L.\ VIEUX MINEUR
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teaii, ingénieur des mines, dit : « Le Kl mars 1906, aux mines de Courrières, réputées parmi les plus sûres du Pas-de-Calais, il se produisait une explosion terrible dépassant les plus grandes catastrophes minières connues, tant par le nombre des victimes que par l'étendue des travaux ravagés. 1 099 mineurs y trouvaient la mort; 110 kilomètres de galeries lurent balayées par l'explosion elle-même ou par la chasse des gaz méphitiques. Terrifiante aux yeux de tous par la destruction de vies qu'elle fit en un instant et par ses ravages matériels, la catastrophe de Courrières a produit une impression particulièrement profonde sur ceux (jui s'intéressent aux mines, en mettant en évidence un danger jusque-là discuté ou méconnu, celui des poussières de charbon. Elle a été le premier coup de poussières des mines françaises. »
Ces mines sont situées à 340 mètres de profondeur, et l'inflammation des poussières due à un coup de mine a été la cause initiale de cette catastrophe.
On a cru voir une corrélation entre les mouvements sismiques et ces catastrophes, produites par les graves perturbations atmosphériques qu'ils engendrent.
Le grisou est un mélange d'hydrocarbures complexes, oii domine le méthane (90 p. 100) ou hydrogène protocarboné; mêlé à l'air dans la proportion de 6 p. 100, il forme un produit explosif. Si certains charbons n'en contiennent plus, c'est parce que le gaz a eu le temps de se dégager, tandis qu'il s'est accumulé dans d'autres au point de les rendre explosifs. L'un des gros dangers du grisou vient de l'énorme pression sous laquelle il est quelquefois emmagasiné dans la houille et qui amène, malgré
i.'î/j La Mine et les Mineurs.
les- précautions prises, son brusque dégagement, d'une violence dont on vient de voir quelques exemples.
Autres dangers des mines.
Les dégagements toxiques d'acide carbonique se présentent avec les divers caractères que l'on rencontre dans le grisou. Tantôt ce gaz sort lentement des pores de la houille, tantôt il s'écoule abondamment des fentes du terrain en constituant des soufjlards^ tantôt il se trouve accumulé dans certains points du massif de charbon sous une pression considérable.
Les affaissements dus à des mouvements brusques provoquent parfois l'inflammation des gîtes de combustible, lorsque des substances spéciales telles que les pyrites viennent à subir une friction intense.
Les coups d'eau subits constituent un danger redoutable, contre lequel on est de mieux en mieux armé, grâce aux puissantes machines d'épuisement modernes.
Parmi les autres dangers, il y a les accidents dus aux coups de mines, aux incendies, aux voies ferrées souterraines, aux ruptures de câbles, aux chutes dans le puits et surtout aux éboulements, qui sont bien le danger le plus grave de tous ceux auxquels est exposé le mineur.
Les exploitations minières humides et chaudes développent une maladie spéciale redoutée des mineurs. On désio'ue sous le nom d'ankylostomiase
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une maladie causée chez riionime par la présence dans l'organisme d'une espèce particulière de vers intestinaux, les ankylostomes. Munis de mandibules, ils s'accrochent à la muqueuse de l'intestin grêle, s'y enkystent plus ou moins, perforant les petits vaisseaux sanguins et provoquant ainsi parfois de véritables hémorragies. Ils produisent surtout une sécrétion irritante et toxique qui détermine rapidement une anémie grave. Cette affection est contagieuse, ce qui la rend particulièrement dangereuse, car il suffit d'un sujet malade pour contaminer toute une population minière dans la proportion de 85 à 90 p. 100. On voit le trouble profond qui peut en résulter pour la vie industrielle d'un centre d'exploitation. Les points les plus touchés ont été la Westphalie, la Belgique, et à un moindre degré le nord de la France. Mais, pour terminer ce chapitre, il faut dire que, depuis vingt ans, de grands progrès ont été faits dans la lutte contre tous ces dangers dont quelques-uns sont mieux connus. Les intérêts des sociétés minières et ceux des mineurs sont solidaires dans ces questions, et les précautions, l'expérience des unes et des autres, ont amené une très sensible décroissance de la mortalité. Cette dernière tend chaque année à se rapprocher de celle des autres professions dangereuses. De plus, on constate dans les mines une longévité croissante, par rapport à ce qu'elle était, et qu'on ne rencontre pas dans les autres métiers.
COxNCLUSIOiN
Du court aperçu qu'on vient de lire, on doit dégager quelques enseignements.
En France, toute une richesse minérale, réserve de la nature, a sinon disparu, du moins est assez réduite pour faire songer à Tavenir. L'essor industriel prodigieux du xix" siècle ne peut pas être illimité, surtout en Europe; à tout nouveau besoin, le formidable outillage contemporain permet une rapide production pour le satisfaire, suivie bientôt de la surproduction. Par exemple, une industrie née en France, l'automobile, il y a une vingtaine d'années, n'a mis que cette courte période pour atteindre le degré de perfection où nous la voyons, et déjà les marchés européens et les autres sont menacés par la production américaine. La pléthore a, naguère, provoqué des crises de faiblesse, et l'épuisement prochain du carburant préféré risque d'en provoquer d'autres plus graves.
L'Amérique et surtout l'Asie et l'Afrique bénéficieront de toute l'expérience de ce siècle d'évolution
européenne pour dévorer encore plus vite leurs réserves minérales. Alors, ce sera probablement la course du flambeau : la vie industrielle intense se continuera, mais hors de notre vieux monde épuisé, dépeuplé ou revenu insensiblement à la vie pastorale antique, à moins que des découvertes, qu'à peine Ton entrevoit, créent une vie nouvelle.
Mais d'autres problèmes se posent plus près de nous. On peut appeler notre temps le véritable âge de fei\ et en Europe les réserves minérales dominantes se répartissent ainsi : La France a le fer; l'Alleniagne et VAngieterre ont la /touille.
Le machinisme réduit la main-d'œuvre; les progrès des sciences hygiéniques et médicales élèvent la movenne de lono^évité; les calculs faits sur les bases solides des statistiques de population depuis cent ans montrent que, dans trois siècles environ, les hommes se toucheront presque du coude.
Mais nos jours ne sont pas révolus et, d'ici là, plaise au ciel de nous être clément, et aussi plaise au lecteur cette petite promenade au Monde noir!