UN ROULEUR
En Angleterre, 10 p. 100 au plus de houille est extraite à l'aide de ces appareils, et en France ils ne jouent qu'un rôle insignifiant malgré tous leurs avantages apparents, parce que les couches de houille y sont très minces, irrégulières, ou trop épaisses : car, loin d'être une source de richesse, ces dernières en sont une de difficultés. On emploie aussi un autre instrument qui peut doubler la production d'un mineur, et dont l'usage se répand partout; le
marteau piqueiir est une tige de fer pointue dont la base se place dans une poignée métallique, d'où l'air comprimé la projette GOO fois par minute. C'est ce même marteau sans pointe qui sert à river les tôles dans la grosse chaudronnerie et les constructions métalliques.
Roulage.
Le problème de l'extraction consiste à mener d'abord le minerai ou le charbon depuis les chantiers d'abatage jusqu'au puits oîi aboutissent les galeries en pente qui dirigent les eaux au puisard. Le mode le plus simple de traction sur les voies ferrées minières
Li;s rolli:lu
consiste à faire traîner ou pousser les wagonnets par des hommes appelés rouleurs ou hercheurs dans le Nord et la Belgique, quand les charges à mouvoir sont modérées et les distances courtes, et dans les
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galeries trop basses pour se prêter à la circulation des chevaux. Le hercheur marche courbé en poussant la benne devant lui ou en la tramant à sa suite à l'aide de bretelles dans des voies dont la hauteur ne dépasse guère celle du véhicule.
LE PETIT HERCHEUR.
De nos jours, dans les mines de schiste cuivreux du Mansfeld (Saxe Prussienne), à 250 mètres de profondeur, on emploie de petits chariots très bas roulant dans des galeries de 0 m. 60 de hauteur! Le rouleur, fort jeune, attache sous sa cuisse gauche une planchette de bois, armée à sa partie antérieure de deux petits pieds en fer. Pour protéger l'avantbras, il saisit de sa main gauche une planchette analogue munie d'une poignée et il rampe sur le côté gauche. A son pied droit est attaché, avec une courroie de cuir, le chariot de 150 kilos qu'il remorque ainsi jusqu'à la galerie des chevaux.
Nous devons dire quelques mots du moyen le plus primitif de transport : le portage à dos. Dans la première partie du xix" siècle, les sorteurs de Saint- Etienne s'acheminaient courbés sous le poids d'un sac qu'ils retenaient sur leur dos au moyen d'une corde serrée entre leurs dents, afin de conserver
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l'usage des deux mains pour leur lampe (e/e:;/^^) et leur béquille. Ils portaient ainsi des charges de GO, jusqu'à 70 kilos. Le portage à dos est encore employé dans les Pyrénées, dans les soufrières de Sicile, dans certaines mines américaines de métaux précieux. Les Indiens s'attachent au corps de petits paquets de minerai, de manière à conserver l'usage de leurs membres pour la gymnastique nécessaire dans les circuits difficiles. Les tenateros de ^'alentiana (Mexique) portaient autrefois pendant six heures des charges de plus de 100 kilos, à travers des passages d'une inclinaison de plus de 30 degrés. Ce même moyen est encore en usage dans les mines de Pasco (Pérou), les mines les plus élevées du monde : 4300 mètres au dessus du niveau de la mer, et en Asie où le bas prix de la main-d'œuvre retarde encore l'emploi des moyens mécaniques.
Les chevaux sont les auxiliaires encore employés aux transports dans les mines. On les choisit de taille moyenne, jeunes et vigoureux, et, lorsque la cage ne peut les recevoir, ils sont descendus suspendus dans un filet de sangle en cuir. Cette opération demande quelques préparatifs. On leur bande d'abord les veux, puis, après les avoir enveloppés de ce filet, on les fait trébucher des quatre pieds sur un lit de paille en rassemblant ceux-ci solidement. Le filet bien fermé est attaché au câble. Le mécanicien enlève doucement, l'on descend l'animal dans une situation verticale, assis sur sa croupe, et... il a vu la lumière pour la dernière fois : car les chevaux des mines y passent toute leur existence. Ils n'en sortent que morts, ou pour aller chez Féquarrisseur.
J'ai assisté un jour à la résurrection d'un cheval depuis trois ans descendu. Il avait eu la chance de
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se fendre le front contre un rocher, et, sa blessure imposant son départ immédiat et la suite ordinaire d'attentions chez le dépeceur, pour le remonter, l'on avait jugé inutile de lui bander les yeux. Je le revois encore, gris et sanguinolent, sorti lentement du gouffre, et j'entends surtout ses longs hennissements éclatants, joyeux, oui, joyeux, comme un salut à la lumière , dont il n'avait pu conserver qu'un bien vague souvenir. Quand on l'eut délivré de son filet, à la surprise générale, il se dressa prestement sur ses quatre pattes en quoaiUant si allègrement, et tant de bonheur était visible chez cette pauvre bête qui semblait manifester de la gratitude à tous, même à ses juges, que, malgré l'avis du vétérinaire, le contrôleur ému lui accorda la faveur de quelques heures de vie en le mettant en observation.
