‹ La miniature française 1750-1825 (volume 2)Chapitre 10 sur 52 · HENRI DESFOSSEZ · texte numérisé non relu

HENRI DESFOSSEZ

an VIII, et s’était, dans sa jeunesse, un peu toqué de Greuze et de Hall, qu’il démarquait sans pudeur.

Hall, en 1804, après la violente rupture de 1793, c’était, comme pour nous Winterhalter, un fossile. Une légende, qui ne lui valait pas grand’chose alors, voulait qu’il fût allé au Temple pour y peindre le Roi, la Reine et le Dauphin. Cela faisait un de plus, car on sait la légion de peintres qui se targuèrent de pareille audace, vingt ans après ; on les vit presque aussi nombreux que les preneurs brevetés de la Bastille ; mais Desfossez avait brodé sur son cas ; on parlait de boîte à double fond où Ton avait cloué les portraits pour les sortir du Temple. Après coup, tout cela est bel et bon, et n’intéresse que les romanciers historiques, dont nous avons , à cette heure , bon nombre . La vérité est que Desfossez n’a pas un talent énorme et que sa personnalité fuse, à droite ou à gauche, suivant la direction du vent. Ce que nous savons de l’une de ses manières est assez bizarre. Il avait regardé Gault de Saint-Germain, Sauvage ou Bourgeois lorsqu’on 1791, il peint sur une boîte le profil opalin, transparent, d’une jeune femme qu’on crut être la princesse de Monaco, née de Choiseul. La pièce est aujourd’hui à M. Alphonse Kann ; elle est signée H. D., 1791. Elle montre un très distingué petit museau de dame coiffée et poudrée en boucles cascadeuses, avec une coiffe de linon à l’orientale, nouée sur le front. Cette symphonie de blancs a de l’étrangeté et de la saveur, sans plus. Mais après? Pour la période où Desfossez trouve Augustin et se met à le parodier, comme il l’avait fait pour Greuze, pour Hall et pour Sauvage, quels documents? Aucun qui donne la sécurité. Augustin adore ces adhésions formelles à son talent ; il sait gré à Desfossez de l’avoir à ce point admiré et suivi, et de le refléter comme une glace. D’ailleurs, leur intimité dura peu ; sans qu’il eût pu désen-

combrer sa manière des leçons trop bien sues, Henri Desfossez mourait en 1808, à peine âgé de quarante-quatre ans, ne laissant de lui que des portraits vagues, qu’on a coutume de reporter à Augustin dans ses jours de faiblesse.

Nous avons déjà trouvé Fontallard, ci-devant, à propos de Hall ; ce n’était pas dans sa phase glorieuse ; mais il faut tenir compte aux gens des temps où ils vivent. Lorsque Jean- François- Gérard Fontallard repassait en couleur les Hall dégradés, c’était à la sollicitation de marchands ou même de parents que les visages d’ancêtres un peu ruinés offusquaient très fort. Mais Fontallard, élève — et l’on pourrait justement dire le meilleur élève — d’Augustin , eut d’autres mérites que celui de rapetasseur d’oeuvres et de rebouteur de tares. De huit ans moins âgé que Bonaparte, et comme lui lieutenant d’artillerie en des moments où l’on ne « moisissait » pas dans un grade, il avait démissionné en 1805, par dépit de n’être pas colonel au moins. S’il ne l’était pas , la faute en fut un peu à luimême, qui préférait trop ostensiblement le crayon à l’épée, et qui le chantait sur tous les tons. Pourtant, lui était de famille militaire, né à Mézières en 1777, d’un père capitaine de grenadiers et chevalier de Saint -Louis. Toute son enfance s’était passée à entendre célébrer les exploits de guerre. En 1795, il lui manqua des années. H touchait à ses vingt ans au beau moment des campagnes du Directoire ; les bonnes places ne traînèrent pas. Avec du feu sacré , il se fût tiré d’affaire, mais il en manquait à fond, sauf qu’on l’aperçût dans l’atelier de David, où son uniforme faisait sensation. Il habitait 1, rue Saint-Martin et sortait à peine des écoles lorsque, au Salon de 1798, il exposa un portrait en pied. Déjà il avait fréquenté Augustin ; il aimait dans celui-ci la marche assurée, le calme audacieux et son joli mépris de la difficulté. Aux murs de l’atelier d’Augustin, il revoyait le portrait du patron daté de 1795, et il se persuadait que, même en taille de nature, cela n’eût pu être mieux. En 1799, dans un portrait de femme hors des dimensions reçues, il avait surtout cherché à produire cet effet et à donner l’impression d’une grande peinture. En 1801, avec un homme jouant de la harpe ; en 1803, avec un sujet léger, « une nymphe essayant la flûte de Pan », mêmes tentatives. Pas de batailles rangées qui le pussent

