‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 50 sur 110 · BOUCHE · texte numérisé non relu

BOUCHE

Celui qui veut faire voir son mépris lève la tête afin d'abaisser son regard sur l'objet de son dédain; il exprime ainsi qu'il se sent lui-même supérieur à ce qui lui semble bas. Seulement il ne regarde pas l'objet de son mépris en face, mais de coté, comme s'il ne jugeait pas nécessaire de tourner la tête pour le fixer dans les yeux ; en même temps, les paupières tombent comme dans l'assoupissement (cf., p. 74), et comme sigae d'une indifférence extrême envers la cause visible ou imaginaire de son dédain; cependant un certain degré d'attention paresseuse et contrainte se reconnaît à la tension des muscles frontaux : les sourcils sont tirés en haut et il se forme sur la peau du front des plis horizontaux (fîg. 35).

De cette façon, un faible degré de mépris ne s'exprime que dans les yeux ; mais dans des degrés plus forts d'un dédain orgueilleux, l'expression de la bouche se modifie

aussi d'une manière particulière. Le trait de l'amertume apparaît DANS LA LÈVRE SUPÉRIEURE (cf. p. 95), comme si l'on ressentait un goût désagréable, dégoûtant, et, en même temps, on repousse la lèvre inférieure EN AVANT et EN HAUT comme si, par ce mouvoment, l'on désirait éloigner un objet insignifiant qui se rapprocherait des lèvres ; ce qui montre que l'on considère cet objet comme très insignifiant, c'est que dans l'allongement de la lèvre inférieure on a coutume de souffler en même temps un peu d'air comme si cela suffisait pour chasser l'objet léger comme une plume (fig. 35).

Donc, l'expression mimique du mépris est une expression compliquée et se rapporte en partie à des objets imaginaires, en partie à des impressions sensorielles imaginaires.

Comme dans le trait pincé, la lèvre inférieure est également tirée en haut dans le trait du mépris, et dans les deux cas, au moyen des deux muscles releveurs du menton (1) (fig. 5 k). Toutefois, l'expression de l'entêtement

(1) Ces muscles releveurs du menton étant d'une importance capitale pour l'expression du mépris, les anciens anatomistes les avaient appelés d'un nom très caractéristique, MuscuU superhi.

Fig. 35. — Expression du mépris

se distingue essentiellement de celle du mépris en ce que, dans celle-là, les deux lèvres sont pincées vers le dedans, tandis que, dans celle-ci, la lèvre inférieure est au contraire poussée en avant. Cela est dû à une action combinée des muscles releveurs (fig. 5 h) et des triangulaires du menton (fig. 5 l) ; pendant que ceux-ci repoussent en haut la lèvre inférieure, et que les coins de la bouche sont abaissés, le bord rouge de la lèvre inférieure se renverse au dehors. Sous l'influence des muscles releveurs du menton, des plis caractéristiques de la lèvre inférieure naissent dans l'expression du mépris aussi bien que dans celle de l'entêtement; mais dans celle-ci les phs partent du milieu de la lèvre inférieure et se dirigent en ligne droite vers le bas et en dehors comme les côtés d'un triangle à angle obtus, tandis que, dans celle-làj ils forment, par la tension vers le bas des triangulaires du menton, un ligne arquée, dont la convexité EST TOURNÉE VERS LE HAUT (fig. 36). Au rcstc, dans

l'une et l'autre expression du visage, le menton est très plat, parce que sa peau, sous l'influence des muscles releveurs du menton, est tirée vers le haut et tendue fortement (l).

(1) Aux pages 280 et 281, Darwin explique comme il suit Texpression du mépris et du dégoût : « Sur le visage, le dégoût se manifeste, quand il est modéré, de diverses manières : on ouvre largement la bouche, comme pour laisser tomber le morceau qui a offensé le palais; on crache, on souffle en avançant les lèvres,

Fig. 36. — Trait méprisant dans la bouche

COMBINAISONS MIMIQUES

Si, en même temps que l'expression du mépris, les RIDES VERTICALES apparaissent, et alors les sourcils arqués et les plis horizontaux manquent naturellement, on peut admettre que Ftiomme ressent à la fois de la colère et du mépris (fig. 37).

