LE LA.MPISTK DU FOND
lui pose quelques plaisantes questions sur le farceur de l'échoppe.
« Mais il ne plaisante pas, croyez-le bien, me dit gravement l'ingénieur, car depuis la catastrophe la consio'ne ici est très sévère. »
Ce mot de catastrophe prit à ce moment dans notre esprit un sens profond, beaucoup trop profond, dont je ne laisse rien paraître.
« Ah ! bien! mais les souliers ferrés?
— Eh oui ! ils sont interdits formellement, parce qu'une étincelle pourrait jaillir de leur choc contre une roche et nous faire sauter.
— Hein! ah!., mais pardon, monsieur, votre tou... tou... tournée sera-t-elle longue?
— Trois ou quatre heures au plus.
— Ciel! oii es-tu?» pensai-je.
Nous étions loin. La crainte et l'amour-propre se livraient en moi un rude combat, car je ne pouvais qu'y penser toujours sans en parler, de ce ciel, jamais tant désiré. Je suivais donc mon compagnon dans des chemins d'où l'on voyait au fond de couloirs des groupes d'hommes travaillant silencieux, dans une brume roussâtre piquée de lumières entourées d'un halo! Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes! Ailleurs, nous croisions des convois de bennes traînés par des chevaux dans un roulement assourdi et d'autre bennes rapides descendaient vers nous sur des plans inclinés. Nous passions du tiède au froid et du froid à une chaleur suffocante au point que, dans un large fronton, je vis des hommes tout nus, aux superbes mouvements si expressifs dans leur simplicité et beaux comme une frise antique, en noir. Rien que d'admirer, je suais intarissablement. L'on marchait depuis des heures,
et maintenant, rompu de fatigue, je ne songeais plus cfu'à m'éloigner de ces craquements sinistres entendus au-dessus de ma tête; mais à un carrefour mon guide me quitta en me priant de Tattendre : comme si j'avais \)\\ faire autrement!
Et je suais toujours, mais un peu plus!
Seul, dans le silence absolu et l'oljscurité faiblement éclairée par ma lampe, j'attendais. Tout à coup, un lointain mais formidable coup de canon me fit comme au soldat qui, souvent au premier feu, tremble dans sa culotte!
Que se passait-il? je ne sais; vaguement il me sembla qu'on crut me rassurer en parlant d'un coup de mine inoffensif; mais de ce momentjeneme souviens guère que de Téblouissement à la sortie de la cage, et d'une dernière émotion lorsqu'on me conduisit aux lavabos où, dans mon hébétement, je fis assaut de politesses avec un mineur, noir comme un corbeau, mais dont la manie agaçante d'imiter tous mes gestes me rendit furieux tout d'abord, et mon sang-froid ensuite, quand je le défiai en m'écrasant le nez contre un long miroir!
Par la lecture de ce chapitre, on voit la large part de l'aérage dans les difficultés d'exploitation des mines. Il y a différents systèmes de ventilateurs foulants ou aspirants; le plus généralement ils sont aspirants et situés à l'orifice des puits de sortie d'air. Parmi les meilleurs, il y a les ventilateurs hélicocentrifuges Râteau, dont certains sont comme d'énormes escargots de quatre mètres de hauteur, ronflant comme le moteur d'une auto qui grimpe une cote, et qui aspirent des milliers de mètres cubes d'air à la minute.
Dans les mines grisouteuses (toutes les mines de houille ne le sont pas), la circulation d'air, réglée par des portes d'aérage, est l'objet des plus gi-ands Soins, et nos contemporains, tout à la recherche de leurs aises, devraient se retirer dans les mines, car, suivant le vieux précepte, « pour vivre heureux, vivons cachés », ils y trouveraient : ascenseurs, chauffage central, électricité, eau, air comprimé, ce qui est bien, il semble, tout le confort moderne.
Éclairage.
Les lampes de sûreté ne sont employées que dans les mines à grisou. Elles sont établies d'après le principe bien connu que les toiles métalliques refroidissent les gaz qui les traversent et empêchent l'inflammation de se communiquer au côté opposé. La première lampe, celle de Davy, insuffisamment sûre, est remplacée par d'autres modèles perfectionnés. Ce sont les lampes Mueseler, Marsaut, à l'huile, \Yolf, à benzine, etc. Leur bon entretien et leur surveillance constante sont indispensables pour garantii; le mineur contre l'imprudence naturelle de l'homme qui vit au milieu du danger et contre la tentation d'ouvrir sa lampe. C'est pour cela que le mode de fermeture de ces lampes est réglementé en France. On ne doit pouvoir les ouvrir sans qu'il en reste trace. Le système de fermeture électro-magnétique Yilliersest très répandu. Sur toutes ces lampes est gravé un numéro correspondant à des mineurs, et chaque mineur en passant à la lampisterie reçoit la lampe à son numéro et pas une autre. Cela donne un moyen de contrôle très exact et permet parfois d'identifier les morts.
g6 La Mille et les Mineurs.
