‹ La mimique et la physiognomonieChapitre 86 sur 110 · LE POIDS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

LE POIDS DU CERVEAU

ver renfermés dans des cavités crâniennes disposées différemment.

De même, le poids et la grandeur du cerveau n'ont nullement, en vue de ses aptitudes, l'importance qu'on voudrait leur attribuer. Car, non seulement il faut tenir compte en cela du rapport du poids du cerveau au poids du corps (tous deux sont en règle générale moindres chez les femmes que chez les hommes), mais encore, et c'est là le point capital, du nombre des circonvolutions cérébrales; car, nous l'avons dit plus haut, celles-ci sont les gardiennes des aptitudes et des dispositions innées de l'esprit. Les grands cerveaux (1) ne se distinguent pas toujours par des aptitudes particulières, mais bien au contraire parfois les petits cerveaux; et partout où, chez un homme d'esprit, l'on rencontre un crâne extraordinairement petit, et c'est le cas chez Voltaire, il faut admettre que les circonvolutions cérébrales sont développées en grand nombre.

De ce qui vient d'être dit, il ressort qu'il est bien invraisemblable que l'on arrive jamais à trouver dans les formes solides de l'extérieur du corps des indices des facultés de l'esprit. Au reste, si l'on voulait traiter à fond la question, il serait de toute nécessité de commencer non par l'examen des nations de l'Europe si mélangées les unes avec les autres, dont les individus offrent toutes les gradations possibles entre les formes

(1) Les anciens physiognomonistes ne tenaient nullement un grand crâne pour un signe de dons spéciaux de l'esprit. Aristote dit qu'un grand crâne porte à croire à la bêtise, un petit à la perspicacité. J.-B. Porta fait remarquer que Polcmon, Adamante et Albert citent une grosse tête comme l'indice de bêtise et de grossièreté, et se range lui-même à cette manière de voir en donnant comme preuve le gros crâne de Vitellius. Gallien décrit ainsi la lorme la plus, parfaite de la tête ; Veluti si sphœram exqiiisite orbiculatam exeogitares, ex ceraconstructam leniter utrimque pressam. Avicenne, Rhaze, Albert, Porta sont aussi du même avis, et ce dernier prétend que la tête de Périclés était da ce genre.

extrêmes et chez lesquelles la différence fondamentale du caractère se reconnaît difficilement sous le vernis de la culture intellectuelle; il faudrait, au contraire, rechercher certaines peuplades parmi lesquelles un type déterminé de formes fixes est général, dont les individus révèlent une ressemblance frappante les uns avec les autres. Si, chez ceux-ci, l'on découvrait aussi certaines particularités intellectuelles généralement répandues, l'on pourrait alors soumettre ces points de repère aux expériences de la pratique et rechercher si, chez les autres peuples et chez les autres individus, ces mêmes formes se trouvent également unies au même genre d'esprit. Toutefois, les matériaux d'un tel travail sont encore extrêmement défectueux et se bornent à quelques observations isolées ; on sait, par exemple, que les Chinois et les Japonais ont les yeux placés très obliquement, que les Peaux Rouges de l'Amérique se distinguent par des nez aquilinsà arête très prononcée, étroits, saillants ; les nomades de l'Asie-moyenne par un menton large, carré; les Sémites, par un menton pointu, etc. En ce qui concerne la chevelure, J.-G. Saint-Hilaire distingue les hommes aux cheveux lisses {Leiotrichi) et les hommes aux cheveux laineux (Ulotrichi)] parmi les premiers, il range la plupart des races blanches, jaunes, brunes et rouges; les derniers sont les nègres, les negritos, les Hottentots et les Boschimans. Dans ces derniers temps, la Société allemande d'anthropologie, sous la direction de Virchow, a bien mérité de la science sous le point de vue de la collection des attributs ethnographiques; elle a posé entre autres une méthode uniforme pour mesurer les crânes (cf. Correspondenzhlatt der cleutscheyi Gesellschaft fuer Anthropologie : die Horizontalebene der Schaedel). — Les particularités les plus frappantes se trouvent, on le sait, dans la race des nègres. L'observateur est frappé

