LES ÉLÈVES FEMMES
au beau milieu d’un parc à allées terminé par un temple de l’Amitié. Fanny Charrin est une brune décidée qui a, dans ce petit tableau, pris l’attitude d’un cbef commandant l’assaut. Fanny, cependant, ne commande rien, elle indique simplement de la main le temple de fond, campé au faîte d’un tertre. Elle a écrit, sur le sable d’une allée : et La reconnaissance m’y conduit. » Sur le fronton du temple , on lit cette légende : « Temple de l’Amitié. Fanny en connaît toutes les issues. » Travaillant pour une artiste, Augustin s’est contenté de préparer, à l’aquarelle, les terrains et le paysage. La tête et les mains de la jeune femme sont fort avancées et presque définitives. C’est très souvent qu’il entoure ainsi un visage terminé d’accessoires en vrac, telle la peintresse adorable de la collection Alphonse Kann. Celle-ci est une très jeune personne, occupée à faire sa palette. Elle a un maintien sévère et froid. Grâce à la pratique très libre, ce morceau passerait pour l’une des plus concluantes études ; on sent que ce pourlécheur a, s’il veut, des crâneries de pinceau tumultueuses et aussi franches que celles de Hais. Le reste des élèves d’Augustin sont des oisives demandant à la miniature ce que d’autres réclament du clavecin ou de la harpe, une manière de tuer le temps. Certaines, parfois, ont un moyen talent : Madame de Silvy, Madame Chardon, née Vernisy ; Madame Dumény, Madame de Nettancourt; même, puisqu’il faut tout dire, Henriette - Sophie de La Fontaine, dame de Coincy, fille d’une sœur de Madame Ducruet mère, donc cousine d’Augustin, par alliance. Celle-ci est avant tout une maman. Elle est née en 1763, et quarante ans après, en 1805, elle a huit enfants, tant fils que filles, qu’elle aligne en brochette sur le couvercle d’une boîte d’or. L’idée de la composition venait d’Augustin; il en avait cherché le sujet; mais ce qu’il imagina, dès l’abord, montrait Madame de Coincy au milieu d’une marmaille indisciplinée, dans un croquis sommaire . Le croquis d’Augustin , la boîte de Madame de Coincy sont, à cette heure, en la possession de M. Morgan, collectionneur inexorable.
Une de ces élèves femmes fut le chef-d’œuvre de l’atelier Augustin ; par malheur, elle sort un peu de notre cadre. De son nom de fille, c’était
Lizinska Rue, devenue Madame de
Mirbel. Un tel nom d’artiste suffit à la gloire d’un professeur et à l’illustration d’une école. Sous la Restauration, le renom de Madame de Mirbel éclipsa un peu celui de son Mentor. Depuis Madame Vigée et Madame Guiard, aucune femme n’avait tenu pareille situation chez nous.
Pour les élèves hommes, l’atelier d’Augustin est une famille. Le maître a ses disciples de prédilection, choisis parmi les pauvres, qu’il loge parfois. Ce sont là les adoptions sentimentales des ménages sans enfants. En 1804, c’est Alexandre de La Tour, dont le nom passera aux livrets des Salons de 1804-1810, sans beaucoup soulever d’enthousiasme. Or, l’adresse que donne La Tour, c’est d’abord le 15 de la place des Victoires, puis le 25 de la rue Croix-des- Petits-Champs. De ce garçon un peu effacé, bien peu de chose à dire ; il est le chien fidèle, le complaisant, celui qui sait où tout pose, et se trouve là pour le donner. Si le patron est fatigué ou s’il travaille , si Madame Augustin est retenue près des jeunes filles, La Tour surveille les jeunes gens, et, au besoin, risque un conseil. Augustin est fier de n’avoir pas eu de maître ; il n’est pas moins fier de montrer aux autres ce qu’il sait. En 1806, G.-E. Lami s’ajoute à La Tour; c’est un pauvre diable sans nulle santé, sans ressources, qui s’attache éperdument à ce couple du bon Dieu. Lami n’expose qu’une fois, un portrait de M. Delor, au Salon de 1806 ; ce n’est guère, mais les services qu’il rend sont appréciés, et il sera tantôt plus indispensable que La Tour.
