AVANT-PROPOS DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Depuis plusieurs années, l'auteur a fait de la mimique et de la physiognomonie l'objet de ses études et s'est efforcé de rendre accessibles à une exposition scientifique ces domaines obscurs de la physiologie.
Ce travail était plus difficile que maint pourrait peut-» être se l'imaginer, soit parce qu'il s'agissait ici d'une quantité extraordinaire de phénomènes compliqués et de questions embarrassées, soit parce que l'auteur était réduit à ses seules ressources : les ouvrages qui se rapportent à ces questions étant aussi peu nombreux que peu utilisables.
De tout temps, ces deux sciences ont été de la part des savants les objets d'une négligence surprenante; l'on n'a fait que très peu d'essais et pour la plupart très superficiels pour en expliquer les problèmes ; et, ces essais n'ayant pas réussi, l'on s'est habitué peu à peu à considérer la mimique et la physiognomonie comme des sujets inaccessibles aux recherches ou indignes d'elles ; on les a jetés dans la salle des accessoires de la science, — avec la Chiromancie, la Phrénologie, etc. ; — celui qui entreprend de s'occuper de ces sujets mal réputés doit s'attendre à ce qu'une partie du mépris dont ils sont l'objet retombe sur lui. De prime abord, on est disposé à tenir des écrits sur la mimique et la physiognomonie pour des amusements scientifiques ou plutôt non scienti-
fiques. Les érudits secouent les épaules et les mettent de côté, ne les honorant d'aucune considération sérieuse ; la foule s'en empare, mais non pas tant pour les lire que pour satisfaire une curiosité passagère en parcourant les illustrations que l'on s'attend à rencontrer dans de tels ouvrages.
Déjà en 1858, l'auteur a publié un travail sur la mimique et la physiognomonie (Grundzûge der Mimik und Physiognomik, BrsLunschweig, F. Vieweg und Sohn) ; il y exposait les idées fondamentales qui lui servirent encore de guides dans ce remaniement ; mais il n'avait pas les loisirs nécessaires pour en rédiger un exposé plus détaillé et plus populaire ; et comme il habitait alors l'Amérique du Sud(l) et ne pouvait pas surveiller l'exécution des gravures sur bois, celles-ci furent exécutées en grande partie d'une façon très défectueuse, de sorte que bien souvent elles induisent en erreur le lecteur au lieu de servir de commentaires et de preuves.
Les jugements portés sur ce travail lui ont été tous favorables (cf. Wiener Medizinische Wochenschrift , mars 1859 ; Deutsches Muséum du 6 octobre 1859; Kôlnische Zeitung^ du 14 mars 1859; Gôttinger gelehrte Anzei-
(l) M. Th. Piderit, fils d'un médecin très estimé, naquit le 15 septembre 182G à Detmold, charmante petite capitale de la principauté de Lippe. Il étudia la médecine aux Universités de Goettingue, de Heidelberg et de Berlin ; pendant deux ans et demi il l'ut un élève assidu du célèbre physiologue et anatomiste Henle, professeur à Heidelberg. Henle lui conseilla de se vouer entièrement aux études scientifiques; mais M. Piderit, dégoûté de la triste situation politique en Allemagne (après la Révolution de 1848), aima mieux émigrer. Il se rendit à Valparaiso où, pendant quatorze ans, il exerça comme médecin. En 1859, il fit un voyage en Europe ; c'est dans la même année qu'il prononça à Paris un discours sur la mimique dont on parle plus loin, p. 6. En 1865, il revint se fixer définitivement dans sa ville natale où il vit retiré du monde. Son œuvre principale est « la Mimique et la Physiognomonie », œuvre que la critique a saluée de toutes parts comme un ouvrage classique et fondamental, comme un exposé vraiment scientifique de ces questions si intéressantes et cependant si peu connues. Il est fait mention plus loin de ses autres ouvrages moins importants. (Note du traducteur.)