LES SIGNES EXTÉRIEURS DE l'iNTELLIGENCE

non seulement par les cheveux crépus et la couleur sombre de la peau, mais aussi par une forme de la tête analogue à celle du singe, avec un crâne, en règle générale, surprenamment dolichocéphale, avec un front plat, rejeté en arrière, et des fossettes aux tempes très profondes; la partie du visage, comparée à la partie cérébrale, est développée en dehors de toute proportion ; les mâchoires sont proéminentes à la façon d'un museau ; le menton est, au contraire, rentrant d'une manière étonnante ; la racine du nez est large, les os du nez courts et carrés, l'ouverture nasale très large, etc. Mais ces faits ont peu de valeur pour la physiognomonie; il y a eu des nègres qui, par la noblesse d'âme, par la sagesse, ont stupéfait les blancs, leurs bourreaux, et les ont couverts de confusion, et il y a des blancs qui, derrière le masque trompeur des formes classiques du visage, cachent une étroitesse d'esprit et une rusticité de sentiments que le nègre n'a pas besoin de lui envier (1).

(1) Dans une réunion de la Société allemande d'anthropologie, à Breslau (août 1884)^ le prolesseur Schaafliausen cita les signes extérieurs suivants qui doivent distinguer l'homme sauvage de l'homme civilisé : « 1. l'étroitesse du crâne ; ce n'est pas la longueur, mais seulement la largeur du crâne qui paraît être d'importance en ce qui concerne le degré d'intelligence ; 2. le nez comprimé; 3. la proéminence des bourrelets frontaux; 4. la prognatie; 5. le mouvement fréquent et rapide des muscles faciaux : la supériorité de l'homme cultivé se reconnaît au calme de la face ; G. la longueur plus grande de l'annulaire qui ne doit pas surpasser l'index; 7. la petitesse et 8. la mobilité du grand orteil. Chez tous les sauvages, même chez les plus vigoureux, C». les mollets sont toujours faiblement développés ; 10. les ongles sont ronds, comme des segments de cercle; 11. les talons sont considérablement rejetés en arrière. En outre, l'homme non civilisé se reconnaît: 12, en ce que, dans la marche, il pose à terre tout le bord externe du pied ; 13. à la quantité extrao'rdinairement forte de poils qui recouvrent tout le corps ; 14. à la position élevée de l'oreille qui doit se trouver comprise entre les mêmes lignes horizontales que le haut et le bas du nez. »

C'est la largeur du crâne qui paraît avoir le plus d'importance en ce qui concerne le degré d'intelligence : ce fait ressort aussi tout particulièrement d'un discours que le professeur Kuppfer a prononcé sur le crâne de Kant en 1880, dans la onzième réunion générale de la Société anthropologique. 11 y dit entre autres choses : « Le crâne de Kant étonne par une largeur extraordinaire comparée à la longueur et à la hauteur qui offrent des dimensions moyennes. Le front ne

Il ne faut chercher des attributs physiognomoniques que dans les parties qui sont soumises a

l'influence de l'activité INTELLECTUELLE. MaIS CES PARTIES SONT LES MUSCLES ET DE PRÉFÉRENCE LES MUSCLES NOMBREUX ET MOBILES DE LA FACE. (1) LeS

produit pas d'impression particulière et l'on ne trouve en lui rien de ce que l'on a coutume d'appeler un front de penseur. Par contre, les tempes sont très voûtées et la gauche montre une foi te proéminence à l'endroit de la troisième circonvolution frontale. C'est là que se trouve le centre nerveux de la langue et l'on sait que Kanl était un grand orateur. L'on a constaté aussi cette proéminence des tempes sur les crânes d'autres hommes, éminents rhéteurs. »

(1) Rechercher jusqu'à quel point le port et le mouvement d'autres muscles, le port et le mouvement de la tête, des extrémités et du tronc permettent de conclure aux. occupations ou au caractère d'un homme, ne rentre pas dans ce travail. Je rappellerai seulement ici la raideur caractéristique du soldat, la marche particulière des marins et des cavaliers, les mouvements guindés des maîtres <le danse, les épaules relevées des forgerons, etc.