Il avait été sacrifié, et comme avec quelques soins son rétablissement rapide permit de l'utiliser, il y gagna la grâce totale. 11 vécut au jour. Avec le temps il devint blanc, oh! non pas de douleur, mais quand on l'eut nettoyé des vieilles poussières si tenaces du charbon; et il fut dodu, probablement par sa gentillesse qui suborna les palefreniers , en les incitant à prélever une dîme sur les rations des camarades d'écurie en faveur de l'évadé de la mine. Mais ce bien-être ne le corrompit pas et jamais cheval ne fut plus docile^ plus franc du collier en même temps qu'espiègle envers les autres chevaux. Aussi le pansement qu'il garda longtemps sur le front, loin de le rendre pitoyable, lui donnait au contraire une allure comique, et lorsque les mineurs qui l'avaient connu l'appelaient, Mouton., le bien nommé, les saluait de sa queue et de sa tête de blessé fricoteur.
Mais les chevaux ne sont pas les seuls niovens de traction. 11 y a aussi dans d'autres mines des trains mus par des locomotives à vapeur, à vapeur sans foyer, à l'air comprimé, aux hydrocarbures volatils; et il y a des trains électriques à trollev ou à accumulateurs. 11 existe d'autres systèmes de traction par chaîne sans fin traînante ou flottante et celui des plans inclinés qu'on utilise surtout pour la descente, car la rapidité d'extraction impose la centralisation dés produits à extraire sur un petit nombre d'accrochages ou recettes dans le puits. Le plus souvent, toutes les bennes chargées partent du j)oint le plus j)ro('ond; c'est pour cette raison, paradoxale en apparence, ((ue l'on se sert de balances intérieures à frein hydrauli(|ue pour descendre d'une centaine de mètres les bennes de minéral au lieu de les conduire directement à l'accrochage de ce niveau d'exploitation.
Afin de diminuer le personnel, on a étudié et résolu, aux mines d'Anzin et ailleurs, le problème du déchargement automatique des cages à la recette du jour, en les munissant de planchers mobiles et en combinant les pentes des voies d'accès et de départ. On est arrivé à retirer de la cage, en quelques secondes, 12 bennes pleines de charbon de 500 kilos chacune et à les remplacer par 12 bennes vides avec une extraction journalière de 1500 tonnes. Cela donne une idée du mouvement intense des mines contemporaines, quand on sait que l'ascension se fait parfois en trente secondes!
Épuisement.
Nous l'avons dit, l'eau a toujours joué un rôle capital dans les mines et a présenté souvent des
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difficultés pres((iie iiisiirmontal)les. La venue de Feau atteint par jour plusieurs centaines et quelquefois plusieurs milliers de mètres cubes, qu'il faut extraire avec des bennes à eau qui fonctionnent la nuit, ou à l'aide d'un moteur d'épuisement placé au jour et actionnant des pompes souterraines par une longue maîtresse tige. Dans d'autres cas le moteur est dans la mine. L'épuisement par l'énergie électrique se développe chaque jour; elle est transmise par un câble en cuivre sous plomb à une réceptrice souterraine agissant sur les pistons de pompe. Lorsque la surface topographique est accidentée et qu'une mine ou une partie de ses travaux se trouvent à flanc de coteau au-dessus des vallées voisines, il suffît de percer un débouché dans ces dernières pour assécher par un écoulement spontané toute la zone supérieure, en supprimant les frais proportionnels aux quantités et réduisant les dépenses à la construction et à l'entretien de ces galeries d'écoulement. Dans certains cas, la distance à laquelle on a été chercher des issues, afin d'assécher des zones de plus en plus profondes, pour des districts dont l'importance justifiait de tels efforts, atteint des chilfrcs gigantesques : à Schemnitz, la galerie Joseph II a 18 kilomètres de longueur, 2 m. 60 de largeur et 3 mètres de hauteur. Son percement a duré cent sept ans.
Aérage.
Un autre problème de la plus haute importance se pose à l'ingénieur. C'est celui de l'aérage des travaux souterrains. L'aérage présente avant tout un intérêt d'humanité. La santé, la longévité des ouvriers, leur sécurité dans les mines grisouteuses, en
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dépendent, et aussi parce que le rendement du mineur dépend des conditions de l'atmosplière dans laquelle il travaille. Pendant le percement du Saint-Gothard, on observait jusqu'à six et neuf fois plus de vapeur d'eau dans l'atmosphère souterraine qu'à l'extérieur. Cet air, très pénible à supportera partir de 25 degrés, devient intolérable, même pour une courte durée, à la température de 35 degrés, et on l'estime mortel à 40 degrés, bien que l'homme soit en état de subir 50 degrés dans un air très sec.
