impressions des nerfs des glandes lactifères, et si, à la suite des représentations correspondantes, il se produit une sécrétion de salive ou de lait, ces représentations semblent rétroagir par la même voie par laquelle elles étaient nées. Mais personne ne voudra prétendre que les représentations de tristesse ne soient dues à des impressions des nerfs des glandes lacrymales. Il nous faut donc donner une explication des pleurs, différente de celle de ces phénomènes.

Chacun sait que les yeux commencent à pleurer dès qu'une fumée corrosive, un contact rude excite la conjonctive, l'enveloppe extérieure du globe oculaire. Les nerfs de cette membrane conjonctivale se rattachent au nerf trijumeau (cf. p. 63) ; mais comme des faisceaux de ce nerf parviennent également à la glande lacrymale, il est de toute vraisemblance que l'excitation de la conjonctive se communique aux nerfs des glandes et qu'une sécrétion plus forte des glandes lacrymales est ainsi amenée. La sécrétion des glandes lacrymales est donc renforcée par l'excitation du nerf trijumeau tout comme celle des glandes mammaires par l'excitation du mamelon (dans l'allaitement). L'on n'a pas encore donné une explication satisfaisante de ce phénomène particulier, à savoir que l'excitation du nerf trijumeau, des nerfs

gustatifs et des nerfs sensitifs des mamelons a i30ur conséquence un relâchement des nerfs des vaisseaux qui sont en rapport avec eux, c'est-à-dire un relâchement des parois vasculaires et, par cela même, un épanchement plus grand des éléments aqueux du sang. Il suffit ici de constater le fait.

L'effet que produisent certaines influences extérieures sur les glandes lacrymales nous donne un moyen d'expliquer l'effet que produisent sur ces organes les influences intellectuelles.

Nous avons dit que les larmes pouvaient être amenées par toute émotion vive de l'âme, par des représentations joyeuses aussi bien que par des représentations tristes. Et en cela comme dans les états d'excitation de la membrane conjonctivale, la dernière cause des larmes doit être cherchée dans une excitation du nerf trijumeau. Suivant toute vraisemblance, cette excitation est due à ce que des impressions violentes de l'organe psychique se transmettent au nerf trijumeau et à ses ramifications. Ainsi que les nerfs des muscles du visage et de l'œil, le nerf trijumeau naît très près du cerveau psychique. De même que, pour ce motif, de violentes impressions intellectuelles ébranlent les muscles du visage et de l'œil, de même des mouvements violents de l'esprit déterminent une mise en jeu du nerf trijumeau et amènent conséquemment une augmentation de l'humidité lacrymale.

Darwin prétend expliquer ainsi qu'il suit la naissance des larmes, p. 190 : « Les pleurs résultent, en somme, probablement d'une succession de phénomènes plus ou moins analogues à la suivante : l'enfant, réclamant sa nourriture ou éprouvant une souffrance quelconque, a d'abord poussé des cris aigus, comme les petits de la plupart des animaux, en partie pour appeler ses parents à son aide, et en partie aussi parce que ces cris consti-

PlDERlT 6

tuent par eux-mêmes un soulagement. Des cris prolongés ont amené inévitablement l'engorgement des vaisseaux sanguins de l'œil, engorgement qui a dû provoquer, d'abord d'une manière consciente et plus tard par le simple effet de l'habitude, la contraction des muscles qui entourent les yeux pour protéger ces organes. En même temps, la pression spasmodique exercée sur la surface des yeux, aussi bien que la distension des vaisseaux intra-oculaires, a dû, sans éveiller nécessairement pour cela aucune sensation consciente, mais par un simple effet d'action réflexe, impressionner les glandes lacrymales, » et, p. 393 : « L'habitude de répandre des larmes paraît avoir été le résultat d'une action réflexe, due à une contraction spasmodique des paupières, et peut- être aussi à leur injection par l'afflux sanguin au moment des cris. »

Ce mode d'explication sera encore l'objet d'études plus approfondies plus loin, dans le chapitre des mouvements des muscles faciaux dans le rire et les pleurs.