J. -F. FONTALLARD

passionner autant que ces « succès frivoles ». Dans le courant de 1803, en prévision de quitter le service, qui lui était devenu la pire corvée, il était allé se loger au 18 de la rue Saint-Denis. De là, il envoyait au Salon son propre portrait en grand format (1806) , plus des cadres où figurait le général R..., membre de la Légion d'honneur. Jean - François Fontallard est marié alors, car, lorsqu’il exposera, en 1810, le portrait de « M. G..., ancien capitaine invalide , et de sa petite-fille » , il s’agit du père Gérard et la fille de Fontallard. Quant à son fils Henri, — lequel sera artiste à son tour et deviendra le caricaturiste Henri Fontallard, — on le voit au Salon de 1812, jouant de la flûte. Ce portrait excellent, et si près d’Augustin en tout, appartient au descendant du peintre, M. Bugnicourt, peintre lui-même.

Par cette miniature dé jeune garçon et par un portrait de femme, plus petit, conservé chez M. le comte Mimerel, et qui est bien l’effigie la plus résolue, la plus impertinente qu’on voie, Fontallard exprime tout ce qu’il doit à son maître. La figure de femme, surtout, est la révélation d’un talent à la fois minutieux et large, que très peu d’artistes sauraient montrer. La dame, avec sa figure lourde, hommasse, ses cheveux emberlificotés de diadèmes, tendus comme des cordes à violon, avec ses bijoux, ses satins de boulangère parvenue, présage les Ingres de notre époque. Malice, ironie d’abord, conscience ensuite et philosophie, tout s’est donné rendez-vous dans ce petit morceau de très grande façon . Petit art ceci ? Ne le disons jamais, ce serait une sottise. Quel professeur, cet Augustin, lorsqu’un élève lui venait avec la solide assise prise chez le citoyen David 1

La carrière de Fontallard fut longue, trop longue peut-être pour son renom. A la fin de sa vie, en 1858, il en était aux partis pris de colorations dont les vieillards sont coutumiers. H peignait lie de vin , et c est un peu sur ces choses décadentes que notre génération le juge avec injustice. Fontallard fut un miniaturiste de premier plan, mais, à 1 exemple de son patron, il collectionnait. H recherchait avant l’heure, avant les Goncourt , les vases de vieux Japon, les images qui devinrent, longtemps

après, une passion d’inoccupés et de snobs. Qui nomme jamais Fontallard à propos du Japon ? Qui sait même que la plupart de ses miniatures étaient peintes avec des produits d’Extrême-Orient? Ce n’avait pas été d’ailleurs le meilleur de son alïaire, car c’est de ces produits exotiques que ses œuvres tenaient leur aspect barbouillé et sale tout à la fois. Ce fut un sauvage. Son atelier était aux Batignolles, et lorsqu’il y mourut en 1858, personne de la famille n’était plus là. Sa femme et ses deux fds, morts tous trois ; ses petits-fils voyageaient au loin. Les études, les papiers, les japonaiseries, accumulés par lui pendant quarante ans, s’envolèrent à vil prix. Son souvenir lui -même ne tarda point à disparaître. Pourtant, avec Madame de Mirbel, morte en 1849, il avait été le véritable continuateur et souvent le rival d’Augustin, dans l’art de la miniature française. Combien de seigneurs moindres ont leur statue !

Ni Antoine Pennequin, de Douai, autre enfant chéri de la maison ; ni Alexandre de Lestang- Parade, Provençal exubérant, lui aussi adonné à la « grande miniature » ; ni Palun d’Astorg, ou Wagon, ou Sicurac, n’atteindront au niveau de Fontallard. De ceux-là, Pennequin, dont le domicile est rue de La Harpe, disparait de la circulation en 1806. Lestang- Parade, venu d’Aix, qui expose entre 1803 et 1812, qui donne un portrait équestre de Napoléon, une actrice dans le rôle de Ninon, et qui aura une célébrité moyenne, ne franchit jamais la barre fatale. Palun d’Astorg, rue Helvétius, 48, meurt très jeune. Wagon ne se produit pas; quant à Sicurac, né à Cadix, mort en 1832, il ne prend à Augustin qu’un peu de grammaire. Par contre, Dupré, le graveur en médailles, lui devait le meilleur de soi ; c’était une des plus nobles formations d’ar-

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