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CHAPITRE XI

"Le Grisou.

Tsite Maillon était un sage méconnu, aimant bien son jardin, le vin, sa femme et son ami le Glaude, comme lui mineur au même puits.

La Viève, robuste commère, ne partageait surtout des goûts de son homme qu'une vive amitié pour le camarade de travail.

Tsite se consolait de Fliumeur de sa ménagère en cultivant ses salades, ses fleurs; si l'orage les ravageait, le vin lui versait l'oubli et son ami apaisait sa compagne. En tournant dans ce cercle, il n'était donc jamais complètement malheureux.

Depuis cpielque temps la Viève ne dérage pas, et le Glaude, son voisin, ne vient plus la voir. Ses plantes, la bouteille, consolent aisément Tsite. Il est vrai que son ami est maintenant de jour comme lui. Il ne faut pas trop approfondir les choses... Et tous deux ce matin sont partis à la mine...

Midi d'été... atmosphère orageuse... midi flam-

boyant qui rend plus tristes les remblais gris où fument les scories.

Soudain un coup sourd... long, long, terrible, inoubliable, ébranle la terre.

Chacun l'a reconnu!

C'est le grisou !

La grande flambée bleue éclate et détruit tout.

L'épouvante règne dans la ville, des gens hurlent les bras en l'air, et ce sont des femmes échevelées portant des enfants au sein... une immense cohue galope vers Verpilleux où le puits lance, comme un volcan, des fumées épaisses. La police, la troupe des gendarmes, organisent des services d'ordre loin des puits.

Comme toujours, le dévouement est immense. Ingénieurs, mineurs, venus au sauvetage, méprisent le danger et, parmi l'aflairement des médecins, bientôt commence l'horrible défilé de corps noirs et nus brûlés, calcinés, brisés, tordus comme des ceps, — des têtes sans yeux, des crânes gros comme le poing, suivis d'autres cadavres, gonflés, noirs et reluisants comme le charbon, cinquante, cent, encore on en remonte...

L'air est saturé d'acide phénique et, à chaque fournée, des sonneries argentines annoncent l'élévation de cette messe des morts infinie... En voilà qui sont arc-boutés, d'autres qui ont des bras en équerre comme des potences, ceux-ci tirent des langues ratatinées, et toujours il en surgit du fond, deux cents.

Quand les civières passent, les femmes se jettent sur ces corps, essaient de distinguer ces lambeaux au milieu de leurs clameurs de détresse. Au moindre objet, elles croient retrouver leurs maris, leurs

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frères... La Viève croit reconnaître son mari dans le tas des brûlés.

« C'est bien lui, j'en suis sûre, Beauseigne, moi qui l'ai tant disputé ce matin... mourir comme ça! »

Des gouverneurs, des employés de la mine, prient les femmes de se retirer chez elles : la Compagnie leur fera une pension. On les repousse pour laisser passer les convois : les unes sont entraînées par des parents, des voisins, les autres résistent. Par un mot entendu, la Yiève a un désir mauvais qui agrippe son âme. La pension... et le Glaude. Le présent et sa peine s'évanouissent lentement vers un avenir moins soniljre. Elle reste là, sans rien voir, vivant dans son rêve, quand, au passage d'un brancard, une voix l'appelle doucement... Elle regarde, médusée et prête à le graffigner., car elle a devant elle le Tsite, qui au dernier moment ce matin n'a pas pris sa lampe et a été chercher l'oubli et abriter de l'orage son jardin, d'où le devoir l'a précipité au sauvetage. D'un geste, il lui montre le cadavre d'un homme non brûlé, mais asphyxié par le gaz carbonique, — le boccon. — La Mève, folle, étend les mains, s'effondre, et pleure l'ami.

M. Haton de la Goupillière, inspecteur général des mines, grand-oflicier de la Légion d'honneur, membre de l'Institut, dit : « Rien n'est plus propre à exciter l'admiration que de voir le courage, le dévouement et le mépris complet du danger que montrent d'ordinaire les mineurs dans ces circonstances critiques. Leur abnégation est entière et l'on peut tout attendre d'eux pour essayer de porter, au milieu de cette dévastation, de dernières et bien faibles chances de salut. »

i3o ^« Mine et les Mineurs.

Principales catastrophes dues au grisou ou aux poussières :

Puits Pélissier (Saint-Élienne 1890) 113 victimes.

— Jabin ( — 1876) 186 —

— Verpilleux ( — 1889) 207 . —

Mines Daar (États-Unis 1907 19 décembre) . 239 —

Monongah ( — 1907 6 — ) . 362 — •

— Courrières (Pas-de-Calais 1906 10 mars). . 1 099 —

— Senghenydd (Angleterre 1913) 420 —

— Dawson (Nouveau-Mexique 1918) ... . 120 —

On sait depuis longtemps que des matières combustibles, de natures très diverses, sont susceptibles de faire explosion lorsqu'elles sont à l'état de poussière très fine, en raison de la valeur que prend alors le rapport de la surface exposée à l'action de l'oxygène à la masse qui subit cette oxydation. Des moulins à farine, des raffineries de sucre, des fabriques d'amidon, de fleur de soufre, de poudre de lycopode, etc., ont été le théâtre de déflagrations de ce genre.

Certains accidents de mine ont été rapportés à cette cause d'une manière indubitable, car on a vu directement la poussière s'enflammer : la flamme était rouge, et celle du grisou est bleue. Dans certains coups de feu, elle avait brûlé les ouvriers, principalement dans la partie inférieure du corps, tandis que la flamme du grisou passe par-dessus la tête quand elle ne remplit pas toute la section de la galerie. C'est pour cette raison qu'il est recommandé aux mineurs, s'ils ont le temps de voir la flamme, de se jeter ventre à terre la tête dans l'eau ou dans la boue, car on dit souvent que les victimes ont avalé le feu. L'intérieur des poumons est en eft'et désorganisé.

A''propos de ces poussières de charbon, M. Heur-

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