RIRE ET PLEURS
épinière sans interrompre la marche de la respiration ; d'autre part, on peut enlever tout le cerveau jusqu'au bulbe sans suspendre les mouvements respiratoires. Mais si, à l'aide d'un canif étroit, l'on perce la ligne médiane du bulbe, instantanément la respiration s'arrête et l'animal tombe comme foudroyé.
Maints phénomènes portent à croire que le bulbe est aussi le centre nerveux du toucher. C'est pourquoi certaines impressions intenses des nerfs sensitifs affectent très facilement les nerfs de la respiration, et le rythme de leurs mouvements est détruit. Ainsi, par exemple, la respiration s'arrête lorsqu'au bain l'on se plonge subitement dans l'eau froide; les malades cherchent avidement à respirer lorsqu'on leur met une compresse froide sur le ventre chaud, etc.
Le chatouillement et la douleur sont des impressions sensitives intenses de nature différente, et il me semble que l'on peut expliquer les mouvements réflexes du rire et du sanglot qu'ils provoquent, en admettant que ces incitations des nerfs sensitifs se transmettent au bulbe et de là, par voie réflexe, passent aux racines voisines des nerfs respiratoires.
Dans le rire, durant l'expiration, l'air est exhalé par saccades ; dans le sanglot, durant l'inspiration, l'air est inhalé par saccades.
Durant l'expiration habituelle , les muscles respiratoires sont à l'état de repos et l'air est chassé soit par la pression de la cavité thoracique qui retombe sur ellemême, soit par l'élasticité naturelle des parois pulmonaires ; mais, dans le rire, l'expiration est hâtée par des mouvements rythmiques et très rapprochés du diaphragme ; lorsqu'on rit, les muscles respiratoires sont donc aussi en jeu durant l'expiration. On peut avec cela admettre que le chatouillement, en tant que cause du
rire, exerce une influence excitante sur les nerfs sensitifs et, par ceux-ci, sur les nerfs des muscles respiratoires. Or, l'activité normale des muscles respiratoires étant rythmique, intermittente, cela peut expliquer pourquoi les mouvements réflexes des muscles respiratoires, dus au chatouillement, présentent aussi un caractère rythmique, intermittent.
L'inspiration est due à la dilatation des poumons, conséquence d'une contraction simultanée des muscles de la cavité thoracique et du diaphragme ; mais dans le sanglot, cette contraction des muscles respiratoires n'est point constante comme l'inspiration régulière ; elle est saccadée, tremblante. Or, on sait que le mouvement tremblotant d'un muscle est toujours un signe d'une force nerveuse affaiblie, d'une innervation diminuée ; de là vient que l'on observe des mouvements tremblotants après de violents efforts, après des syncopes, des maladies épuisantes et chez des vieillards décrépits ; et on peut donc supposer que la douleur, en tant que cause du sanglot, exerce une influence déprimante sur les nerfs sensitifs et par ceux-ci sur les nerfs des muscles respiratoires.
Le RIRE, fruit de l'influence excitante du chatouillement, doit donc être regardé comme un mouvement expiratoire renforcé ; le sanglot, conséquence de l'effet déprimant de la douleur, comme un mouvement inspiratoire affaibli.
Avant de passer maintenant à l'examen des causes internes, intellectuelles du rire et du sanglot, je dois d'abord exposer en détail l'intéressante monographie, déjà signalée, de E. Hecker, Physiologie et Psychologie du rire et du comique^ Berhn, 1873 ; l'auteur y formule un autre mode d'explication du rire, et l'argumentation . physiologique en paraît très plausible; mais, après une