ESSENCE ET EFFET DU COMIQUE
déplaisir dans le plaisir. » Hecker finit par conclure : « que nous devons regarder le comique comme une impression sensible intermittente, cadencée, joyeuse. Une seule surprise joyeuse provoque une seule incitation du nerf sympathique ; donc, une émotion joyeuse intermittente, essence du comique comme nous l'avons démontré, laissera attendre une incitation intermittente du nerf sympathique. » Ainsi, Hecker admet que l'effet du comique sur le corps est en tout identique à celui du chatouillement ; tous deux doivent être suivis d'une incitation du nerf sympathique et, en conséquence, d'une même modification matérielle dans le cerveau (rétrécissement des vaisseaux sanguins et diminution de la pression sanguine); tous deux, pour les mêmes raisons, doivent provoquer le mouvement réflexe du rire.
Or, à cette explication du rire causé par le comique, on pourrait faire une objection. Hecker base toute sa théorie sur une observation : que, chez les hommes chatouillés, les PUPILLES qui sont sous l'empire du sympathique se DILATENT ct il en conclut que le chatouillement cause une incitation du nerf sympathique, et que cette incitation, par son effet sur le cerveau, détermine le rire. Or, le comique et le chatouillement devant influencer l'organisme d'une façon identique, il faudrait cependant, si cette opinion était exacte, que l'effet du comique, aussi bien que l'effet du chatouillement, se traduisit avant tout par une dilatation non équivoque, facile a constater, DES pupilles. Mais ce n'est en aucune façon le cas (du moins selon mes observations) et Hecker avoue luimême, p. 16 : « Après beaucoup de tentatives inutiles, je suis parvenu, dans quelques cas, à faire une observation exacte et j'ai pu en effet constater comme effet du comique une dilatation nette des pupilles », ainsi donc, tout à fait exceptionnellement! et l'on pourrait se
demander encore si, dans ces quelques cas, d'autres raisons, différentes de celles que Hecker suppose, n'ont point amené une dilatation des pupilles qui sont si extraordinairement sensibles à toute alternance d'ombre et de lumière.
Toutefois, même si cette explication était exacte, à savoir que l'on rit à des représentations comiques pour lutter contre la diminution de sang dans le cerveau, la théorie de Hecker ne répondrait cependant pas encore à cette autre question : pourquoi sanglote-t-on à des représentations tristes? Suivant lui, le sanglot déterminé par une douleur corporelle a la signification opposée du rire, il sert à combattre l'afflux sanguin que la sensation douloureuse détermine au cerveau ; il faut en conclure logiquement que l'on sanglote à des représentations tristes parce que des représentations de ce genre ont pour conséquence une congestion cérébrale. D'après cela, le chagrin, les afflictions, l'angoisse et les lourds soucis, bref tous les états de l'âme qui, d'habitude, se manifestent par de violents sanglots, devraient être aussi accompagnés de symptômes indubitables d'un violent afflux sanguin au cerveau, c'est-à-dire du gonflement des veines du cou, du rouge sombre du visage, etc., mais ce n'est pas le cas, comme on le sait ; car, dans tous les états analogues de l'âme, le visage n'est pas rouge, mais au contraire d'une pâleur surprenante.
Après m'être efforcé d'exposer en détail mes raisons contre l'hypothèse d' Hecker, je crois, dans l'explication du rire et du sanglot provoqués par des causes internes, INTELLECTUELLES, c'est-à-diro par des représentations joyeuses (comiques) et tristes, devoir m'en tenir fermement au principe fondamental que j'ai posé : que les mouvements musculaires d'expression se rapportent à des impressions sensorielles imaginaires. Les mouvements mimiques, qui sont dus à des impressions représentatives