Fig. 37. Trait méprisant avec des rides verticales sur le front

Plus LE TRAIT d'amertume l'cssort dans une expression méprisante, plus le visage offre l'expression d'un mépris amer.

on produit une sorte de raclement de la gorge comme pour l'cclaircir... Un dégoût extrême s'exprime par des mouvements de la bouche semblables à ceux qui préparent l'acte du vomissement... Il est remarquable de voir avec quelle facilité une simple idée provoque instantanément des nausées ou des vomissements. Pour expliquer ce fait, il est permis de supposer que nos ancêtres primitifs ont dû posséder, comme les ruminants et divers autres animaux, la faculté de rejeter involontairement la nourriture qui les incommodait. Aujourd'hui, cette faculté a disparu, en tant que soumise à l'action de la volonté: mais elle est mise involontairement en jeu, par l'effet d'une habitude invétérée de longue date, toutes les fois que l'esprit se révolte contre l'idée de prendre tel ou tel aliment, ou plus généralement qu'il se trouve en présence de quelque objet qui inspire le dégoût. »

LA BOUCHE ET l'oUÏE 121

Physiognomonie : L'expression du méipris se trouve physiognomo7iiquement chez des hommes prétentieux, arrogants, qui ont coutume de mesurer les conditions et les opinions d' autrui sur V échelle de leur propre excellence imaginaire et qu'il est difficile de satisfaire.

Ce trait se manifeste dans les yeux par des sourcils hautement arqués, des rides horizontales et des paupières baissées.

Dans la bouche, on le reconnaît a ce que le milieu de la lèvre inférieure semble pressé vers le haut et que, sous son rebord rouge , qui est un peu renversé en dehors j apparaît un pli arqué dont la convexité est tournée vers le haut.

Mouvements des muscles de la bouche dans leurs relations avec Fouie

Pendant que chez beaucoup d'animaux les muscles de l'oreille externe possèdent une mobilité extraordinaire, ils sont, chez l'homme, rabougris et presque immobiles ; ils ne peuvent contribuer à seconder, en quoi que ce soit, l'activité de notre sens de l'ouïe et il est incontestable que, sous ce rapport, nous sommes moins bien doués que les chevaux, les ânes etles chiens, qui, par la grande mobilité de leurs oreilles, peuvent favoriser considérablement la réception d'impressions sonores. Parmi les organes des sens de l'homme, l'ouïe est celui que la nature a le moins armé de muscles; ce n'est qu'indirectement que cette réception d'impressions auditives peut être facilitée et favorisée à l'aide de certains muscles de la bouche.

Celui qui prête l'oreille à quelque chose, qui écoute attentivement un bruit indistinct, ouvre la. bouche afin de recueillir autant que possible dans leur totalité les impressions sonores, c'est-à-dire non seulement par l'oreille mais aussi par la bouche. Durant cette opération,

il LAISSE RETOMBER D'UN MOUVEMENT LACHE LA

MACHOIRE INFÉRIEURE, de sorto que, dans la ligne de profil du visage, la lèvre inférieure se trouve sensiblement en arrière sur la lèvre supérieure (fig. 38).

Fig. 33. — Bouche ouverte, personne aux écoutes

Dans l'Introduction psychologique, on a posé et établi le principe que les mouvements mimiques du visage s'exprimaient le plus facilement dans les muscles des yeux, moins facilement dans les muscles buccaux. Si donc un DEGRÉ MODÉRÉ d' ATTENTION OU d'étonuemcut sc manifeste par de grands yeux (p. 71), si, pour un degré plus PRONONCÉ, les sourcils et la peau du front sont également tirés vers le haut (p. 73), la bouche s'ouvrant en même temps toute grande trahit le degré le plus ÉLEVÉ d'attention ET d'étonnement (fig. 39). Alors, le visage revêt une physionomie telle que l'on dirait que

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