RIDES HORIZONTALES ET SOURCILS RELEVÉS
milieu des combats et des dangers, eut toujours en vue avec une tenace persévérance le grand but de sa vie. M. L. Jezierski écrit à ce sujet dans la Revue contemporaine du 15 juin 1869, p. 484 (La Révolution des Pays-Bas et Guillaume d'Orange) : « Etudions le portrait de ce prince, notamment celui de Moro, 1855..., les arcades
Fig. 76. — Mathias Claudius
sourcilières sont relevées, comme si l'œil faisait effort pour voir et la volonté effort pour comprendre. »
L'on trouve les sillons horizontaux du front très marqués chez les aliénés qui souffrent d'une idée fixe, dont tout le travail de la pensée se concentre uniquement et constamment sur une représentation insensée qui les domine complètement. La fig. 77 est empruntée à V Asile d'aliénés, tableau connu de Kaulbach. Mais si ces représentations sont de nature sombre, des sillons verticaux apparaissent en même temps que les rides horizontales, ressortant d'autant plus que la disposition du malade est plus assombrie ou plas irritée (cf. sur ce point, p. 79, l'exemple cité par Darwin).
Finissons en faisant remarquer que, si l'on voit un homme avec un front fortement ridé, mais où les sillons verticaux font complètement défaut, ou bien n'offrent qu'un développement insignifiant en comparaison des sillons horizontaux, on peut en tirer la conclusion négative mais importante pour la pratique, qu'il ne faut pas attendre chez lui la passion, la colère ou le naturel chagrin.
Fig. 77. — Tête extraite du tableau « Asile iValiénés de Kaulbach »
Si le visage porte constamment l'expression de l'assoupissement profond et de l'attention pénible, c'est-à-dire si l'on trouve des rides horizontales jointes à des yeux au REGARD PARESSEUX et aux PAUPIÈRES BAISSÉES lourdement, l'on est en droit de conclure à I'étroitesse de l'esprit. En effet, les hommes bornés se trouvent fréquemment dans la nécessité de faire appel à toute l'énergie de leur lourd entendement pour se reconnaître dans les circonstances et les incidents ordinaires de la vie ; ils offrent donc souvent l'air d'une attention pénible et soutenue ; c'est pourquoi les sillons horizontaux du front se développent et deviennent facilement chez eux physiognomoniques(fig. 12).
Insistons encore en passant sur ce point que chez certains hommes les sourcils sont, de nature, extraordinaire ment arqués et peuvent ainsi produire l'impression physiognomonique de sourcils levés avec des sillons horizontaux sur le front ; cependant, un observateur attentif ne se laissera pas induire en erreur pourvu qu'il se souvienne que des sourcils levés n'apparaissent jamais sans être accompagnés de rides horizontales très fortement marquées ; si donc celles-ci font défaut, la forme arquée des sourcils est innée, sans valeur pour la physiognomonie (fig. 78).
Fig. 78. — Sourcils hautement arqués
APPENDICE, — Eclat du globe oculaire
L'éclat du globe oculaire dépend, A. de la quantité plus ou moins grande d'humidité lacrymale, B. de la tension plus ou moins prononcée de la capsule membraneuse du globe de l'œil, et C. de la couleur de l'iris.
A. — Lorsqu'un homme pleure facilement, quand des émotions de l'âme provoquent fréquemment une sécrétion plus forte des glandes lacrymales, l'activité de ces glandes reste aussi renforcée habituellement et sans causes spéciales, ce qui fait que les yeux apparaissent alors particulièrement humides et brillants. Ces yeux humides et brillants se trouvent donc de préférence chez des hommes sensibles, enthousiastes, chez des natures très impressionnables, passionnées, sentimentales, tandis que, chezdes hommes positifs, on observe, au contraire, un éclat plus sec des yeux. Et comme, chez les femmes, c'est la vie du coeur qui prédomine habituellement, elles ont aussi en règle générale les yeux plus humides que les hommes.
