LE REGARD
Le regard de l'homme est ferme, celui de la femme est doux. Mais les animaux herbivores, comme les vaches et les brebis, ont aussi le regard doux; c'est pourquoi Homère appelle Junon powTitç, aux yeux de vache ; les animaux de proie ont au contraire le regard ferme et fixant. Autant nous trouvons la chose naturelle quand la femme, conformément à sa nature propre, a le regard doux, l'homme le regard ferme, autant elle nous parait peu naturelle et désagréable quand tous deux ont changé de rôle. Un homme au regard doux produit l'impression d'une faiblesse efféminée, une femme au regard surprenamment ferme et fixe produit l'impression de l'impudence.
e. — Regard errant. Le regard errant permet de con dure au défaut de persévérance, à un sens léger, et aussi à la légèreté (cf. p. 53).
Les hommes dont le regard se ghsse partout, distrait, ont coutume de vivre au jour le jour sans beaucoup de réflexion, et il est rare qu'ils aient l'oeil fixé vers un but précis et qu'ils travaillent à atteindre ce but.
f. — Regard inquiet. Le regard inquiet, c'est-à-dire qui ne peut s'attacher longtemps à un objet, est propre à des hommes très timides et très craintifs, mais aussi à ceux-là qui sont tourmentés par une mauvaise conscience (cf. p. 54).
Toutefois un état maladif peut être aussi parfois la cause du regard inquiet. L'inflammation rend les yeux très sensibles aux stimulants lumineux et le regard devient alors particulièrement inquiet, anxieux. Ce regard inquiet et maladif, on le trouve surtout chez les scrofuleux qui sont fréquemment tourmentés par une irritabilité inflammatoire des yeux ; ce regard craintif fait parfois naître la défiance chez des hommes à observation superficielle.
B. — Espèces de regards qui se distinguent par leur direction particulière.
a. — Regard caché. Quand le regard caché, c'est-àdire dirigé en haut, bien que la tête soit baissée, est devenu habituel chez un homme, on peut admettre que la défiance est un trait essentiel de son caractère (fig. 2,cf., p.54).
On rencontre aussi fréquemment ce regard méfiant chez des enfants craintifs, qui se défient de tout ce qui est étranger.
b. Regard pédant. Le regard pédant, dans lequel la tête, tenue raide, ne suit pour ainsi dire que par contrainte la direction des yeux, se trouve chez des hommes qui tiennent anxieusement à leurs originalités, à leurs opinions et à leurs habitudes, et n'acceptent d'innovations qu'àleur corps défendant, c'est-à-dire chez les pédants (cf., p. 56).
Mais leur pédantisme se fait reconnaître d'habitude, non seulement par leur maintien forcé, mais aussi par certaines originalités dans Thabillement : ils professent par exemple un goût surprenant pour les cravates hautes qui facilitent et secondent la raideur de la tête.
c. — Regard ravi. Quiconque regarde d'habitude, ravi, et rêveur, c'est-à-dire en haut et au lointain, donne à comprendre que sa pensée erre souvent par delà la trivialité, dans la sphère de l'idéal et des illusions ; et, plus cette direction s'accentue, chez les hommes fantasques, chez les rêveurs rehgieux, etc., plus cette espèce de regard devient une habitude. Les yeux reçoivent ainsi peu à peu un cachet physiognomonique original par ce fait que la membrane blanche de l'oeil reste plus ou moins visible entre la cornée et la paupière inférieure (fig. 65, cf., p. 56).