On sait, d'autre part, qu'à la surface la température du sol est variable suivant l'action solaire et le régime des saisons; mais il suffit de descendre à quelques mètres de profondeur pour trouver une couche dont le degré thermométrique reste constamment égal à la moyenne annuelle de la région. A partir de ce niveau, l'action de la chaleur centrale du globe se manifeste par une élévation graduelle du thermomètre. On admet, comme moyenne d'un grand nombre d'observations dans les mines et sondages, que cette influence agit à raison de un degré par 30 à 31 mètres dans les houillères.
De récents sondages ont montré l'influence de la nature des terrains sur ce qu'on appelle le degré géothermique.
A cette chaleur viennent s'ajouter les émanations délétères d'acide carbonique et de grisou. Parmi les nombreuses causes de désoxydation de l'air (respiration des hommes, des chevaux, combustion des lampes, etc.), il y a la fermentation de la houille. M. Mahler a trouvé qu'une houille grasse fraîchement abattue augmentait d'un dixième de son poids en une semaine par suite de la lente oxydation . Quand l'oxygène se raréfie, les lampes s'affaiblissent
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peu avant que l'air devienne irrespirable. Dans les travaîix importants où le travail doit être poussé malgré les difficultés, les ouvriers font respirer les lampes en les plaçant au débouché des canars qui amènent l'air frais.
Chez les ouvriers qui travaillent à de hautes températures, on constate de l'oppression, de la congestion. La respiration est courte et rapide pour l'homme, ronflante chez les animaux. Il y a chez l'homme un grand malaise, de l'apathie, les mouvements sont pesants et sans souplesse, le visage gonflé, empourpré, et parfois des évanouissements. Ensuite arrivent l'amaigrissement, la pâleur, les rhumatismes, les catarrhes obstinés. Tne sueur abondante oblige les mineurs à travailler tout nus.
A ce sujet, une petite description d'une première descente dans une mine très grisouteuse à 600 mètres sous terre nous parait à sa place.
Par une belle matinée d'été, vêtus de bleu, le bourgeron serré dans le pantalon et armés chacun d'une lampe de sûreté, nous nous rendîmes en compagnie d'un ingénieur à la recette supérieure. Le puits exhalait, comme la respiration de la terre, une chaude vapeur à l'odeur inoubliable qui ouatait toutes les formes. On entendait un ronflement métallique nuancé, mêlé à une vague rumeur, qui devint bientôt l'ample chant de puissantes orgues (quel tuyau était à nos pieds!) dont l'intensité croissante annonçait l'ascension de la cage. Brusquement, elle surgit, ruisselante d'eau, illuminée de toutes les lampes des mineurs qu'elle portait et dont les chants, il semblait, n'étaient guère religieux. Illusions des puits! La cage est posée sur les taquets. Les mineurs en sortent et nous les y remplaçons.
Un signal est donné : ô minute poignante ! en ni'enfonçant, montait le mal de mer auquel le cuHir le mieux arrimé ne résisterait pas. Dans ma chute à l'abîme, à demi conscient, je n'entendais plus qu'un bourdonnement infernal et je n'avais que la sensation de recevoir au visage et aux mains le jet froid d'un vaporisateur. Dans le tonnerre de cette épaisse nuit, passa un trou lumineux, puis un moment après la chute sembla se ralentir... arrêt : mes jambes sont d'ataxique; heureusement, l'on me tend une main que je prends et suis, car maintenant il fait moins sombre. ^lou guide se retire un instant. Un vent humide et froid me ranime assez pour être surpris de l'altitude, à mon égard, d'un homme assis dans une échoppe pleine de lampes allumées. Il prend vivement la mienne et, pendant qu'il l'examine attentivement en tous sens, je pense que je me suis peut-être aussi cassé quelque chose. Ensuite il me dit d'un air soupçonneux :
« Pas de briquet? vous n'avez pas d'allumettes ? »
Estomaqué je le regarde, il ne rit pas. Ah cà ! seraitce un douanier souterrain? Mais non, l'ancien se paie ma tête, que je branle négativement. J'ai compris, c'est la brimade au nouveau.
« Vos souliers sont-ils ferrés? m C'est bien ça! et je pense : « Va toujours, mon vieux, ils sont nickelés »; et docilement, en bon bleu, je lui montre la semelle de mes bottines.
« Bien! »
Enfin il me rend ma lampe. Je me croyais seul avec lui; mais, à présent que mes regards percent la pénombre, je vois grouiller autour de nous de nombreuses silhouettes aux yeux luisants. Mon guide est revenu et m'entraîne rapidement, pendant que je