Les glandes lacrymales sont situées à la partie supérieure et externe de l'orbite. Une petite quantité d'humidité, qu'elles sécrètent constamment et qui se répand à l'aide du cHgnement de l'œil sur la surface antérieure du globe oculaire, sert à tenir toujours humide et propre la fenêtre oculaire, la cornée transparente. Mais lorsqu'on pleure, la sécrétion des glandes lacrymales est augmentée à tel point que l'humidité lacrymale, trop abondante, ne s'écoule plus par la voie ordinaire, c'est-à-dire par le canal nasal, mais, débordant de la paupière inférieure, coule le long de la joue.

L'œil, rempli de larmes, a un certain éclat humide original que chacun connaît.

Physiognomonie : Lorsque, chez un homme, les larmes coulent facilement, et quaiicl des émotions de l'âme

amènent fréquemment une sécrétion plus forte des glandes lacrymales, Vactwité de ces glandes reste aussi augmentée habituellement et sans cause spéciale^ ce qui fait que Vœil paraît alors particulièrement humide et brillant. Les yeux humides et brillants se trouvent donc de préférence chez des hommes sensibles, enthousiastes , chez des natures facilement impressionnables , passionnées, sentimentales ; tandis que, chez des hommes froids^ positifs^ Von observe au contraire un éclat plus sec des yeux. Et comme, chez les femmes, cest la vie du cœur qui prédomine habituellement, elles ont en règle générale les yeux plus humides que les hommes.

Dans la majorité des cas, l'on pleure inconsciemment et, je l'ai déjà remarqué, les larmes peuvent être amenées par toutes les émotions violentes du cœur, tristes aussi bien que joyeuses (1).

Mais il est évident que la sécrétion lacrymale se trouve jusqu'à un certain degré sous l'empire de la volonté. Non seulement on peut retenir les larmes par force, mais on peut aussi les provoquer à dessein et il se trouve des virtuoses qui savent à tout instant ouvrir à volonté les écluses de leurs pleurs. Une telle aptitude exige sans doute de l'exercice, comme toutes les dextérités humaines. Les femmes qui savent se servir très heureusement de leurs larmes comme d'armes défensives, et d'armes d'attaque, acquièrent très souvent sur ce point une habileté digne d'admiration. Les hommes au contraire, qui se sont habitués à condamner et à réprimer les pleurs comme des signes d'une faiblesse indigne du sexe fort, oublient à tel point l'usage des larmes que bien souvent ils ne peuvent

(1) On en trouve des exemples dans Darwin, p. 226.

plus pleurer même quand ils le veulent. Les héros de VIlicide : Achille, Ajax, Ulysse, Ménélas, ne rougissent pas de verser des larmes ; tels que des enfants, ils pleuraient quand ils étaient tristes et riaient quand ils étaient dans la joie. Ménélas, apprenant la destinée d'Agamemnon, dit :

Mon pauvre cœur se brise d'affliction,

J'étais assis sur le sable, pleurant ; mais mon esprit était

Fatigué d'être en vie et de voir la lumière du soleil.

Lorsque j'eus cessé de pleurer et me fus tordu plein de chagrin, etc.

Si chez nous les pleurs ne sont plus de mode, il n'en est pas de même du rire et du sourire ; et notre étonnera eut de voir les héros de l'antiquité classique verser des larmes ferait peut-être aussi le leur, si, franchissant de nouveau le Styx, ils voyaient aujourd'hui les visages éternellement souriants d'une réunion du beau monde.