B. — La tension de la capsule membraneuse de l'œil est d'autant plus grande, et l'œil apparaît d'autant plus brillant que, d'une part tout son contenu presse plus fortement sur la capsule, et que, d'autre part, les tissus de cette capsule résistent plus vigoureusement à cette pression. Ceci dép and tout d'abord de l'état de santé et de la richesse en humeur de tout le corps. Pour ce motif, l'œil a un éclat particulièrement brillant dans la jeunesse, alors que l'organisme humain se développe dans toute l'exubérance de sa force vitale. Mais plus le corps est affaibli par des affections déprimantes (cf. p. 89), des maladies ou des excès, plus la capsule oculaire devient lâche, et plus l'éclat des yeux devient terne. Donc les yeux ternec annoncent du chagrin, des soucis, ou des excès ou des maladies, et plus fréquemment des maladies des organes digestifs (cf. p. 88). Parmi ces dernières, c'est surtout le catarrhe stomacal chronique qui éteint les yeux de la façon la plus surprenante et leur expression maladive se trouve encore rendue plus frappante par le fait que, si les souffrances sont de longue, durée, des ombres bleuâtres apparaissent d'ordinaire sur
les paupières inférieures. Le découragement, le dégoût de la vie et la mélancolie, qui peut s'accentuer jusqu'à devenir la folie complète, sont les suites de cette souffrance qui influe comme nulle autre sur les dispositions et le caractère de l'homme ; nulle autre ne le rend aussi impressionnable, aussi susceptible et aussi capricieux, et, comme il faut se tenir sur ses gardes avec de pareilles gens, on doit faire attention au signe suivant, aussi simple que pratique. Fait-on la connaissance d'un homme, on regarde sa bouche, pendant qu'il parle; s'il a la langue propre, rosée, ce qui est symptôme d'un bon estomac, c'est que l'on se trouve en présence d'un homme au commerce facile ; mais si la langue est chargée, il faut s'attendre au catarrhe chronique de l'estomac et aux humeurs hypocondriaques. Ces malheureux ne savent que trop bien jusqu'à quel point la langue peut servir de baromètre de leur humeur ; ils mettent à profit toute circonstance pour s'examiner la langue ; et à peine sont-ils hors du lit, qu'ils s'approchent du miroir dans une attente anxieuse, afin de lire dans les mucosités de la langue l'horoscope de leurs dispositions pour le jour qui commence. Il est vrai que la langue peut aussi de temps à autre être chargée par suite de maux d'estomac légers qui disparaissent très rapidement; par exemple, dans le soidisant mal aux cheveux, rarement et exceptionnellement à la suite de maladie de la cavité buccale, mais ce signe est toujours digne d'attention dans les rapports quotidiens.
Un usage exagéré de spiritueux occasionne un violent afflux sanguin au cerveau et dans les yeux ; si donc l'usage excitant de boissons alcooKques est devenu une habitude chez un homme, les vaisseaux sanguins se dilatent progressivement à la suite de cet afflux sanguin anormal qui se reproduit fréquemment. La membrane
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blanche se trouble, prend une teinte gris sale et elle est découpée par de nombreux vaisseaux trop remplis de sang. Ainsi donc les vieux pochards ne se reconnaissent pas seulement à la rougeur de leur nez, mais aussi à celle de leurs yeux. Mais il ne faudrait pas perdre de vue que des maladies des yeux, notamment les inflammations chroniques, ont aussi pour conséquence un afflux sanguin plus prononcé vers les globes oculaires et peuvent provoquer ainsi une dilatation de leurs vaisseaux.
La vie de Vàme exerce aussi une influence très marquée sur l'éclat des yeux. On a montré plus haut (cf. p. 90) que, par suite du rapport intime qui existe entre les yeux et l'organe psychique, certains états de surexcitation de celui-ci peuvent influer directement sur l'éclat des yeux ; celui-ci peut être relevé non seulement par des affections excitantes, mais aussi par un travail intense de la pensée. C'est la raison pour laquelle des hommes vifs et intelligents se distinguent par l'éclat de leurs yeux et conservent cet éclat encore à un âge avancé, même après de longues souffrances douloureuses.. Naturellement ces yeux nous frappent d'autant plus que le reste du visage apparaît plus pâle, plus maladif et plus amaigri.
