‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 60 sur 110 · CAUSES DU RIRE · texte numérisé non relu

CAUSES DU RIRE

étude plus attentive, elle fait naître maintes réflexions critiques. Voici quel est en substance le raisonnement de l'auteur: « On a observé, chez les animaux, que de faibles excitations galvaniques de la peau, semblables au chatouillement, produisent une accélération du mouvement circulatoire du sang : les fibres annulaires des artères se contractant, non seulement à l'endroit en question, mais aussi dans les vaisseaux des parties plus éloignées. Ces fibres vasculaires à mouvements involontaires, qui se trouvent surtout fort nombreuses dans les artères plus petites, sont soumises au nerf sympathique. Donc, dans ce phénomène, nous sommes en présence d'un effet réflexe du nerf sympathique provoqué par une incitation des nerfs sensitifs de la peau. Ce nerf couvre aussi de ses rameaux le muscle dilatateur de la pupille. Or, comme chez les hommes, les pupilles se dilatent à la suite du chatouillement, Hecker en conclut que le chatouillement provoque chez l'homme une incitation par voie réflexe du nerf sympathique et que cette incitation est suivie des phénomènes analogues à ceux des animaux observés, c'est-àdire d'un rétrécissement des vaisseaux artériels et d'une accélération du mouvement circulatoire du sang. L'effet de cette incitation du sympathique, due au. chatouillement, continue Fauteur, doit se manifester avec le plus de force dans les parties du corps qui sont le plus richement pourvues de petites artères, donc principalement dans le cerveau, organe que des troubles dans la circulation, c'est-à-dire l'accroissement ou la diminution de la pression sanguine, peuvent facilement endommager, soit à cause de la déUcatesse et de la vulnérabilité de ses éléments constitutifs, soit parce que, dans son enveloppe crânienne solide, il ne peut pas, comme d'autres organes, s'adapter aux différentes conditions de pression, et ne peut donc pas se dérober à un plus grand afflux sanguin.

« Cette diminution de masse sanguine que le chatouillement provoque dans le cerveau pouvait devenir dangereuse, si la nature ne nous avait pas donné dans ce mouvement réflexe du rire, suscité simultanément par le chatouillement, un moyen de compenser la diminution de pression par une augmentation de pression. A la suite de l'expiration, la cavité thoracique retombe, ce qui empêche l'affluence au cœur du sang veineux, et il en résulte un engorgement de sang au cerveau. Or, le rire étant un mouvement expiratoire intermittent, mais renforcé, il s'ensuit un effet contraire au danger dont le cerveau est menacé. La douleur corporelle cause d'abord un spasme des vaisseaux, c'est-à-dire un rétrécissement qui, après un temps plus ou moins long, se change en une paralysie vasculaire, c'est-à-dire en un élargissement des vaisseaux. Au premier stade répond le cri qui, en tant que mouvement expiratoire non interrompu, -a pour le cerveau une signification analogue à celle du rire ; au second stade répond le sanglot, qui, en tant que mouvement violent d'inspiration, produit un effet contraire au rire; la décharge des vaisseaux trop pleins du cerveau est ainsi facilitée, et l'afflux sanguin, que la sensation doiiloureuse avait provoqué dans cet organe, est supprimé. »

C'est ainsi que Hecker cherche à expliquer l'utilité ■du rire et du sanglot, mais sa théorie ne donne aucune réponse à la question : pour quelles raisons physiologiques le chatouillement et la sensation douloureuse doivent-ils être suivis nécessairement des mouvements réflexes involontaires du rire et du sanglot? Afin de donner l'explication de la connexion nécessaire de ces phénomènes, j'ai déjà attiré l'attention sur ce rapport réflexe particuher qui subsiste entre les nerfs sensitifs et ceux de la respiration et qui semble établi par le fait que dans

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