Mais pourquoi, demandera-t-on, cherchons-nous, par l'intervention de la volonté, à entretenir et à faciliter l'écoulement des larmes, lorsque la douleur ou le chagrin accablent notre esprit? L'expérience répond en nous apprenant que les émotions de l'âme perdent de leur intensité dès que les larmes commencent a couler. Si, jusqu'à nos jours, nous n'avons pas encore pu expliquer physiologiquement, d'une façon satisfaisante, comment les glandes lacrymales deviennent des canaux de dérivation des impressions violentes du cerveau, toutefois, il est un fait que l'on ne saurait contester, c'est que les pleurs calment la tristesse et la douleur. Quelle souffrance de sentir le besoin de verser des larmes et de se voir forcé par les circonstances de les retenir de force ! Quel soulagement bienfaisant lorsque l'oeil sec de désespoir se mouille de larmes! Des coups soudains de la destinée, par exemple la perte d'une personne qui nous est chère, peuvent produire une telle impression, un tel

ébranlement que, pendant un certain temps, toutes les fonctions intellectuelles soient comme paralysées et que la personne atteinte dans ses affections ne soit plus en état de comprendre toute l'étendue de son malheur. C'est alors que les larmes ne coulent pas. Celui qui a quelquefois vu un homme debout, l'oeil sec, devant un grand malheur qui vient de le frapper, sait combien cette vue est douloureuse et nous remplit de crainte. Et nous avons raison d'être effrayés, car cet ébranlement nerveux momentané peut amener un dérangement complet de l'esprit. Mais si le malheureux peut pleurer, si sa douleur se résoud en larmes et si la surexcitation de son esprit trouve un dérivatif, il est sauvé. C'est ce bienfait salutaire des larmes que Shakespeare a peint dans Othello (5.2) en disant :

Drop tears as fast as the Arabiaii trees Tlieir medicmal gum.

Ainsi donc, les larmes sont, si je puis m'exprimer ainsi, des soupapes de sûreté pour des impressions excessives du cerveau. Dans de telles situations, le cerveau ressemble pour ainsi dire à un appareil électrique trop chargé et il se décharge par son action sur les glandes lacrymales.

Les pleurs exigent déjà un certain degré d'activité intellectuelle. Ce qui nous le prouve, c'est que les animaux ne pleurent pas (1) ; c'est que les crétins, chez qui la vie de l'âme reste élémentaire, ne versent pas de larmes (2), et que les enfants durant les premiers mois de leur vie ont à peine les yeux mouillés, quand bien même, tourmentés par les souffrances ou par la faim, ils crieraient ou sangloteraient violemment (3).

(1) Sur les prétendus pleurs de l'éléphant, v. Darwin, p. 180.

(2) Cf. Maflfey et Roscli, Ueber den Cretinisynus.

(3) ce. sur ce point, Darwin, p. 169.

Mais l'éclat du globe oculaire ne dépend pas seulement de la quantité plus ou moins grande d'humidité lacrymale, mais aussi de la tension plus ou moins prononcée de la capsule membraneuse du globe de l'oeil.

B. — De la tension plus ou moins prononcée de la capsule membraneuse du globe de Tœil.

Le globe de l'œil doit être regardé comme une boule remplie de différentes humeurs, boule dont la capsule est entourée de plusieurs membranes. La tension de cette capsule membraneuse de l'œil est d'autant plus grande et l'œil apparaît d'autant plus brillant que, d'une part, tout le contenu presse fortement sur l'enveloppe extérieure, et que, d'autre part, le tissu de cette enveloppe résiste plus vigoureusement à cette pression. Mais le globe oculaire est d'autant plus riche en humeurs et sa capsule membraneuse est d'autant plus raide et résistante que l'organisme entier est plus sain, plus vigoureux et plus riche en humeurs.

Physiognomonie: Donc, l œil a un éclat particulièrew.ent brillant clans la jeunesse, ^lIots que Vovganisme humain se développe dans toute lexubérance de sa force vitale.

Mais plus le corps est affaibli par des pertes d'humeurs, par les maladies ou les excès, plus la tension de la capsule diminue, plus l'éclat des yeux devient mat. L'éclat des yeux perd beaucoup de sa force après de grandes pertes d'humeurs, et cela se voit chez les femmes qui ont allaité leur enfant pendant un temps excessif ; c'est surtout chez les cholériques que cette diminution est la plus frappante. Des pertes énormes et rapides d'humeurs les épuisent à l'extrême, de sorte que

Page 1