Les mineurs munis de leurs lampes se rendent à raccrochage oii, par fournée de 15, 20 ou plus, suivant les dimensions des cages, ils sont descendus à une vitesse réduite d'au moins un tiers, afin d'éviter les malaises d'une chute trop rapide. Dans la mine, (juoi qu'il arrive, le mineur ne doit pas toucher à sa lampe, si elle ne fonctionne pas bien, et il est interdit d'avoir sur soi aucun moyen de faire du feu. Le lampiste du fond a seul qualité pour les remplacer par celles qu'il a en réserve, sans en ouvrir aucune. Il veille, réveille les lampes et surveille les pieds, au moins quand il ne connaît pas bien le visiteur. A ce propos, il faut dire que les mineurs sont très souvent chaussés d'une sorte de brodequins de cuir fermés par des lacets et à grosses semelles de bois appelés talols. En été, beaucoup d'ouvriers vont pieds nus, estimant ce moyen plus léger et aussi plus économique !
Le plan d'une mine ressemble assez, peut-on dire, à celui d'une ville, et, quand on exploite simultanément plusieurs couches, le cas le plus ordinaire, cela forme une superposition de voies, de rues, de carrefours, très peuplés sur quelques points et reliés entre eux par d'autres voies. Un dimanche de paye, au cours d'une de mes visites dans la mine, et précède d'un gouvei-neur (chef de chantier), je passai dans une de ces galeries de raccordement, fortement inclinée, remblayée en partie et basse au point d'être obligés de marcher à quatre pattes. J'avais accroché ma lampe à mon col de chemise pendant cette ascension qui me parut interminable, pénible, et depuis longtemps mon guide, plus agile, était disparu, quand brusquement elle s'éteignit. Je m'arrêtai. Le silence, l'obscurité, absolus, la pensée du dédale
Les Mines modernes. ng
profond où j'étais, m'arrachèrent un cri d'appel, que j'entendis si peu! La peur ne m'étranglait pas. non, car j'avais déjà remarqué en pénétrant dans ce couloir, sur ma demande, le son étouffé de la voix de mon conducteur. Malgré tout, je fis de tristes réflexions pour ne pas dire plus, et, quand réapparut la lumière du compagnon venant à ma recherche, c'est avec une joie pure que je repris la marche à l'étoile. L'air raréfié dont on me parla à ce sujet n'explique pas cette subite extinction!
Une autre chose à voir aux changements de poste est ce long défilé d'ombres, ces centaines de lampes balancées dans la nuit. C'est un curieux spectacle qui évoque l'idée de quelque procession funèbre et silencieuse d'un rite mystérieux : car, beaucoup de gens l'ignorent, pendant que nous dormons, des milliers d'hommes, d'un travail incessant, évident la Terre. Mais pourquoi, direz-vous, n'emploie-t-on pas l'électricité? Parce que le danger de l'électricité, dans ces mines, résulte de ce fait consacré par de nombreuses expériences qu'une étincelle électrique, quelle qu'elle soit, est susceptible d'enflammer une atmosphère explosible, grisouteuse ou poussiéreuse. Tout phénomène de ce genre peut avoir à cet égard les mêmes conséquences (|u'un feu nu. C'est pour la même raison qu'il est interdit aux mineurs de ces mines de porter des souliers ferrés. Jusqu'à présent, l'emploi de l'électricité ne s'est pas étendu aux' districts franchement grisouteux, nombreux en Europe où les mines sont anciennes et profondes, car le développement du grisou est la conséquence de leur profondeur.
loo La Mine et les Mineurs.
Lavage. Criblage.
L'installation d'une houillère se complète par de nombreux appareils de lavage, criblage, agglomération, etc. Les matières, les schistes qui accompagnent le charbon sont en général plus lourds que celui-ci, et c'est pour l'en séparer qu'on fait passer le charbon dans des laveurs (bacs à piston, lavoir Bérard, laveur classificateur Evrard, etc.) et dans des cribles de différents diamètres qui le divisent en catégories nécessaires à la consommation. Sauf les péras et chaplés (blocs de charbon de 5 à 10 kilos et au-dessus) choisis pour leur qualité et propreté, le charbon est composé de fragments de toutes dimensions. Ce charbon est amené dans les bennes que l'on déverse dans une trémie au-dessous de laquelle est disposée une sole tournante de distribution sur un crible circulaire où le charbon est classé en grosseurs correspondant aux dénominations de grosses chatilles (3 à 5 kil.), petites chatilles (1 à 3 kil.), menu fin (jusqu'à
I kil.). Les pierres sont enlevées à la main et généralement par des femmes appelées clapeuses. A l'aide de brai (de houille) de puissantes machines (Coffinhal, etc.) agglomèrent les poussières de charbon qui forment ces briquettes utilisées pour les locomotives des chemins de fer, où elles représentent beaucoup de combustible empilé dans un petit espace.
II y a aussi des fours à coke dont le produit est connu de tous.
Air comprimé.
A défaut de l'électricité, de puissants moteurs de 300 à 800 chevaux compriment l'air qui actionne les