C’est environ le temps où le vicomte Henri Desfossez fit chez Augustin une station de quelque longueur, comptée pour un sauvetage. Desfossez, en effet , a été officier autrefois ; il avait trente - six ans en vendémiaire
LA mini
J.-B.-J. AUGUSTIN
L’iMPÉllATniCE JOSÉPUIfiE (A M. de Coincÿ)
Page 182
lue Madame dt LC:; nom d'artiste sulilr
k la gloire d’un p c. sci*^ et &
l’illustration d’' i S-»ii» la
Restauration, le renom de Madame de Mirl>el éclipsa un peu celui de son Mentor. Depuis Madame Vigée et Madame Guiard, aucune femme n’avait tenu pareille situation chez nous.
Pour les élèves hommes, l’atelier d’Augustin est une famille. Le maître - a ses disciples de prédilection, choisis parmi les pauvres, qu’il loge parfois. Ce sont là les adoptions sentimentales des ménages sans enfants . En 1804 , c’est Alexandre de La Tour, dont le nom passera aux livret, des Salons de 1804-1810, sans beaucoup soulever d’enthousiasme. Or, l'adresse que donne La Tour, c’est d'abord le 15 de la place des Victoifr j j' le de la rue Croix-des- Petits-Champg. De ce garçon un peu ‘IT«i i, bien peu de chose à dire ; il !- chien fidèle, le complaisant, celui qui sait où tout pose, et se trouve ' r le donner. Si le patron est fatigué ou s’il travaille, si Madame - * !■: près des jeunes filles, La Tour surveille les jeunes
!• -v". . risque un conseil. Augustin est fier de n’avoir pas ■i : pas moir fier l montrer aux -.utres ce qu’il sait.
, ■' ■’ ajoute à La Tour; c , ; 'ivre diable sans nulle
s, qui s’attache èperâL -;- . ..uple du bon Dieu.
• fois, un portrait d. lA ’ .alon de 1800
I c r qu’il rend sont r ■
’r ' t-oir.iç rÀliri
HENRI DîiSFOSSEZ
an VIII, et s’éuit, dans sa jeunesse, un peu toqué de Greuze et de Ilall, qu’il démarquait sans pudeur.
Hall, en 1804, après la violente rupture de 1793, c’était, comme pour nous Winterliaîter, un fossile. Une légende, qui ne lui valait pas grand’chose alo’-». voulait qu’il fût allé au Temple pour y peindre le Roi, la Heine et le Dauphin. Cela faisait un de plus, car on sait la légion de mire- qui se targuèrent de pareille audace, vingt ans après; on 1er vit presque aussi nombreux que les preneurs brevetés de la Bastille ; mais Desfossez avait brodé sur m car ; on parlait de boite à double fond où l’on avait cloué les portraits pour les sortir du Temple. Après coup, tout cela est bel et bon, et n’intéresse que les romanciers historiques, dont nous avons , è cette heure , bon nombre . La vérité est que Desfossez n'a pas un talent énorme et que sa personnalité fuse, à droite ou à gauche, suivant la direction du vent. Ce que nous savons de l’une de ses ...rîlèrcr assez bizarre. Il avait regardé Gault de Saint-Germain, Sauva; O t Bwii'ijeois lorsqu’en 1791, il peint sur une boite le profil opalin, an>.,)arcnl, d’une jeune femme qu’on crut être la princesse de Monaco, née de Choiseul. La pièce est aujourd’hui à M. Alphonse Kann ; elle est signée H. D., 1791. Elle montre un très distingué petit museau de dame coiffée et poudrée en boucles cascadeuses, avec une coiffe de linon à l’orientale, nouée sur le front. Cette symphonie de blancs a de l’étrangeté et de la saveur, sans plus. Mais après ? Pour la période où Desfossez trouve Augustin et se “■^t * le parodier, comme il l'avait fait pour Greuze, pour Hall et pour Sauvag- , quels documents? Aucun qui donne b- sécurité. Augpistin adore ces adhésions formelles à son talent ; il sait gré à Desfossez de l’avoir à ce point admiré et suivi, et de le relléler comme une glace. D’ailleurs, leur intimité dura peu; sans qu’il eût pu désen-
J. -B. -J. AUGUSTIN
INCONND
[A M. Pierjjoni-Morgan) Page 183