ESSENCE ET EFFET DU COMIQUE
agréables ou désagréables, se manifestent (on a dit pourquoi dans l'Introduction psychologique) le plus facilement dans les muscles de l'organe visuel, à un degré moindre dans ceux du goût, et ce n'est qu'à la suite d'impressions très intenses qu'ils se manifestent dans les muscles qui se trouvent en rapport avec le sens du toucher, c est-à-dire par le rire ou le sanglot. Une grande JOIE, qui exerce une action excitante sur le système nerveux, comme la sensation du chatouillement corporel, éveille donc le besoin du rire, c'est-à-dire de mouvements expiratoires renforcés ; une grande tristesse, qui exerce une influence déprimante sur le système nerveux, comme la sensation de la douleur corporelle, excite le besoin du sanglot, c'est-à-dire de mouvements inspiratoires affaiblis.
Que des facéties et des représentations comiques nous portent au rire, ce fait s'explique par le principe, que j'ai énoncé également dans l'Introduction psychologique, qu'une représentation agit avec d'autant plus d'intensité qu'elle apparaît plus subitement. Or, l'esprit fait naître subitement, inopinément, une représentation en la mettant en rapport, par une analogie cachée quelconque, avec une autre, toute dissemblable d'apparence. Si les représentations que l'esprit fait naître en nous sont agréables, nous en rirons ; mais si elles sont désagréables, sinous nous sentons blessés par cet esprit, nous laissons de côté le rire, si frappante que soit au reste la saillie. Vischer et Hecker, dont les défîaitions de l'esprit concordent dans leurs traits essentiels, insistent avec raison sur ce point que l'essence du ridicule réside dans une oscillation rapide, intermittente, entre le plaisir et le déplaisir, dans laquelle la sensation joyeuse est fortement renforcée et relevée par l'effet opposé et alternant du déplaisir. Donc, des saillies spirituelles, des repré-
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sentations comiques provoquent, en vertu de leur caractère d'intermittence, des sensations agréables, d'une intensité particulière, qui, par leur intensité même, suscitent une sympathie agréable imaginaire de tous les sens, et notamment (on va dire tout de suite pourquoi) du toucher. Or, le centre nerveux du tact étant, comme nous l'avons fait remarquer, mis en rapport réflexe par le bulbe crânien avec les muscles respiratoires, ceux-ci sont amenés à effectuer certains mouvements comme si le sens du toucher était affecté de la façon la plus intense, et le rire provoqué par l'esprit doit être expliqué comme étant l'effet d'une sensation imaginaire de chatouillement, provoqué par des représentations comiques. Mais que cet effet du comique affecte plus spécialement la sphère du sens du toucher, cela peut avoir sa raison d'être en ce que la sensation psychique du comique est en quelque sorte semblable à la sensation corporelle du chatouillement et que toutes deux ont de commun un caractère intermittent qui fait défaut à toutes les autres impressions sensorielles.
Mouvements des muscles faciaux dans le rire et dans les pleurs
Les mouvements des muscles faciaux dans le rire et dans les pleurs, en tant qu'ils sont en rapport avec les mouvements RESPIRATOIRES modifiés, ne semblent pas être des mouvements mimiques , mais des mouvements réflexes. Comme on l'a déjà dit, les muscles faciaux sont surtout sous l'influence du nerf facial ; mais, celui-ci ayant son point de départ dans le bulbe crânien, par conséquent dans le voisinage immédiat du centre des