CH. BELL
cations dans les ti^aits du visage que produisent la joie, la tristesse et autres affections. » Ch. Bell ^1) lEssays on the ctricitomu of expression, p. 108, fit une tentative pour expliquer les mouvements mimiques des muscles. Son point de départ est celui-ci : des impressions agréables provoquent un relâchement des muscles ; des impressions désagréables, au contraire, en amènent la contraction ; il en déduit que les muscles faciaux sont mis en mouvement avec d'autant plus de violence que l'esprit est affecté d'une façon plus désagréable. Toutefois cette opinion est réfutée par l'expérience : d'abord la contraction des muscles de la face, au lieu d'être diminuée, est au contraire renforcée habituellement par des émotions agréables de l'âme (musique, joie, espérance) ; et l'hypothèse fût-elle vraie, rien ne nous expliquerait néanmoins pourquoi, dans des affections différentes, quelques muscles faciaux sont plus contractés que d'autres; pourquoi, par exemple, la colère produit sur le front non pas des plis horizontaux, mais des plis verticaux. Bell clierche à se débarrasser de cette difficulté en soutenant que beaucoup de nos muscles de la face sont uniquement des « instruments de l'expression », « sont spécialement disposés pour ce seul objet ». Mais Darwin fait au contraire une remarque bien juste : « Le simple fait, dit-il, que les singes anthropoïdes possèdent les mêmes muscles faciaux que nous, rend déjà très invraisemblable l'opinion que ces muscles servent exclusivement chez nous à l'expression du visage; car personne, je présume, ne sera disposé à admettre que les singes ont été pourvus de muscles spéciaux uniquement pour exécuter leurs hideuses grimaces. En effet, des usages distincts, indé-
(I) Célèbre par ses travaux qui ont fait époque sur les neris sensilifs et moteurs de la moelle épinière (1774-1842). — G.
pendants de Texpression, peuvent être assignés avec une grande vraisemblance à presque tous les muscles de la face. »
Oken (1), qui considère les os et les muscles de la tête comme des extrémités transformées, est d'avis que « le jeu mimique n'est rien autre chose que la répétition du mouvement des membres due à certains états intellectuels (Oken s Naturgeschichte, vol. Il, p. 244). Si, par exemple, un animal se dispose à sauter, non seulement les muscles des jambes de derrière, mais encore les muscles correspondants de la mâchoire inférieure se contractent, la bouche s'ouvre et les dents apparaissent. Lorsque les pieds de devant ou les mains saisissent un objet, les muscles correspondants de la mâchoire supérieure se contractent aussi et par suite la lèvre supérieure se relève. Lorsque, dans une réception amicale, les bras s'ouvrent, les commissures des lèvres sont relevées également et tirées en arrière, et le sourire naît. » Le système énoncé par Oken ne se soutient évidemment pas plus dans ses prémisses que dans ses conclusions. Huschke exprime de semblables idées dans ses : Mimices et pliysiognomices fragment, pliysiol. (léna 1821), dissertation doctorale qu'il semble avoir écrite sous l'influence de son professeur Oken. Il est aussi d'avis que la tête est un tronc métamorphosé, et il explique l'importance des muscles de la tête par l'importance des muscles analogues du tronc. Il arrive ainsi à conclure que le sphincter oris remplit les mêmes fonctions que le sphincter ani. Puis il dit à la page 15 : « A la suite de la crainte, l'homme et l'animal cherchent à se replier sur eux-mêmes et alors les muscles fléchisseurs du corps entrent en activité. Le même jeu des muscles se répète sur la face, les
(1) Naturaliste et philosophe allemand de génie et d'esprit (1779-1851) — G.
OKEN, HARLESS 5
sourcils se rapprochent en se contractant et le nez se baisse. »
E. Harless {Lehrbucli der plaslischen Anditomie) émet l'idée « que les muscles de la face servent à contracter la peau du visage et que différents degrés de contraction provoquent différents degrés de sensibilité dans la peau du visage; que, en outre, des représentations désagréables poussent à des mouvements de muscles qui engendrent des sensations désagréables de la peau ». (Cf. p. 132.) Mais si certaines représentations, et surtout des représentations passionnées, donnaient réellement naissance au besoin de provoquer dans la peau du visage des degrés différents de sensibilité (affirmation qu'il serait difficile de démontrer et de justifier), pourquoi ce besoin ne serait-il pas satisfait de préférence et avec plus de commodité, par des caresses, des chatouillements, des frottements faits avec la main, que par la contraction des muscles de la face ? Mais l'opinion émise par Harless n'est pas seulement invraisemblable, elle est aussi sans utilité pratique ; car elle ne fournit pas le moindre point de repère pour une classification et une explication systématiques des mouvements mimiques ; pas plus que la théorie de Bellj elle ne montre pourquoi, dans certaines affections de l'âme, certains muscles de la face entrent en jeu alors que d'autres restent passifs, pourquoi, par exemple, la colère ne produit sur le front que des plis verticaux et non pas aussi des pfis horizontaux.
Les œuvres de Baumgaertner (Kraiikenphysiognomik, 1839) et de Morison (Phijsiognomik der Geisteskranliheiten, 1853), traitent, il est vrai, d'autres questions, mais elles méritent d'être signalées en tant que, par l'exécution soignée des illustrations, elles ne sont pas sans intérêt pour l'étude de la Mimique.
Dans son ouvrage : Mécanisme de la physionomie
humaine, qui parut en 1862 et coûte cent quatre-vingts francs, Duchenne, de Boulogne, se borne à reproduire à l'aide de photographies les expressions du visage qu'il provoque en électrisant les muscles de la face, pris isolément ou par faisceaux. Toutefois ces mouvements musculaires n'étant pas amenés par des causes intérieures, mais par des causes extérieures, non par une volonté propre, mais par une volonté étrangère, de telles grimaces artificielles ne peuvent être d'un grand secours pour expliquer le rapport qui existe entre certaines affections de l'âme et certains mouvements des muscles faciaux. Au reste, Duchenne se rend la tâche facile, car il ne s'engage nullement dans l'étude psychologique du langage mimique; et, comme Bell, il énonce la proposition suivante : « Le langage de la physionomie une fois créé, il a suffi au créateur, pour le rendre universel et immuable, de donner à tout être humain la faculté instinctive d'exprimer toujours les sentiments par la contraction des mêmes muscles. »
A la fin de l'année 1865, un manuscrit du professeur Gratiolet fut publié après sa mort chez Helzel, sous le titre: De la Physionomie et des Mouvements d'expression. L'auteur n'y traite pas de questions physiognomoniques, mais il cherche seulement à montrer comment certaines affections du corps aussi bien que de l'esprit se manifestent soit par des fonctions modifiées de l'organisme, soit par des mouvements de muscles. Dans l'explication des mouvements mimiques des muscles, Gratiolet se sert de principes analogues à ceux que j'ai déjà publiés en 1858 sous le titre: Grundsaetze derMimik undPhysionomi]i{\).
(f) Gratiolet ne faisant pas mention de mes travaux antérieurs, je me permets de réclamer ici le droit de priorité pour mes manières de voir, et de faire remarquer que, en 1859, dans une séance de la Société de biologie et en présence de MM. Claude Bernard, Brown-Sequard, Rayer, etc., j'ai fait un discours, sur mon système de mimique et de physiognomonie, discours que le président,