Que des hommes remarquables par l'intelligence se distinguent par un éclat brillant des yeux, c'est ce que chacun sait. D'après les témoignages unanimes de leurs contemporains, Luther, Frédéric II, Goethe, Napoléon P"", avaient les yeux si particulièrement et si extraordinairement brillants qu'ils frappaient même ceux-là auxquels le rang et le nom de ces hommes étaient inconnus. C'est ainsi que, par exemple, Joh. Kessler (Sabbathci, ein& Ch7^onikvon Ssànt-Gallen) raconte qu'il s'est- trouvé avec Luther sans le connaître et qu'il a été surpris de l'éclat de ses yeux : « Ils étaient noirs et profonds, brillants et étincelants comme des étoiles, de sorte qu'ils ne
pouvaient pas bien être regardés. » Touchant les yeux de Linné, Murray, son élève, plus tard professeur à Goettingue, dit : « Ses yeux étaient les plus beaux que j'eusse jamais vus, très petits, il est vrai, mais d'un tel éclat et si perçants que je n'en ai jamais trouvé de pareils » (Schleiden dans les Westermann's Monatsheften, avril 1861, p. 63). — Voici comment O. Méding, qui eut des rapports personnels avec Napoléon III, décrit ses yeux dans ses mémoires : « Ce qu'il y avait d'original et de remarquable en lui, c'étaient les yeux qui semblaient la plupart du temps cachés par un voile de toile d'araignées, mais qui, parfois, lorsqu'une idée quelconque les enflammait, devenaient lumineux, étincelants, surprenants et presque effrayants, puis un instant après disparaissaient aussi subitement et sans transition de nouveau derrière leur voile. » Et dans une feuille volante parue en 1869, intitulée : VEm-pereur^ il est dit : « Aucune photographie, aucun tableau n'a pu rendre l'expression de ses yeux. C'était un regard rêveur, à la fois replié sur lui-même et pénétrant, qui sous l'impression d'une émotion devient plus grand et prend un éclat métallique. Quand un homme que J' empereur veut connaître exactement est introduit pour la première fois, il l'embrasse d'un seul regard ; l'éclair disparait alors et le jugement est formé. »
C — Plus l'iris est de couleur sombre, plus l'éclat de la cornée en est relevé; car, de même que tout objet brillant ressort avec un nouvel éclat lorsqu'il est placé sur un fond sombre, de même que, par exemple, une parure de diamants lance des feux plus vifs, placée sur un vêtement noir que sur un vêtement de ton clair, de même la cornée rayonne d'autant plus que l'iris, placé derrière elle, est de couleur plus sombre. Des émotions de l'âme se trahissant donc plus facilement et plus fortement dans les
yeux sombres que dans les yeux clairs ; on est porté habituellement à reconnaître plus de vivacité d'esprit à des hommes aux yeux sombres qu'à des hommes aux yeux clairs, et les sombres yeux des méridionaux produisent l'impression d'une plus grande ardeur que les yeux bleus des habitants du Nord. Les poètes chantent le doux éclat des yeux bleus et préviennent contre la flamme ardente des noirs. Mirza Schaffy (Bodenstedt) dit : « L'azur des yeux annonce la fidélité; toutefois les étincelles de l'œil noir restent toujours obscures comme les voies de Dieu. »
Les sombres énigmes des yeux noirs exercent habituellement une grande attraction sur le sexe fort ; aussi certaines dames, avides déplaire, mettent-elles à profit l'effet connu de la belladone pour changer leurs yeux, clairs de nature, et les rendre noirs du moins pour un certain temps. Quelques gouttes d'une dissolution faible d'atropine suffisent pour élargir la pupille à tel point que l'iris disparaît presque complètement et alors le fond de l'œil apparaît parfaitement noir. — Plus la couleur de l'iris est claire, moins les modifications que causent les mouvements de l'âme peuvent se révéler dans l'éclat des yeux, et c'est pourquoi les yeux bleu pâle apparaissent si indifférents, si peu spirituels. Mais un observateur attentif et un connaisseur expérimenté de l'homme ne se laissera pas tromper par cette circonstance; et afin d'être à même de se former un jugement exact, il examinera non seulement les signes physiognomoniques, mais avant tout le jeu de la physionomie dont l'homme en question accompagne ses paroles et ses pensées, d'après le principe socratique : « Parle, afin que je te voie ! » (Cf. Introduction à la Physiognomonie, p. 168.)