ÉCLAT DES YEUX
leurs yeux ternes, sans éclat, se distinguent à peine de ceux d'un mort.
Avec la mort cesse la tension de l'enveloppe oculaire, la cornée s'aplatit et l'éclat des yeux s'éteint complètement.
Les maladies des organes digestifs sont, entre toutes, celles qui diminuent le plus facilement l'éclat des yeux. On sait qu'il existe une profonde sympathie entre le cerveau et l'estomac. Un chagrin persistant dérange la digestion, une vive frayeur détermine du malaise chez les personnes faibles, quelquefois même des vomissements, et l'épouvante qui s'empare du lâche soldat au milieu de la bataille se traduit souvent par des coliques diarrhéiques. Mais réciproquement, les maladies des organes digestifs rétroagissent sur le cerveau et de là sur l'éclat des yeux. L'œil éteint de la personne qui vomit fournit la preuve la plus instantanée des modifications que subit l'éclat de l'œil sous l'action des maux d'estomac. Parmi les maladies des organes digestifs , c'est surtout le catarrhe stomacal chronique qui éteint les yeux de la manière la plus frappante et leur donne une apparence terne ; leur expression maladive est encore renforcée lorsque, comme cela se passe d'habitude quand les souffrances sont de longue durée, des ombres bleuâtres apparaissent sur les paupières inférieures. Physiognomonie : Les yeux d'un éclat mat annoncent des
excès ou des maladies et surtout des maladies des
organes digestifs.
Mais un état maladif n'a pas toujours pour conséquence un affaibHssement de l'éclat de l'œil ; bien souvent, au 'Contraire, il l'augmente, et cela est vrai surtout de la fièvre. Alors les pulsations sont plus rapides, la circulation est hâtée et, à la suite d'un violent afflux sanguin,
les globes oculaires deviennent plus pleins, plus tendus et plus brillants ; mais en même temps l'activité de l'esprit prend aussi dans la plupart des cas un développement extraordinaire (délire fiévreux) et, pour ces causes, les yeux des personnes fiévreuses ont un éclat si peu naturel qu'on rappelle « brûlant ».
Un usage excessif de spiritueux produit sur l'organisme un effet analogue à celui de la fièvre, car l'activité du cœur et de l'esprit est par cela même aussi accrue énormément. Toutefois, ce n'est que dans la première période de l'ivresse que l'œil brille d'un éclat plus grand; plus tard cette excitation factice est suivie d'une période de détente et les yeux ont alors si peu d'éclat qu'on les appelle « vitreux ».
Physiognomonie : Si Viisage excitant des spiritueux devient une habitude chez lliomme, les vaisseaux de l'œil s'élargissent peu à peu à la suite d'un afflux sanguin trop fréquent. La cornée opaque prend alors une teinte sombre, d'un gris sale, et elle est découpée par de nombreux vaisseaux trop remplis de sang. Les vieux ivrognes ne se reconnaissent pas seulement à leur nez rouge, mais aussi à leurs yeux injectés de sang .
Mais il ne faut pas oublier que certaines maladies des yeux, notamment les inflammations chroniques, peuvent aussi amener une plus grande affluence de sang vers les yeux et provociuer ainsi un élargissement de leurs vaisseaux.
Il reste encore à parler de I'influence de la vie de l'ame sur l'éclat des yeux. On sait que des affections mettent très facilement tout l'organisme en communauté sympathique de souffrance, et cela d'autant plus, qu'elles sont plus violentes et plus persistantes. Des émo-
INFLUENCE DE LA VIE DE l'aME SUR l'ÉCLAT DES YEUX 89
tions déprimantes, telles que la tristesse (chagrin, soucis, repentir) et la crainte, produisent un effet d'affaiblissement et de détente sur l'énergie de l'activité vitale. A la suite d'un état persistant de tristesse, la circulation et la respiration deviennent plus faibles et moins rapides, les. muscles perdent de leur élasticité, la taille se courbe et la tête retombe sur la poitrine, la digestion devient plus paresseuse et l'assimilation plus défectueuse, le corps s'amaigrit, la peau jaunit et se dessèche, les cheveux blanchissent. Des émotions excitantes, au contraire^ comme la joie, l'espérance, le courage et la colère, relèvent l'activité vitale de l'organisme : le cœur se contracte plus vigoureusement et le sang circule plus vite dans les artères, la chaleur et la couleur de la peau se renforcent, les mouvements respiratoires deviennent plus profonds,, la marche plus élastique, et la tête se relève énergiquement.
Mais ce sont les yeux qui sont influencés le plus fortement par les affections déprimantes ou excitantes. Avec quelle rapidité, l'espérance, la colère et le courage ne leur transmettent-ils pas une vie nouvelle ! L'œil de la joie rayonne^ celui de l'espérance brille, celui de la colère étincelle. Ce ne sont pas seulement les affections qui renforcent l'éclat des yeux : le travail énergique de la pensée lui donne aussi une nouvelle force, d'autant plus grande, que ce travail est plus soutenu ; il faut surtout que l'homme poursuive plus ardemment la solution d'ua problème quelconque de la pensée. C'est le rapport intime qui existe entre les deux organes qui nous explique pourquoi les états cérébraux exercent une influence si immédiate sur la vie sanguine et nerveuse des yeux. Chez l'embryon, le globe de l'œil fait encore partie intégrante du cerveau ; ce n'est que peu à peu qu'il se détache, se développe et vit d'une existence indépendante. Plus tard,.
dans l'organisme achevé, un court pédoncule, le nerf optique, le tient en rapport direct avec le cerveau, de sorte que le globe oculaire peut très bien être considéré comme une sorte d'appendice du cerveau.