Dans son livre : der Mensch, le D*" Zimmermann dit au sujet de la marche : « Il y a une fraction très considérable de piétons qui font trop ou trop peu attention à leurs mouvements. Les uns s'en vont orgueilleusement et guindés, — nous ne nous sentirons pas attirés vers de tels personnages; les autres, par contre, marchent d'un pas mal assuré, avec nonchalance et fatigue, — ils ne nous inspireront pas non plus de confiance, nous hésiterons beaucoup à leur confier -la direction de nos affaires et ne les considérerons pas comme étant à la hauteur des problèmes sérieux de la vie. Mais si, par contre, nous voyons quckiu'un montrer par la fermeté et la sûreté de son pas et par la succession régulière de ses mouvements, qu'il a conscience de sa dignité et du degré de respect qui lui revient, nous sentons malgré nous qu'un tel homme s'acquittera des devoirs de sa vocation avec énergie, avec intelligence et ponctualité. Ce qui fait que nous admettons inconsciemment un tel rapport réciproque entre la marche et le caractère de l'homme, et cela avec raison, vient de ce que les différents mouvements dans la marche sont sous la surveillance et la direction de la volonté qui agit incessamment sur eux. La preuve la plus frap- I)ante nous en est fournie par la marche des idiots et des ivrognes. Les mouvements des idiots sont la plupart du temps irréguliers, sans concordance, saccadés, sans mesure ni arrêts. Il en est de même chez l'ivrogne. Il possède encore une force de volonté suffisante pour mettre la machine en mouvement, mais non pour la surveiller et la régler. La force qui devrait maintenir l'équilibre se perd dans l'action, les pieds sont lancés à droite et à gauche, ils se suivent à des intervalles incertains et décrivent sur le sol une ligne droite. »

Krusenstolpe [der russische Hof, vol. VIII, p. 131) décrit l'extérieur de Schamyl et dit à cette occasion : « L'immobilité de ses bras, pendant qu'il marche, indique son caractère résolu. »

Disons encore ici, en passant, que Lichtenberg recommande une autre méthode pour étudier l'homme. Il dit (vol. III, p. 518) : « 11 y aurait une autre voie, plus utile pour scruter le caractère de l'homme, qui se laisserait peut-être

LES SIGNES EXTÉRIEURS DE l'iNTELLIGENCE 207

mouvements mimiques passagers de ces muscles, les

TRAITS MIMIQUES DEVIENNENT A LA SUITE d'uNE RÉPÉTITION FRÉQUENTE DES TRAITS PERSISTANTS,

PHYSiOGNOMONiQUES, et uiic exprcssioii physiognomonique doit être regardée comme une expression mimique devenue habituelle. (1) Ce principe s'appuie sur le fait

traiter scientifiquement, à savoir trouver dans les actions connues d'un homme, qu'il ne croit avoir aucune raison de cacher, trouver, dis-je autre chose qu'il n'avoue pas, science que les gens du monde possèdent à un degré plus élevé que ne se l'imaginent les pauvres imbéciles qui sont journellement leurs dupes. C'est ainsi que l'ordre dans la chambre d'habitation lait conclure à l'ordre dans la tête, vm coup d'oeil perçant à un entendement droit, la couleur et la coupe des vêtements à un certain âge, au caractère entier avec une sûreté plus grande que de cent silhouettes de la môme tête. Celui qui dit : « Je suis une tête chaude quand je m'y mets » est un bon agneau, et le rêveur religieux qui s'écrie à chaque instant : « Je suis un faible instrument » se croirait insulté à ne pas pouvoir se réconcilier si on lui répondait : « Il y a longtemps que nous nous le sommes dit. » La discrétion a des vertus sœurs qui sont inséparables; celui qui est bon pour la domesticité, est en général bon au fond. »

