LES FRONTS BAS
guerre : un contre plusieurs ! — L'original de la figure 62 est de Chodowiecki.
Fig. 61. — G. M. de Weber La grandiose femme-homme, Catherine II de Russie,
Fig. 62. — E. F. comte de Herzberg, par Chodowiecki
portait aussi un front qui n'atteignait pas les proportions
ordinaires. La fig. 63 est également la copie d'une gravure de Chodowiecki.
Ces exemples suffiront pour démontrer que des hommes bien doués ne se distinguent nécessairement pas toujours par des fronts hautement bombés; au contraire, on les
voit assez fréquemment chez des individus dont les aptitudes intellectuelles atteignent à peine la moyenne. On sait que les membres de la maison impériale d'Autriche se distinguent par des fronts d'une hauteur frappante ; c'est chez eux que les phrénologues trouveront les formes idéales des fronts qu'ils cherchent en vain chez Shakespeare, Gœthe et autres. Produisons comme exemple le portrait de l'archiduc Jean (fig. 64), très bon homme mais non un génie (1).
Disons encore ici qu'un front normal occupe le tiers de la ligne de profil du visage ; ainsi, la partie qui s'étend de l'extrémité du menton au commencement
Fig. 63. — Catherine II par Chodowiecki
(I) Lors de la Révolution de 1848, ce prince autrichien fut nommé régent provisoire de TAIlemagne par le parlement de Francfort : comme tel, il joua un rôle assez pitoyable.
l'angle faclvl
du nez, forme le premier tiers; la partie qui va du commencement du nez aux sourcils forme le deuxième, et celle qui s'étend des sourcils au commencement des cheveux le dernier tiers de la longueur du visage.
Le premier qui tenta d'opérer des mesures du crâne d'après des règles déterminées fut, comme on le sait, le Hollandais Camper (1). Sur la vue de profil d'une tête, il tirait une ligne du conduit auditif externe à l'extrémité
du bord supérieur du maxillaire supérieur et de ce pointci une autre ligne qui s'en allait rencontrer le point le plus saillant de la voussure du front. Il appelait angle facial l'angle que formaient ces deux lignes, et prétendait que la valeur intellectuelle se reconnaissait à la grandeur de cet angle. L'angle facial du visage d'un singe, dit singe à tête de mort, celui qui ressemble le plus à l'homme, n'atteint que 42 degrés, celui du nègre 70, celui de l'Européen 80, et sur les statues idéalisées des anciens Grecs, sur la tête d'Apollon Pythien par exemple, on trouve, comme
Fig. 64. — Jean, archiduc d'Autriche
(I) Peter Camper's Saemtliche Kleinere Schriften, herausgegeben, von J. F. M. Herbeit, Leipzig. Siegfr. Lebr. Crusins, 1784, vol. I, p. 15.
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expression de la suprême noblesse de l'esprit, un angle de 100 degrés. Mais un fait qui prouve combien il est inexact de tirer de la grandeur de l'angle facial une conclusion en faveur de la grandeur de l'intelligence, c'est que chez les enfants l'angle facial est plus considérable que chez les adultes, et, en outre, il suffit de jeter un regard sur le profil de Frédéric II (fig. 58), pour sentir jusqu'à l'évidence toute la fragilité et la faiblesse de l'hypothèse de Camper.
Tout récemment, l'on a fait de multiples tentatives pour soumettre les formes crâniennes à une observation scientifique et établir solidement les différentes caractéristiques que présentent les crânes des diverses races humaines. Toutefois, les résultats obtenus sont encore très incertains et ne sont en aucune façon tels que l'on puisse conclure de certaines formes du crâne à certaines aptitudes de Fesprit. Retzius distingua d'abord les deux formes principales de crânes courts et de crânes longs (Brachycéphales et Dolichocéphales) ; chez ceux-là, le crâne se développe plus verticalement; chez ceux-ci, plus dans le sens horizontal; c'est pourquoi l'on trouve en règle générale chez les premiers un front élevé, chez les derniers un front plat, rejeté en arrière . Mais le degré et la nature des aptitudes intellectuelles ne semblent pas être absolument sous la dépendance de la forme crânienne ; car les brachycéphales et les dolichocéphales (respectivement les mésocéphales) se rencontrent aussi bien chez les individus bien doués que chez les moins doués, aussi bien chez les Germains que chez les Romains et les Slaves, aussi bien parmi les nations les plus hautement civilisées de l'Europe que parmi les peuplades sauvages des autres parties du monde. Ces faits montrent que des formes crâniennes différentes ne permettent pas de conclure à des contenus différents, mais que des cerveaux de valeur égale peuvent se trou-