LE REGARD
intérêts, mais dont le bavardage l'empêche de s'abandonner à ses propres pensées. Dans son livre sur la solitude, Zimmermann dit : « L'homme le plus sage, quand il s'ennuie, ressemble à un imbécile », et il a raison.
b, — Regard vif. Quand d'habitude et sans cause spéciale, un homme a le regard rapide et vif, c'est-à-dire quand il a l'habitude de mouvoir rapidement les yeux, c'est qu'il a l'esprit vif et impressionnable (cf. p. 52).
En effet, la vivacité d'un esprit actif, qui se fait reconnaitre dans certains mouvements vifs des muscles du globe de l'œil, ne . dépend pas tant des causes d'impression que de l'impressionnabilité de l'esprit, de la disposition innée en vertu de laquelle certains hommes sont affectés plus facilement et avec une intensité plus grande que d'autres par des impressions sensorielles ou psychiques.
c. — Regard ferme. L'homme à qui est propre un regard fixe, ferme, c'est-à-dire un mouvement particulièrement raide des muscles du globe oculaire, possède l'énergie dans l'action ou dans la pensée ou dans les deux (cf. p. 53).
Le regard de l'homme plein de force, qui se sent le maitre de la création, est à la fois rapide et ferme ; il promène ses yeux bien ouverts de tous côtés , sans crainte ; son regard se fixe, ferme et pénétrant, sur les objets qui tombent dans son horizon visuel (1).
Des hommes à l'esprit pénétrant, à la volonté forte, se distinguent d'habitude par un regard singulièrement ferme et imposant. Joh. Mûller (fig. 69), qui ne pouvait supporter dans ses cours les auditeurs extraordinaires, avait coutume de les en chasser en les fixant, pendant qu'il parlait, de ses yeux pénétrants ; le plus effronté même ne
(1) Ce qui est dit dans les chapitres correspondants montre comment — et pourquoi — dans un regard ferme, énergiq^ue, les yeux brillent aussi avec vivacité et les paupières supérieures se relèvent habituellement.
pouvait résister longtemps à ce regard. On sait de Daniel Webster (fig. 68] que, par la force de son regard perçant, il amenait des criminels endurcis à des aveux de repentir. C'est ce que les Espagnols appellent un regard d'acier, una miracla de acero. C'est ce regard que semble avoir eu Laurent le Magnifique, ce Médicis si bien doué, aussi rusé que peu scrupuleux ; voici ce que Adolf Stahr « Fra Girolamo Savonarola, ein Lebensbild » dit de son portrait : « Rarement, la nature qui ne ment jamais a imprimé aussi traîtreusement sur la face d'un homme son essence la plus intime. Lorsque je me suis trouvé devant ces traits pour la première fois, je fus presque effrayé par le criant contraste que cette face formait dans mon esprit avec l'image idéale que je m'en étais faite. Depuis que la réalité historique y a remis la vraie image, je reconnais sa reproduction fidèle dans ces portraits, quoique ce ne fussent pas des ennemis et des adversaires, mais bien des amis et des flatteurs qui eussent manié le pinceau ou le bâton à modeler. Il y a quelque chose de particulièrement repoussant, de funeste dans, les traits absolument vulgaires, complètement étrangers au type italien, grossièrement dessinés, de cette face olivâtre, au nez écrasé qui donnait à la voix un son nasal désagréable, aux yeux perçants, aux lèvres épaisses, larges outre mesure, dont l'expression sensuelle forme un contraste criard avec le front élevé. »
Chez les aliénés qui souffrent d'idées fixes, dont tout le travail de la pensée se concentre sans relâche sur une représentation maladive quelconque, le regard est d'une fermeté peu naturelle et si perçant que l'on en ressent un certain malaise.
d. — Regard doux. Le regard doux, c'est-à-dire un mouvement calme et aisé des yeux, indique la douceur de caractère <^cf. p. 53).