‹ La miniature française 1750-1825 (volume 2)Chapitre 14 sur 52 · J. -A. LAURENT · texte numérisé non relu

J. -A. LAURENT

Salon. C’est de la rue Saint - Nicaise, où il loge, que part un envoi de quatre miniatures : un jeune homme se reposant près d’un ruisseau, un chimiste dans son laboratoire , une jeune femme tenant une colombe, et une femme près d’une fontaine, au milieu d’une forêt. Au prix d’Augustin et de Dubourg, à la même date, la production est opulente, et ce n’était pas son coup d’essai. Dès son arrivée à Paris, cinq ou six ans auparavant, on lui avait demandé un portrait du Roi, ceux de la Reine et de la princesse de Lamballe, plus un autre de Mirabeau. Les lui avait-on demandés ou les avait-il fournis de son autorité propre, à la façon des graveurs de cartes de visite, exposant à leurs vitrines les noms les plus illustres de l’État ?

Au Salon de 1795, son exposition renferme une vingtaine d’œuvres, sujets et portraits', ce qui paraît énorme, mais ne constitue, en réalité, qu’une mévente ; plus elle a d’ampleur, plus elle sonne douloureusement. Laurent est marié ; il a épousé Marie-Antoinette Guélyot, qui lui donnera quatre enfants, deux fils et deux filles. Ce petit monde a besoin de vivi'e, et les temps, nous le savons, ont de la misère ; Sambat , qui n a qu une fille, l’a assez crié sur tous les tons. Au nombre de ces enfants, l’un, Paul, sera élève à l’École polytechnique, puis il sera peintre et professeur à l’école dont il sortait ; Jules , statuaire, et directeur du musée d’Épinal après son père; Emma, la fille aînée, fera des miniatures et des portraits; quant à Victorine, la dernière, on ne sait rien. Tous ne sont point là en 1795, mais Madame Laurent est jeune, et il y a des raisons pour prévoir. C’est la cause de cette mise au travail acharnée. Après 1797, le poitrait donne. Laurent le traite, non pas dans la manière ferme et puissante d’Augustin, mais avec bonhomie, liberté et quelque tendance au flou. Chez lui, nulle volonté irréductible; tantôt il lèche, il polit, d ponce, comme cette Madame Mazuel, femme du marchand de diamants, que nous avons connue petite fille dans un portrait exécuté par Sicardi ; tantôt il cherche le nuage, la vapeur, l’indécis, comme dans certaines effigies des collections Doistau et David Weill. De 1796 à 1804, il commence une évolution très formelle dans le sens romantique ou vers le sujet badin. En un verre

de cristal , il loge un Amour ; un autre Amour est devenu « l’Écolier maître ».

En 1806, il peint Henri IV chez la belle Gabrielle. Sa carrière s’oriente vers la recherche d’épisodes moyenâgeux , dont ses concurrents n’avaient point su deviner la faveur ultérieure. Comme il nous reste peu de tout cela! En portraits, deux pièces au comte Allard du Chollet, dont Madame Mazuel, née du Plain de Sainte -Albine ; puis Madame X..., femme de l’aide de camp du général Rapp, personne capiteuse, « insidieuse », à la figure d’amoureuse lassée, vêtue d’un peignoir indiscret et accoudée aux coussins d’un sopha antique, dans un gynécée antique, telle Aspasie. Chez M. Doistau, ce sont trois dames, dont l’une avec sa fille. Madame de Montalembert ; une autre porte une robe blanche et une écharpe jaune ; la troisième, datée de 1800, est voilée d’une écharpe bleue. Une écharpe bleue aussi à une dame de la collection Alphonse Kann, de l’an VIII; une écharpe blanche à une autre, appartenant à M. David Weill. Et Laurent signe en toutes lettres , ou d’un L . , ou des initiales J. -A. L. Quant à ses héritiers, ils gardent son propre portrait et celui de son jeune frère, lequel était ingénieur et se noya dans la Meuse ; Laurent le représenta en manches de chemise avec un gilet, en une fort

grande et jolie esquisse miniaturée.

Sous l’Empire , Laurent eut la faveur de Joséphine et d’Hortense, grâce aux troubadoureries qu’il contribuait à lancer. Il était alors rue Duphot, n“ 2, et sa fortune avait tourné. C’est là qu’il avait peint le roi Jérôme et la reine Catherine, là qu’il imagina des jeunes et beaux Dunois pour S. M. la reine de Hollande. Laurent, lui aussi.

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