(1) Même Lichtenberg, l'adversaire sarcastique de Lavater, approuve un tel mode d'étude de la physiognomonie, en disant (vol. Ill, pp. 516 et 517) : « Le talent et en général les dons de l'esprit n'ont point de signes dans les parties fermes du corps. Pour le prouver, il faudrait ajouter aux silhouettes choisiesde têtes pensantes, d'autres silhouettes également choisies, de têtes non pensantes et de fous Les passions agissantes ont leurs attributs et laissent

souvent des traces sensibles, cela est incontestable, et de là vient ce que la physiognomonie a de vrai. » Et plus loin (vol. Ill, p. 481): « Les signes pathognomoniques (passionnés), répétés souvent, ne redisparaissent pas toujours chaque fois complètement et laissent des impressions physiognomoniques. »

De même Gregorius [Conspect. Méd. Theoretic.) : « Animi impriïnis affectus, ira, gaudium, mœror., metus, amor, odium, certos motus in musculis excitant, î^rsesetHim vultus; quo fit ut singuli sese in ore exprimant, plusquam Phidiaca arte; diuturni, et graves, et ssepe repetiti for tins et constantius dejnnguntur, dificillime delendi : hinc ssepe iracundise imago, ubi nulla ira est; hoc fundamento nitiiur ars Physiognomonis . » Cf. M. I. Capman : De affectibus animi. Edinburgi 1820.

Pernetty s'exprime aussi de la même façon {La connaissance de l'homme moral par l'homme physique, par l'abbé A. I. Pernetty. Berlin 1777, p. 397). « Quand on a bien gxavé dans sa mémoire et bien imprimé dans son imagination le portrait d'un homme actuellement dans un accès de colère, par exemple, il ne sera pas difficile d'en reconnaître, au premier coup d'œil, les traits distinctifs et caractéristiques quoique plus adoucis, et moins frappants, sur le visage d'un homme qui en a l'habitude, ou qui y a simplement du penchant, mais qui n'est pas dans un accès. — Il en est de même des autres affections de l ame; elles se peignent sur le visage et y impriment, par leurs accès répétés,

physiologique, que des muscles, mis souvent en jeu, se développent plus vigoureusement, deviennent plus facilement excitables et restent même à l'état de repos, dans un certain état de tension (1).

Mais le chapitre suivant va nous montrer jusqu'à quel point l'on peut tirer parti des résultats physiognomoniques des recherches mimiques de la première partie.

ces linéaments ou traits caractéristiques qui leur sont propres. Accoutumez-vous donc à considérer et à vous imprimer dans la mémoire les traits d'un homme en colère, ceux, d'un homme en fureur, d'un homme craintif, d'un soucieux, d'un pusillanime, d'un jaloux, d'un homme porté à la débauche dans quelque genre que ce soit. »

Donc Pernetty attache une grande importance aux passions en tant que causes de traits physiognomoniques, mais il admet comme faits les modifications des traits du visage, sans les étudier dans leurs particularités, sans tenter de montrer pourquoi et comment certains muscles faciaux sont mis en jeu par certains états de l'âme.

Brillât-Savarin, le lin et spirituel observateur {Physiologie du goût) dit: « Les passions agissent sur les muscles et fréquemment on peut lire môme sur le visage d'une personne silencieuse les différents sentiments qui l'agitent. Si de telles contractions deviennent en quelque sorte habituelles, elles laissent des traces visibles et donnent ainsi au visage un caractère persistant et reconnaissable. »

Dans son célèbre manuel d'anatomie, Hyrtl s'exprime d'une manière tout analogue (îi" édit. pp. 391 et 392) : « Si l'activité d'un certain groupe de muscles faciaux se répète plus fréquemment et plus longtemps, il se développe un trait dominant qui reste. ...^ en tout cas, la physiognomonie se base sur un fondement plus scientifuiue ([ue le brillant badinage de la phrénologie. »

(l) L'exercice les développe plus fortement, ainsi que nous le montrent les bras des forgerons, les mollets des habitants des montagnes, etc. Les muscles restent, même à l'état de repos, dans une certaine tension ; on le voit chez les hommes dont une moitié du visage est paralysée. Les muscles du côté malade étant complètement relâchés, le visage est tiré de travers par les muscles du côté bien portant.

Page 1