Physiognomonie : La facilité avec laquelle certains états de l'esprit agissent sur l'éclat des yeux fait que des hommes vifs et intelligents se distinguent par l'éclat de leurs yeux : éclat qu'ils conservent souvent encore à un âge très avancé et même après de longues souffrances.
Plus l'activité de l'esprit est paresseuse, sans énergie, par exemple dans l'assoupissement, plus l'éclat des yeux devient terne.
Physiognomonie : Plus un hom7ne est indolent, hébété, moins les yeux ont d'éclat. Ils sont donc moins brillants chez les crétins et les idiots.
G. — Influence de l'iris sur l'éclat des yeux.
La membrane irisée ou iris (fîg. 1 b) affecte, on le sait, les nuances les plus diverses du bleu, du vert et du brun. Mais plus l'iris est de couleur sombre, plus la cornée transparente qui le recouvre comme un verre de montre a d'éclat; car, de même que tout objet brillant ressort avec un nouvel éclat lorsqu'il est placé sur un fond sombre, de même qu'une parure de brillants, par exemple, lance des feux plus vifs, placée sur un vêtement noir que sur un vêtement de nuance. claire, de même la cornée rayonne d'autant plus que l'iris, placé derrière elle, est de couleur plus sombre. C'est pourquoi les émotions de l'âme se trahissent plus facilement dans des yeux sombres que dans des yeux d'un ton plus clair.
L'iris est pourvu de deux muscles, un muscle circu-
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laire (sphincter) et un muscle dilatateur (dilatcitorpupillœ). Le premier rend le trou optique plus petit, le second l'agrandit. Le premier est sous l'empire du nerf oculomoteur, le second est soumis au nerf sympathique. Les mouvements des muscles de l'iris sont réflexes et indépendants de la volonté. La pupille est rétrécie principalement par les stimulants lumineux et de telle façon que l'excitation des nerfs optiques, causée par eux, se transmet par voie réflexe au nerf oculo-moteur. La pupille s'élargit: l'* par la disparition des stimulants lumineux, par conséquent dans l'ombre et le crépuscule ; 2° par une paralysie du nerf oculo-moteur, par exemple sous l'influence d'une terrible épouvante ; S*' par des excitations du nerf sympathique, comme elles se produisent par exemple dans certaines indispositions du bas-ventre (catarrhe chronique de l'estomac, présence de vers chez les enfants, etc.). Par suite de la grande mobilité des muscles de l'iris et de l'impressionnabilité extraordinaire de ses nerfs, la grandeur de la pupille est excessivement variable, et soumise à l'influence de toute alternance d'ombre et de lumière. Mais plus elle s'élargit, et plus l'iris coloré se rétracte et se trouve remplacé par la pupille d'un noir très foncé ; plus alors les yeux paraissent noirs, brillants, et c'est ainsi qu'il peut se faire que même des yeux d'un ton clair, d'un bleu pâle, produisent parfois, par exemple au crépuscule, l'impression d'yeux de couleur foncée.
Je finis en reproduisant encore quelques remarques complémentaires sur l'éclat variable de l'œil, empruntées à l'ouvrage du D'' Hersing.
« La cornée transparente représente un miroir convexe avec l'iris coloré et la sombre pupille comme bases, et ce miroir convexe réfléchit dans le même rapport tous les rayons lumineux qu'il reçoit de l'extérieur, il brille dans la même mesure qu'il est éclairé. » P. 12.
« La cornée ressemble à un miroir qui réfléchit la lumière; si ce miroir est fixe, il émet aussi une lumière toujours d'égale intensité. L'œil se meut-il doucement, la lumière, qu'il réfléchit, se répand uniformément. Les mouvements sont-ils rapides, violents, les rayons s'échappent alors de la cornée, brisés, étincelants ; tel un miroir ordinaire lance, dans un mouvement rapide de vaet-vient, par saccades, des éclairs lumineux, telles les eaux d'un ruisseau au cours rapide, éclairées par la lune, lancent des gerbes lumineuses tandis que les eaux calmes d'un étang ont un doux reflet. » P. 19.
« Parfois aussi, fortement excité ou très impatient, on porte rapidement son regard d'une personne à une autre, et les cornées ne réfléchissent alors, dans ces petites excursions rapides, que de petites étincelles lumineuses. Les yeux ont coutume d'étinceler ainsi à toute vive impression, dans l'impatience ou la curiosité, dans l'amour et la joie, dans la haine, la rage ou la colère. « P. 21.
« Ce qui prouve que l'on se fait bien souvent une idée exagérée de l'éclat des yeux, c'est qu'il est très difficile de distinguer un œil artificiel d'un œil naturel ; souvent l'œil artificiel brille encore plus que l'œil naturel : des médecins ont été amenés ainsi à prendre dans leur examen l'œil artificiel pour le naturel et réciproquement. » P. 17.
« Si on place sur le visage un papier percé de deux trous à la place des yeux (ou un masque) et que l'on s'efforce autant que possible de représenter la haine ou le mépris, de lancer les éclairs étincelants de la colère et de la rage, le spectateur constatera seulement que l'on meut les yeux et que l'on cherche quelque chose. » P. 27.