CHAPITRE PREMIER
OUVRAGES ANCIENS ET MODERNES SUR LA MIMIQUE. — IMPORTANCE DE LA MIMIQUE POUR l'ART. — ' LES ILLUSTRATIONS.
Le langage mimique est la langue muette de l'esprit. Les langues parlées des peuples sont de nature diverse et changeante, mais le langage mimique est le même en tous lieux et chez tous les hommes ; les sentiments et les dispositions de l'âme, les désirs et les passions se manifestent pareillement dans les traits du sauvage et dans ceux de l'Européen civilisé, dans les traits de l'esclave et dans ceux du roi, de l'enfant et du vieillard. Ce langage muet est si clair et si intelligible, que des enfants, dans la première année de leur âge, recon-
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naissent déjà sur lé visage de leur mère une expression de tristesse ou de mécontentement. Chacun sait, par sa propre expérience, combien l'oeil, par un exercice quotidien, arrive à saisir une modification, aussi insignifiante que l'on voudra, dans l'expression du visage. Par exemple, nous adressons la parole à quelqu'un qui ne nous regarde pas bien dans les yeux, nous remarquons aussitôt qu'il est distrait ou inquiet, bien que rien n'ait changé dans ses traits, sinon que la pupille s'est peut-être déplacée d'un millimètre sur le côté.
Tout le monde entend ce langage muet de l'esprit, mais l'apprend par la voie empirique sans se préoccuper des règles de sa grammaire. De tout temps, des esprits éminents se sont voués avec zèle à l'étude des langues articulées et des milliers de volumes ont été écrits sur ce sujet; seulement on a négligé l'étude du langage mimique, cette langue éternelle de l'humanité.
Cette tâche incombait tout d'abord aux physiologues, mais la plupart d'entre eux passèrent outre, en faisant remarquer que l'on ne peut pas établir de règles générales pour les mouvements musculaires d'expression. D'autres se contentèrent d'indications superficielles qui, pour la plus grande partie, n'ont aucune valeur pratique, reposent sur des prémisses fausses et sont en contradiction avec les faits eux-mêmes. Joh. Millier (1) (Physiologie des Menschen, vol. II, p. 92) dit : « Les rapports des muscles de la face avec les différentes passions sont absolumeut inconnus. » C'est ce que dit aussi Lotze (2) : Wagner s HaJidwœrterhuch der Physiologie^ Artikel : Instinct, p. 196: « On ne peut faire saisir à notre entendement ni la fin ni la cause de la nature particulière des modifî-
(1) Un des physiologues les plus éminents de l'Allemagne (1801-1858). — G. (i) Professeur de physiologie et de philosophie à l'Université de Gœttingen (1817-1885). - G.