‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 83 sur 110 · LES FRONTS HAUTS · texte numérisé non relu

LES FRONTS HAUTS

sième (fîg. 57) est la copie d'une silhouette empruntée au livre intitulé ; Correspondance de Gœthe avec Résiner. Que l'on compare maintenant avec ces têtes juvéniles, dont les fronts ne dépassent nullement la mesure ordinaire, les fronts colossaux que l'on peut voir dans plus d'un portrait du vieux Goethe et l'on sera convaincu de la justesse de l'assertion exprimée plus haut.

Il me faut en passant faire remarquer qu'un front chauve est considéré très facilement et faussement comme un front haut, quand on le regarde de face. Mais pour être en état de juger dans quel rapport la voussure du front se trouve avec le reste du visage, il faut l'examiner de profil.

Les portraits de Shakespeare nous livrent une autre preuve de la rage avec laquelle on orne les hommes célèbres de fronts hauts. Ici il était permis de donner à son imagination d'autant plus de liberté que l'on possédait différents portraits du poète qui offrent très peu de ressemblance les uns avec les autres, et que nul d'entre eux ne saurait élever de prétention à une authenticité et à une ressemblance parfaites. Néanmoins presque tout le monde croit à son front puissant avec autant de certitude qu'à son génie puissant, et l'on entend citer assez souvent son front comme une preuve de la justesse des principes phrénologiques. Mais ce front semble être aussi un mythe. A Stratford-sur-Avon, il se trouve un buste de Shakespeare que l'on considère aujourd'hui presque généralement comme son image la plus fidèle. Nathaniel Hawthorne, le célèbre écrivain américain, s'exprime au sujet de ce buste ainsi qu'il suit : « Le buste du poète, dont le piédestal s'élève à hauteur d'homme au-dessus du pied de la chaire, est placé contre le côté septentrional de l'église. Les traits de ce buste diffèrent complètement de tous les portraits de Shakespeare que je connaisse et

me déterminent à descendre ce noble portrait, au front libre et fier, qui est resté jusqu'aujourd'hui suspendu dans ma galerie de tableaux. L'on ne peut prétendre que le buste représente un beau visage ou une tête captivante, noble; il s'en tient rigoureusement à la réalité et nous force à reconnaître en lui, non pas Shakespeare le poète, mais le riche bourgeois, l'ami de John à Combe^ qui repose là-bas dans ce coin. Je ne sais pas ce que les phrénologues disent de ce buste. Le front n'est développé que modérément et s'élève en se rejetant un peu en arrière, de sorte que le crâne se dresse en pyramide. Les yeux sortent presque des orbites, la lèvre supérieure est si longue qu'elle doit avoir été presque difforme, à moins que le sculpteur ne l'ait allongée ainsi avec intention, afin que du piédestal elle ne paraisse pas plus courte qu'elle ne Test en réalité. Vu d'ensemble, Shakespeare doit avoir eu bien plutôt une physionomie originale qu'une physionomie sympathique, et il est étrange que, avec ce buste sous les yeux, le monde ait conservé opiniâtrement une idée erronée de son visage et permis aux peintres et aux sculpteurs de nous offrir leur mensonge idéalisé au lieu de l'homme non falsifié, naturel. En ce qui me concerne. Shakespeare apparaît de nouveau à mon esprit comme un homme au teint roussâtre, anglais, au front de hauteur ordinaire, à l'œil intelligent et à l'observation rapide, au nez légèrement recourbé, à la lèvre supérieure longue avec une bouche un peu ouverte et des joues pleines et pendantes. Mais, quand Shakespeare était lui-même, puisque, selon toute apparence, il n'était, un dixième du temps, que le bourgeois de Stratford, son génie rayonnant brillait certainement à travers ce masque laid et le transfigurait magiquement. »

Frédéric II avait le front étonnamment plat et rejeté en arrière, tout le monde le sait; il suffit de regarder

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